Lumière éternelle

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Des cris, des cris, tes cris. Puis rien. Si silencieux dans la nuit noire. Tu renifles, tu souffles la fumée de ta cigarette. Bordel, je me suis déjà excusée. Je n'aurais pas dû lui parler. Je regrette. Tu secoues la tête quand tu m'entends faire un pas vers toi, et tu t'éloignes.

- Je te déteste.

Je frissonne. Ce n'est pas vrai. Dis moi que ce n'est pas vrai. Dis moi que c'est faux. Tu mens. Une larme roule le long de ma joue glacée. Son sillage me semble brûlant. Encore un pas de côté. Un gouffre nous sépare. Un gouffre infini qui semble m'engloutir.

- S'il te plaît.

Je te supplie. Ça me bouffe de te savoir si loin. Je veux te prendre dans mes bras. Ta cigarette allumée dans la nuit noire. Son bout rougi comme mes yeux. Tu passes une main dans tes cheveux, tu t'arrêtes dans ta tignasse et tu tires dessus. Tu pousses un soupir qui me fend le cœur.

- Tu m'énerves tellement. Bordel, est-ce que tu sais combien tu m'énerves..?

- Je suis tellement désolée..

Je me mords la lèvres. Je me balance d'un pied sur l'autre. Je sais que j'ai complétement dérapé. Je te connais. Trop d'ailleurs. Je me sens me briser, comme une tour en verre qui s'effondre. Ne m'en veux pas s'il te plaît, je suis tellement désolée.

Tu ne me regardes pas. Tu fuis mon regard de la même façon dont moi je veux voir tes prunelles. Tu secoues une nouvelle fois la tête, et ça me tue de t'imaginer être blessé. Surtout à cause de moi.

Je devrais le savoir. Tu devrais le savoir. Nous le savons. Notre amour nous détruira. C'est si malsain. On devrait sûrement tout laisser en plan et s'éloigner. Partir loin. Toi de moi. Moi de toi. Je m'en veux de penser ça. Cependant, je sais que c'est à cela que tu penses aussi ; ta cigarette qui se consume contre tes lèvres, les yeux tournés vers le sol.

Je tente un pas. Tu es beau dans les lumières des décorations de Noël de la ville. Tu ne bouges pas. Je sais que tu sais que je suis là, si près de toi. Je m'approche un peu plus. Mes larmes perlent le long de mes joues. J'encercle de mes bras ton corps, je pose ma tête sur ton épaule. Tu soupires si fortement. Tu caresses du bout de tes doigts mes mains autour de toi.

- Tu m'énerves. Tu m'énerves tellement. Je déteste quand tu fais ça.

- Je sais.. je suis tellement désolée.

Je marmonne contre ton dos. Tu soupires de nouveau, crachant par la même occasion la fumée blanche qui noircit tes poumons. Je sens une de tes larmes s'écraser sur le dos de ma main. Mon cœur se fend. Ne pleures pas, pas pour ça, pas pour moi.

C'est si compliqué entre nous. Je suis déjà contente que tu ne m'aies pas hurlé dessus et pris ta voiture. Cela te ressemblerait tellement. Cela nous ressemblerait tellement. On se déchire et on revient quelques jours plus tard.

La dernière fois tu m'avais offert une rose éternelle pour t'excuser. La fois d'avant, je t'avais donné tes chocolats préférés ; chocolats qu'on a fini par manger allongés dans ton lit devant un film mit au hasard. Mais cette fois, tu n'es pas parti. Tu as crié, fort, beaucoup. J'ai d'ailleurs vu le voisin d'en face sortir sur son balcon pour être sûr que je ne sois pas en danger. Puis tu t'es tu. Et bizarrement, je déteste encore plus tes silences que tes cris.

- Je ne sais même pas si je t'en veux encore.

- Tu ne m'en veux plus..

Tu ris un peu. Ça fait vibrer ton torse et ça me fait sourire encore plus. Tes doigts ne cesse leurs caresses sur les miennes. Je me colle plus à toi. Tu ne m'en veux pas, tu ne m'en veux plus. Je le sais. Je le sais car tu te retournes pour me prendre entièrement dans tes bras.

Tu me pousses en arrière pour qu'on rentre dans la maison. Le contraste entre l'air extérieur et la chaleur de l'appartement crée de la buée sur tes lunettes. Je ris doucement en les mettant sur ta tête. Puis je me blottis dans tes bras.

- Serre moi fort.

Alors je le fais, je resserre mon étreinte autour de toi et tu nous fais basculer sur mon canapé installé dorénavant en lit. Je m'allonge contre le matelas et tu poses ta tête sur ma poitrine. Je respire de nouveau normalement. Je souffle doucement en profitant de la chaleur qui émane de ta peau, qui traverse ton t-shirt. Je resserre un de mes bras autour du bas  de ton ventre. Je te serres fort. Pour que tu comprennes bien combien je t'aime.

Tes mains passent sur mon bras, des frissons apparaissent sur ma peau. Ça aurait pu être notre ultime dispute. Notre histoire est trop intense, trop exceptionnelle pour se terminer calmement. Tu m'en as voulu. Tu ne m'en as pas voulu assez longtemps, mais cela aurait pu être la dernière fois que je te tiens contre moi, alors je profite.

On s'aime tellement que l'on se fait du mal. On s'aime tellement que mon cœur se serre quand tu n'es pas là et que mon téléphone a un de tes messages. On s'aime tellement qu'on s'engueule énormément. On s'aime tellement qu'on vit intensément. Nos disputes sont intenses, nos discussions sont intenses, notre amour est intense.

Alors que la neige commence à tomber dehors. Alors que tu t'apaises contre moi. Alors que ta colère a disparu. Alors que mes doigts n'ont cessé leur manège dans tes cheveux, et que tes doigts passent une nouvelle fois sur mon bras. Alors que j'emprisonne tes doigts. Alors que ta cigarette a fini de se consumer sur le balcon. Je te murmure quelque chose d'aussi intense que nos échanges, aussi aléatoire que notre histoire.

- Viens on se marie.

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