2 - Au pire, ce ne sont pas les pompiers qui manquent

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Il est grand, métis. Ses yeux sombres entourés de longs cils lui donnent un regard de biche — est-ce péjoratif pour un homme ? —, ses cheveux sont très courts et son bouc est parfait. Il n'est pas beau, mais a du sex-appeal.

Beaucoup de sex-appeal, même.

— Pardon ? lâché-je en clignant des yeux.

— Le jeu, précise-t-il.

Son sourire amusé creuse une fossette dans la joue droite.

Je craque toujours pour les fossettes.

— J'ai essayé quelques fois, continue-t-il, mais j'ai de trop gros doigts pour ça.

Comme une automate, je baisse les yeux sur ses bras croisés — faisant gonfler ses biceps déjà musclés. Ses mains sont belles, ses doigts longs, ses ongles coupés à ras et propres.

J'ai un faible pour les belles mains d'hommes.

J'ai un faible pour beaucoup de choses, finalement.

— Il faut prendre un plus grand téléphone, peut-être ? hasardé-je en reportant mon attention sur son visage fin.

— À ce stade, autant jouer sur tablette, remarque-t-il en riant.

— Aussi, oui, mais c'est moins pratique pour les appels.

Une sonnerie m'indique que j'ai cramé mon restaurant à force de divaguer.

— Je t'ai fait perdre ? demande-t-il.

— Oui, réponds-je en quittant le jeu.

— Désolé.

Je te crois, coco.

— Je suis Marco, au fait.

— Enchantée, Marco.

— N'ai-je pas droit à un prénom ? s'amuse-t-il.

Ce fichu passage obligé, je vais encore avoir droit à un regard « tes parents n'ont pas osé te faire ça ! », alors que si.

— Petula.

La faute à mon géniteur.

La réaction de Marco ne varie pas de celles de tous les autres : il fronce les sourcils, surpris. C'est un prénom difficile à porter dans un milieu francophone, mais à Manchester, où je suis née, ce n'est pas mieux. En anglais, ça sonne « patioula » ; en français, c'est le très sexy « pétula ». Quand je me présente, je prononce « petoula » et alea jacta est.

En dehors de ma famille, mon entourage m'appelle Simon — le nom de jeune fille de ma mère — et ça va plutôt vite, même si ça perturbe les gens qui ne me connaissent pas. À dix-huit ans, j'ai entamé les démarches pour l'ajouter administrativement tout en sachant que pour cela ferait tache : mon deuxième prénom est Simone.

Parce que Simone de Beauvoir.

La faute à ma mère.

— C'est ton vrai nom ? me demande Marco, surpris.

Une fois, un jeune homme m'avait clairement dit que si je ne voulais pas donner mon nom, je pouvais tout aussi bien le dire et ce ne serait pas aussi vexant. Que voulait-il, que je lui montre ma carte d'identité ?

— Mes frères s'appellent Victor-Hugo et Paul-Arthur, réponds-je en haussant les épaules. Ça va, j'ai un nom pourri, mais je ne m'en sors pas trop mal.

Zouk Love #wattys2019Where stories live. Discover now