Épilogue : Héritage (Gaule -29)

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Terre des Arvernes, le 15 mars

Me chère Aurélia,

Je t'écris cette lettre le cœur lourd te t'avoir dissimulée tant de secrets. Tant de vérités que tu dois maintenant connaître pour te bâtir un avenir. Pourquoi te les révéler maintenant ? Car, je crains ma fille, ne plus trouver le courage. 

Je te regarde quand j'écris cette lettre. Tu joues avec ton demi-frère, Césarion, dans le champ de blé bordant la maison. Tu as seulement quatorze ans. Tu ris alors que tes longs cheveux châtains dansent dans la vent à chacun de tes mouvements. Ton grand-père vous apprend à monter à cheval. Comme vous avez l'air heureux ... 

Je n'aurai pu rêver mieux, si ce n'est d'avoir mon époux à mes côtés. Tu lui ressembles tellement quand tes deux prunelles noires m'observent avec intérêt. Mais tu liras cette lettre quand tu seras plus grande. Tu dois savoir. Connaître ton père. Je t'ai dit qu'il était mort il y a longtemps. Je n'ai pas menti. Ton père n'appartient plus à ce monde mais à celui des dieux.

Je sais qu'il n'y aura pas de bonne formulation, ni de bons mots pour t'annoncer cela alors je me lance. Aurélia Chiomara des Arvernes, tu es la fille de Jules César, maître de Rome. Pourquoi ne te l'ais-je pas dit avant ? Je ne pouvais tout simplement pas. Pendant toutes ces années, je me suis cachée, disparaissant aux yeux du monde, et particulièrement aux yeux des romains. J'ai fui le nouvel empereur de Rome, Auguste. Je l'ai connu sous le nom d'Octave autrefois. J'ai parfois l'impression que c'était une autre vie. Il m'a laissée partir, en mémoire de ton père. Il ne savait pas pour toi. Heureusement qu'il ne l'a su que trop tard. Il t'aurait tuée Aurélia, comme il a essayé de tuer ton demi-frère, le fils de César et Cléopâtre, Ptolémée César, dit Césarion.

Je suis partie me réfugier sur cette terre qui m'a vue naître. Cette terre où le ciel me connait et me protège. La Gaule. J'y ai retrouvé mon père, ton grand-père. Quelques mois plus tard, tu es née ma fille et alors, mon cœur s'est de nouveau remis à battre. 

Après ma fuite, le testament de César a été lu dans la maison d'Antoine. Celui-ci m'a envoyée une lettre, me révélant ce qu'il contenait. Il nous a tout légué, Aurélia. Ses villas, tous ses biens et il te déclarait comme son enfant légitime. Son unique héritière. Octave n'a pas supporté cet affront. S'il avait su où j'étais, nul doute qu'il aurait envoyé des hommes pour nous tuer. Mais, grâce à Antoine, il ne l'a jamais su.

Fou de rage, Octave m'a frappée de damnatio memoriae. C'est une loi romaine, une loi qui efface mon nom de tous les écrits, de tous les récits, comme si je n'avais jamais existé. Par ce procédé, nous n'existions plus, ma fille. Nous disparaissions du testament. Pourtant, il ne peut effacer le souvenir de mon nom. J'existerai toujours pour ceux qui m'auront connue et aimée. Mais je les ai tous perdus, comme j'ai perdu ton père. 

Même après toutes ces années, c'est encore dur pour moi de le dire à voix haute. L'écrire me soulagera peut-être de ma peine. Ton père a été assassiné par ses propres frères. Des membres du Sénat qui étaient terrifiés par sa puissance et sa gloire. Quelle ironie ! En tuant un dictateur, ils ont placé un empereur à la tête de Rome. Si ton père pouvait voir cela ... 

Je l'ai sincèrement aimé Aurélia. Il pouvait être dur et froid au combat mais il était profondément bon et chaleureux avec ceux qu'il aimait. Il m'a aimée. Il t'a aimée, Aurélia. Tu portes le nom de sa mère .... Comme il aurait tant voulu te connaître ! Tu portes également le nom de ma précieuse amie qui s'est sacrifiée pour me sauver la vie. Mon âme lui sera éternellement reconnaissante.

Rome m'a enlevée tous ceux que j'aimais, ma fille. Ton père est mort tué par ses pairs. Marc-Antoine est mort des années plus tard, se suicidant par amour pour une reine d'Égypte, Cléopâtre. Elle aussi s'est suicidée, préférant une mort glorieuse à une vie misérable. Mais avant de commettre l'irréparable, elle m'a confiée une dernière mission. Celle de protéger son fils. Je reconnais bien là la souveraine que j'ai connue et appréciée. Elle était si forte. À présent, je reste seule. Seule avec mes pensées si lointaines. Je refuse que leurs souvenirs disparaissent avec moi.

C'est à toi que je confie cette tâche, ma fille. Maintenant, le souvenir de notre histoire est entre tes mains, Aurélia. Raconte autour de toi l'histoire de Jules César, de Marc-Antoine et de Cléopâtre. Raconte mon histoire. Celle de la fille de Vercingétorix, celle des Arvernes, celle d'une femme qui s'est battue au nom de l'amour. Ne laisse pas nos noms sombrer dans l'oubli. Ne les laisse pas changer nos histoires.

Mais, avec tout ceci, tu dois certainement te demander comment une princesse gauloise et un général romain ont pu tomber amoureux. Je vais tout te raconter. Notre histoire a commencé il a y vingt-trois ans, derrière les remparts de la mythique cité d'Alésia ...

Ta mère qui t'aime de tout son cœur,

Eryn des Arvernes.

Alea Jacta Est [Tome 1]Lisez cette histoire GRATUITEMENT !