42

31 10 31

Les premières lueurs de l'aube s'invitaient doucement dans la chambre, grâce aux rideaux que personne n'avait pris le temps de fermer, comme d'habitude. Jane aimait tout particulièrement être réveillée ainsi, naturellement, par la lumière naissante du jour. La première chose qu'elle faisait ensuite, c'était se lever et ouvrir la fenêtre afin d'écouter le chant des oiseaux. Mais ce matin fut différent, parce qu'elle savait qu'elle n'entendrait pas ce chant si mélodieux qu'elle appréciait tant, mais des cris, des avertissements, comme hier, et elle ressentait un profond malaise à cette pensée.

Lorsqu'elle ouvrit enfin les yeux, c'est son compagnon qu'elle aperçut en premier. Il avait les paupières closes, sa respiration semblait sereine. Mais elle le connaissait trop bien pour croire qu'il dormait paisiblement. Ses sourcils froncés et de ses traits tirés étaient la preuve qu'Orry n'éprouvait plus de repos, même dans son sommeil.

La nuit avait été courte. Les deux jeunes gens s'étaient perdus dans des étreintes désespérées, des je t'aime incessants, je t'aime qu'ils se disaient pourtant rarement, n'ayant pas besoin de prononcer ces mots pour avoir conscience des sentiments qu'ils se portaient.

Jane tendit le bras et posa sa main sur le corps ferme et nu d'Orry. Elle caressa avec tendresse les cicatrices qui avaient une teinte plus claire et rosée que le grain de peau normal de son compagnon. Elle sentit chaque aspérité, chaque relief que les brûlures avaient laissé. Elle aimait le jeune homme dans son entièreté, rien chez lui ne la laissait indifférente, tout était beau. Même ses cicatrices.

Orry grogna et bougea lentement, roulant sur le côté, lui faisant face. Ses yeux s'ouvrirent doucement, ses bras se tendirent et il attira sa compagne à lui.

Une nouvelle étreinte, de nouveaux je t'aime, une chaleur à suffoquer et, malgré la fenêtre fermée, les cris des oiseaux accompagnants l'amour et les corps se donnant l'un à l'autre.

*

La fenêtre était à présent ouverte et les cris stridents emplissaient la chambre. Jane écoutait, sans dire un mot, ne comprenant pas ce changement dans le comportement des volatiles.

Orry donnait le bain à Espérance et elle captait le son des clapotis de l'eau, dans la pièce adjacente. Puis ce fut l'aboiement agaçant d'un chien, et enfin un appel.

— Oscar !

Elle referma la fenêtre et se dirigea vers la troisième chambre, inoccupée, dont la fenêtre donnait sur la rue. Elle l'ouvrit à son tour et se pencha légèrement, regardant à gauche puis à droite pour essayer de comprendre d'où venait la voix.

— Oscar !

Tom apparu au coin de la rue et Jane lui adressa un salut de la main. Le petit garçon couru vers elle et lui fit de grands signes de bras.

— Tu as vu le chat ? demanda-t-il, inquiet.

— Pas ce matin... Il a dormi chez toi ?

— Non il était chez mamie, mais elle ne le trouve plus depuis hier.

— Il va revenir, il a dû aller chasser ou... il joue peut-être quelque part.

Tom fit une légère moue et acquiesça.

— Je m'inquiète quand même, il part pas d'habitude et il vient toujours quand je l'appelle.

— Il ne va plus tarder, j'en suis sûre, tu veux monter ? Espérance est dans son bain.

Le petit garçon fit un grand sourire et se précipita vers la porte d'entrée qu'il tenta d'ouvrir.

— Tu ne peux pas attendre deux secondes ? rit Jane. J'arrive.

Le chant des oiseauxLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant