Chapitre 42 : Le complot (Rome -44)

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Le son des cithares résonna dans mes oreilles. La fête battait son plein dans la villa de Servilia. Je médisais sur son compte à longueur de temps mais je devais bien avouer une chose. Elle savait recevoir. Le vin coulait à flots et le rire des invités montrait la bonne ambiance qui régnait. La bonne ambiance de façade.

Je voyais bien les regards menaçants que certains sénateurs jetaient en direction de mon époux. Celui-ci était toujours très populaire auprès du peuple mais les sénateurs le craignaient de plus en plus, notamment ce Cassius dont m'avait parlée Chiomara. Mielleux devant César, le calomniant dans son dos. Je haïssais cet homme. Petit, des cheveux gris presque blanc, il avait un air mauvais sur le visage. Je ne me rappelais pas l'avoir vu quand Pompée m'avait capturée mais il y avait tellement de romains. Je ne me rappelais pas de tous les visages.

Il lisait sa toge alors que je le surveillais du regard. Il parlait avec d'autres sénateurs ainsi que Brutus. Leurs regards exprimaient ce que leurs mots disaient tout bas. Il voulait faire descendre César de son piédestal. Il voulait l'empêcher de devenir roi, croyant que c'était là son but. Je ne les laisserai pas faire.

Je fus interrompue dans mon observation par Cléopâtre, surgissant devant moi. Celle-ci était toujours aussi fabuleuse. Elle avait attaché sa somptueuse chevelure brune dans son dos et elle portait un diadème en or. Rien que le diadème valait certainement tous mes bijoux gaulois. Sa longue robe bleue tombait sur le sol, en un drapage parfait. Après le triomphe de César, elle était retournée brièvement en Égypteavant de revenir à Rome. Cela m'avait étonnée. L'Égypte était plus qu'une simple nation pour elle, elle incarnait l'Égypte. Peut-être voulait-elle éviter son frère et mari, Ptolémée XIV ?

Quoiqu'il en soit, elle résidait toujours dans la villa avec son fils : Césarion. Celui-ci allait maintenant avoir quatre ans et c'était un adorable petit garçon. Enfin, selon ses dires. La souveraine préférait le cacher dans sa villa et au vue des circonstances, elle avait bien raison. Rome était cruelle et sournoise. Un sourire naquit sur son visage alors qu'elle me tendit un verre de vin. Je l'acceptais avec plaisir et bus une petite gorgée. Servilia ne m'empoisonnerait pas en public. Du moins, je l'espérais.

- Les rumeurs qui courent dans Rome sont-elles vraies ? Me demanda alors la souveraine, d'un regard interrogatif.

- Quelles rumeurs ? Rétorquais-je en trempant mes lèvres dans le vin.

- Les rumeurs sur ton mariage avec César.

Je m'étouffais avec la gorgée que je venais de prendre. Elle n'y allait pas par quatre chemins. Elle m'observa reprendre mon souffle, toussant plus que de raison. Ma réaction était une réponse comme une autre. Je relevais les yeux vers elle, ne sachant que répondre. Pourtant, je ne vis pas une trace de jalousie ou de haine dans son regard. Seulement de la curiosité. Je décidais de lui faire confiance.

- Nous nous sommes mariés il y a trois mois, lui annonçais-je sans détour.

Son regard s'illumina alors qu'elle m'attrapa soudainement les mains. J'en restais coite. Je ne m'attendais pas à ce genre de réaction de sa part. Elle m'avait plutôt semblé éprise de César alors que nous étions en Égypte. Ils avaient même partagé une nuit ensemble ... Mais aimait-elle l'homme ou le pouvoir qu'il avait ? Au vu de sa réaction, j'en venais à penser à la seconde option.

- Félicitations Eryn ! Je vous souhaite beaucoup de bonheur. Me complimenta-t-elle chaleureusement.

Je la remerciais aimablement, ma main serrée autour de mon verre.

- Comment va Césarion ? Demandais-je, détournant la conversation.

Inutile que des oreilles indiscrètes apprennent mon mariage avec César. Il y avait déjà beaucoup de rumeurs mais les rumeurs ne signifiaient pas forcément la vérité. Cléopâtre ne fut pas dupe et haussa un sourcil brun. Mais elle décida de laisser passer. La souveraine but une gorgée avant de répondre :

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