Pourquoi

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C'est probablement une des questions les plus importantes au monde : pourquoi ?

Dans mon cas, on va préciser un peu : pourquoi vouloir être auteur indépendant aka autoédité ?

C'est une question qui revient souvent lorsque je discute avec des gens autour de mon métier. Après tout, tout le monde sait que le métier d'auteur n'est pas nourrissant, ou très peu, alors pourquoi en plus décider de se passer d'une maison d'édition. Question suivante, puisque je suis auteur hybride et que j'ai donc un éditeur (au moins), pourquoi m'entêter à ne pas travailler avec lui ?

Puisqu'il y a plusieurs questions je vais donc répondre en plusieurs fois, si vous me le permettez ;)

D'abord pourquoi vouloir être auteur ? Ça c'est facile : c'est parce que j'aime ça. J'écris depuis des années, j'ai sorti mon tout premier livre en 2005 avec une maison à compte d'auteur (on pourra en reparler parce que ça je sais que c'est très controversé) et puis en 2009, j'ai fait de l'autoédition. En 2017 je suis édité à compte d'éditeur par 404 et aujourd'hui, en 2018, mon dernier roman vient de sortir, toujours en autoédition.

Si avant, j'avais pour but ultime d'être édité par une grande maison d'édition, j'ai un peu revu mes objectifs et si je souhaite toujours être soutenu par une maison (peu importe sa taille) mais je souhaite aussi continuer l'autoédition. C'est important pour moi. Il y a plusieurs raisons à cela. Certaines plutôt cyniques et terre à terre, comme l'argent par exemple ; et d'autres plus idéologiques ou philosophiques, comme la liberté par exemple.

Comme je le dis souvent, il y a des avantages et des inconvénients des deux côtés et il est important d'être clair dans sa tête sur ces sujets, selon moi.

Parmi les avantages, mettons du côté de l'éditeur le travail éditorial. Le B.A.BA. On pourrait objecter que certaines maisons d'édition ne font aucun travail sur les textes ou si peu que c'en est risible. C'est vrai. Mais lorsqu'on confie son texte à une maison d'édition, et surtout lorsqu'on a déjà édité ou autoédité, on vérifie la qualité des textes produits par cet éditeur. Gageons donc que vous ne confierez pas votre texte au premier éditeur venu sans un minimum vous renseigner. Une maison d'édition avec un peu de bouteille sait normalement rendre un texte plus attrayant sans le dénaturer. Et c'est un bon point indéniable. Par ailleurs, tous les services que propose la maison d'édition sont gratuits. À ce stade, je me dois de préciser que je parle d'une maison à compte d'éditeur. Les maisons à compte d'auteur sont plutôt à classer dans la catégorie autoédition.

Autre avantage de la maison d'édition, la communication. Là encore, il existe des maisons qui ne sont pas douées dans ce domaine, ça existe, bien sûr. Mais douée ou pas, elles prennent en charge financièrement cet aspect. Ça n'empêche pas l'auteur de soumettre des idées et de participer à la notoriété de son ouvrage et de son propre nom, mais c'est une participation, pas une responsabilité. Et bien entendu, plus la maison est connue ou importante, plus le budget communication pour votre livre pourrait (notez le conditionnel) être important. Votre nom va jouer aussi dans la balance, si vous vous appelez Marc Levy ou Dario Alcide, dans la même maison d'édition en 2018 ou même en 2019, votre budget pub ne sera pas le même. C'est triste pour moi mais c'est compréhensible. (Je ne suis pas du tout dans la même maison que Marc Levy ceci dit ^^)

Si cela peut paraître évident, je précise que les avantages côté maison d'édition sont effectivement des inconvénients du côté autoédition. Premièrement il va falloir payer pour tout. Le travail éditorial si on veut que ce soit bien fait, la correction, la couverture, la mise en page si on n'y connait rien, les licences pour les logiciels, l'impression, la pub et tout. Si certains postes de dépenses peuvent être réduit au minimum avec un peu d'huile de coude ou de réflexion, il y a quand même un investissement non négligeable. Sans compter qu'encore aujourd'hui, même si la situation est globalement plus facile qu'il y a dix ans, l'autoédition souffre encore d'une image d'amateurisme.

Pour les bons côtés de l'autoédition, il y a évidemment le fameux droit d'auteur. S'il est exagéré de dire qu'un autoédité gagne 100% du prix de son livre, il est quand même réttribué bien au-dessus des 6 à 10% du monde de l'édition classique. Par ailleurs, puisque c'est lui qui fixe le prix, il peut se permettre de choisir son revenu net. Ce n'est tout de même pas négligeable. Ensuite, il y a également la liberté. Souvent, on entend que les éditeurs ne veulent pas publier ceci ou cela si on n'a pas aseptisé ou standardisé le texte pour le rendre commercialisable. Je doute que ce soit vrai en réalité. Il n'y a qu'à voir Kereban, mon livre édité. Son format est très particulier et il est clair que 404 a pris un risque en le publiant. Mais l'équipe y croyait et a donc proposé le livre à la vente. La liberté ne se situe donc pas là, pas uniquement en tout cas, car il y a toutes sortes de maisons d'édition. La vraie liberté de l'indépendant se situe dans tous les choix qu'il va faire de l'écriture à la commercialisation en passant par la communication. La mode n'est plus aux vampires, les éditeurs le savent et ne se risqueront probablement pas à publier un livre sur ce sujet tant que la mode ne sera pas revenue. Eh bien l'autoédité le fera s'il croit en son texte (ce qui est souvent le cas, à tort ou à raison). L'auteur veut absolument allez signer dans la foire à la saucisse de son quartier mais l'éditeur pense que c'est une mauvaise idée pour une raison X ou Y ? L'autoédité ne se posera pas la question, s'il pense pouvoir vendre, il ira. La mode est aux couvertures rigides et aux livres en trois tomes ? Peu importe, mon livre autoédité aura une couverture souple et sera en deux tomes seulement. La liberté est totale et n'a de limite que l'imagination de l'autoédité qui n'a de comptes à rendre à personne. La liberté a bien sûr un revers que je rappelle toujours, lorsqu'on est libre, on est aussi libre de se tromper ;)

Dernier avantage et, encore une fois, il n'est pas anodin : on ne passe pas par une sélection. Obtenir un « oui » dans une maison d'édition demande patience, talent et chance. En autoédition, il suffit de volonté. Même l'argent peut-être un problème anecdotique avec l'impression à la demande et le crowdfunding. On entend souvent dire qu'un bon manuscrit ne saurait rester sans éditeur. C'est probablement ce genre de légende urbaine qui donne si mauvaise presse à l'autoédition. La vérité, c'est qu'il y a de très nombreux manuscrits qui ne sont pas lus pour tout un tas de raisons. Par ailleurs, avec le nombre de textes reçus chaque semaine par les éditeurs, il doit forcément y avoir une sélection et le talent n'est pas le seul point d'attention. Sans compter que certains autoédités n'ont même jamais essayé l'édition classique. Mais là n'est pas le sujet.

Pour en revenir au sujet de départ, si je veux rester autoédité en plus d'être édité de façon classique lorsque c'est possible, c'est évidemment pour avoir accès au meilleur des deux mondes. La perspective d'être le seul responsable de la fabrication d'un livre est assez géniale, à vrai dire. Je ne suis pas vraiment peintre, ébéniste ou sculpteur, mais je voulais pouvoir créer. Avec le livre c'est possible mais chez un éditeur ce n'était pas encore suffisant. Pouvoir tout faire moi-même, ou du moins être le maître d'œuvre de tout, a ce petit quelque chose en plus. En étant autoédité, je suis chef d'entreprise, c'est pas mal aussi. Ah... Satisfaction personnelle, quand tu nous tiens.

Et puis pouvoir gagner plus que 60 centimes par livre vendu, c'est agréable aussi :)

D'ailleurs, on me demande également « puisque tu gagnes mieux pourquoi ne pas rester juste autoédité et abandonner l'édition classique ? » La réponse est toujours la même : profiter du meilleur des deux mondes. En étant autoédité, j'ai la satisfaction de tout faire et de gagner un peu plus. En revanche, avec une maison d'édition, j'ai accès à des moyens différents. Combien de journalistes ont lu un de mes livres autoédités par exemple ? Bien moins que ceux qui ont lu mon seul livre édité par 404. Pourtant j'ai sorti bien plus de livres en autoédition !

Inutile de rêver avoir des affiches dans le métro ou une pub dans un quelconque magazine en autoédition ; je n'en ai pas les moyens.

De même, et c'est un sujet de débat assez régulier, même en gagnant plus par livre vendu en autoédition, il n'est pas garanti que je gagne plus qu'en édition classique. Car forcément, la faible diffusion aidant, je serai moins visible en autoédition. Mathématiquement, je vendrai moins pour le même livre et les mêmes efforts. Oui, il y a de belles histoires en autoédition. Mais pour une belle histoire, combien de désillusions ? Si je n'abandonne pas le rêve de pouvoir vendre un jour des milliers d'exemplaires en autoédition, je sais que ce ne sera pas facile et que ça pourrait très bien ne jamais arriver. C'est déjà difficile avec une grosse structure...

Donc, pour conclure, je veux être auteur. Que ce soit avec une maison d'édition ou tout seul ne m'importe finalement que peu. Dans les deux cas je serai content. C'est ça être un hybride ;)

Je suis auteur indépendantWhere stories live. Discover now