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Ses pas sonnaient lourds sur l'asphalte. Son cœur tambourinait dans sa poitrine. Ses oreilles raisonnaient encore des cris des enfants, des pleurs d'Anton, des détonations, du bruit lourd des corps touchant le sol, du hurlement de douleur de John. Sa mémoire était encore pleine des regards apeurés, du sourire froid de Ward, de ses mots fous, de ses promesses des violences à venir.

Des violences qu'il ne voulait pas voir ici.

Derrière lui on entendait encore des cris et des lamentations. Il flottait dans l'air une odeur de poudre et de sang. Tous réalisaient l'horreur dans laquelle ils étaient à présent plongés. Leur sort avait enfin été révélé, de la pire des manières possibles.

Ils avaient été trahis, livrés, vendus certainement, par l'un des leurs et se trouvaient maintenant entre les mains folles de ceux qu'ils avaient fuis avec tant de ferveur et d'espoir. Et la situation était pire qu'avant.

Ses pas raisonnaient dans les rues vides alors qu'il approchait de sa maison, là où se trouvait sa femme et sa fille, qu'il était prêt à tout pour protéger. Qu'elles ne souffrent pas et surtout, que Jane ne vive pas ça... pas encore une fois.

Il déverrouilla la porte d'une main tremblante et l'ouvrit dans un grand fracas, la battant cognant contre le mur. Il hurla.

— Jane !

Il s'élança vers les escaliers, sans prendre la peine de fermer la porte, se doutant que les jeunes femmes s'étaient cachées à l'étage et appela à nouveau sa compagne.

— Dans la chambre d'Espérance, répondit celle-ci d'une voix sourde.

Lorsqu'il arriva dans la chambre il se jeta presque sur sa femme qu'il serra contre lui avec force.

— Fais attention à la petite, murmura-t-elle. Qu'est ce qui s'est passé ?

Orry se recula un peu pour ne pas écraser sa fille et prit le visage de sa compagne dans ses mains. Il inspecta son visage, comme si c'était la première fois qu'il le voyait, comme s'il le découvrait, puis l'embrassa fortement.

— Qu'est ce qui s'est passé ? répéta Jane en se reculant. Orry, on a entendu des coups de feu.

— Mes enfants vont bien ? Demanda Isabel d'une voix tremblante. Et Rob ?

Orry sembla sortir d'un rêve profond et regarda la jeune femme, réalisant sa présence.

— Ils vont bien... À l'hôpital...

— Ils sont partis ? ajouta Jane. Les camions... ils sont partis ?

— Oui, répondit Orry en la regardant de nouveau. Ils sont partis. Mais... ils vont revenir.

Les deux jeunes femmes échangèrent un regard, puis Jane reprit.

— Orry, s'il te plaît, explique-nous.

— Ils veulent...

— Orry !

La voix de Rob retentit dans la maison, faisant sursauter tout le monde, puis des pas se firent entendre dans les escaliers. Isabel sortit de la pièce au moment où son mari arrivait devant la porte. Il l'étreignit et l'embrassa doucement avant de lui annoncer que les enfants étaient chez eux avec Hanet.

— Ça va aller ? demande Rob à son frère.

Celui-ci ne répondit pas. Il hocha juste la tête, le regard dans le vague.

— On rentre, reprit Rob à l'attention de sa femme. Il faut qu'on parle, c'est sérieux.

Celle-ci acquiesça, lança un regard à Orry et Jane, leur souriant doucement, puis suivit son mari qui était déjà en train de descendre au rez-de-chaussée.

Le chant des oiseauxLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant