Chapitre 40 : Surprise (Rome février -44)

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Deux mois étaient passés et pourtant, César n'avait pas changé ses plans. Il préparait son attaque avec beaucoup d'impatience. Cependant, il ne semblait pas voir ce que tout Rome voyait. Ses généraux et ses lieutenants tremblaient à l'idée d'aller affronter les Parthes. À croire que tous les Romains avaient peur de ce peuple d'Orient.

Même Antoine m'avait avouée que beaucoup de généraux romains s'étaient risqués dans leur terre, en quête de gloire. Aucun n'en était revenu. Je frissonnais. Et si mon époux ne revenait pas ? Et s'il mourrait au combat ? Non. Je ne devais pas y penser. Il ne lui était rien arriver pendant les premières guerres, il n'y avait aucune raison que celle-ci tourne mal.

De toute façon, j'avais pris ma décision. S'il devait partir, alors je l'accompagnerai. Après tout, j'en avais fait le serment devant les dieux : « Ubi Gaïus, ego Gaïa ». Où sera Gaïus, je serai Gaïa. Ma place était auprès de lui. Ça ne serait pas ma première guerre à ses côtés.

Pourtant, depuis quelques semaines, je ne me sentais pas en forme. Je n'avais cessé de vomir tous mes repas et, de plus, mon ventre me faisait terriblement souffrir. Ce matin ne dérogea pas à la règle. J'étais en train de m'entraîner à l'arc, en vue de la guerre qui se préparait, quand mon ventre se tordit dans un excès de douleur. Je lâchais mon arc sur le sol, grimaçant sous la peine. Chiomara s'avança rapidement vers moi, un air inquiet sur le visage.

- Eryn ? Tout va bien ?

Elle me prit par le bras et m'aida à m'asseoir sur un banc. Je tentais de reprendre une respiration normale, posant ma main sur mon ventre comme si j'avais le don de me guérir seule.

- Encore ces douleurs ? Me demanda la blonde, penchant sa tête dans ma direction.

- Oui mais ...

- Je vais chercher un guérisseur. Me coupa-t-elle.

Sur ce, elle partit avant que je n'eus le temps de lui intimer de rester. Je suis sûre qu'elle s'inquiétait pour rien. Je n'avais rien. J'étais peut-être un peu malade, rien de plus. Je poussais un profond soupir et fus contrainte d'attendre sur mon banc, observant la cible vide. Je n'avais même pas réussi à tirer une seule flèche. Il allait vraiment falloir que je me reprenne si je voulais accompagner mon époux à la guerre.

Le guérisseur arriva quelques minutes après, suivi par une Chiomara agitée, triturant sa robe de nervosité. Elle s'inquiétait pour rien. J'allais bien. À cette seule pensée, j'eus soudainement envie de vomir, comme si mon corps tenait à signaler sa présence. Enfin, j'allais à peu près bien ... Chiomara expliqua au guérisseur mes symptômes : vomissements, douleurs abdominales.

Moi, je jugeais ce vieil homme du regard. Y voyait-il seulement quelque chose ? Il ne cessait de regarder mes pieds, comme s'il avait peur de me regarder dans les yeux. Sans mon autorisation, il palpa mon ventre. Je lui jetais un regard outré mais il m'ignora. Après quelques secondes, il leva enfin son regard de fouine vers moi et m'annonça, un grand sourire sur les lèvres :

- Vous n'avez aucun souci à vous faire, Domina. Vous attendez simplement un enfant.

Un silence religieux s'abattit sur le péristyle, seulement troublé par les bruits de Rome. Chiomara resta bouche-bée, les yeux rivés sur mon ventre comme si un monstre allait en jaillir d'un instant à l'autre. Moi, je ne pus que poser doucement ma main sur mon ventre. J'avais du mal à y croire.

D'ailleurs, je n'en revenais pas. J'étais loin de me douter que je tomberai enceinte aussi vite. J'avais même fini par me convaincre que j'étais stérile. Malgré tous les assauts de Brennos, je n'étais pas tombée enceinte une seule fois en deux ans. Et maintenant, après seulement un mois de mariage, je portais un enfant. Notre enfant. Une crainte s'empara de mon âme en pensant à la réaction de César. Comment réagirait-il ? Serait-il heureux ou le contraire ? Interromprait-il ses idées de conquêtes pour cet enfant ?

Je tentais de taire mes interrogations, inspirant l'air frais de ce mois de février. Le seul moyen de savoir était de demander au principal concerné. Je devais parler à César, maintenant. Je ne supporterai pas de tourner dans la villa toute la journée, à attendre son retour. Je me relevais et hélais un des serviteurs.

- Mon cheval.

Celui-ci inclina la tête et partit vers les écuries. Chiomara reconduisit le guérisseur à la sortie, le rassurant qu'elle allait parfaitement s'occuper de moi. Alors que je passais devant elle, elle m'intercepta, m'attrapant par le bras.

- Que comptes-tu faire ?

- Lui annoncer la nouvelle. Affirmais-je, attrapant les rênes de ma jument que me tendait le serviteur.

- Tu espères qu'il reportera sa guerre contre les Parthes ? Me demanda-t-elle alors que je me hissais en selle.

Oui je l'espérais mais je n'en attendais pas trop. Il était un homme de conquête, il rêvait d'affronter les Parthes depuis toujours. Rien, ni personne, ne le détournerait de son plan. Sauf peut-être moi.

- Je l'espère ... Murmurais-je pour moi-même.

Tirant sur les rênes, je fis tourner Épona vers la sortie de la ville. Avant de m'élancer au galop, je donnais un dernier ordre à Chiomara :

- Servilia organise un banquet ce soir.

J'avais reçu l'information seulement ce matin mais César avait accepté son invitation, tout en me jetant un regard interrogatif. Recevoir une invitation de sa maîtresse ne m'inquiétait pas. Seule sa tentative d'empoisonnement m'intoxiquait l'esprit. Je ne me ferai pas avoir une deuxième fois. De plus, Brutus serait aussi à cette soirée. Un sourire complice éclaira les lèvres de Chiomara. Elle avait compris.

- J'y serai, susurra-t-elle d'un regard entendu.

Je la gratifiais d'un clin d'œil. Je savais qu'elle ne me décevrait pas. Elle était une espionne née. Je comptais sur elle pour espionner Brutus et comprendre la menace qui planait sur mon mari. Elle n'échouerait pas. Elle n'échouait jamais. D'un claquement de langue, ma jument s'élança dans les rues de Rome. Les Romains flânaient le long de la rue marchande.

Je croisais une femme tenant un bébé dans ses bras. Inconsciemment, je ne pus m'empêcher de ralentir pour l'observer. Serais-je une bonne mère, capable de protéger mon enfant de tous les dangers de Rome ? Ce n'était pas vraiment le moment idéal pour tomber enceinte avec cette guerre et cette tension dans Rome.

Je continuais mon chemin jusqu'à la sortie de la ville. Le camp de la dixième légion s'y trouvait ainsi que Jules, veillant au moral et à l'entraînement de ses troupes. Le légionnaire de garde m'adressa un grand sourire en me voyant arriver. Je ne connaissais pas son nom mais je me rappelais l'avoir vu à mon mariage. Tous les hommes de la dixième légion étaient à mon mariage. Il attrapa les rênes de ma jument, me permettant de descendre. En temps normal, aucune femme n'était censée pouvoir pénétrer dans les camps d'entraînements romains. Mais je faisais figure d'exception.

Je le remerciais d'un signe de tête et suivis les acclamations que j'entendais au loin. Visiblement, s'entraîner à la guerre était beaucoup plus drôle que cela n'y paraissait. J'arrivais bientôt à la périphérie du camp, un air interrogatif sur le visage. Que se passait-il ? Un groupe d'homme s'était réunis en cercle et observait deux adversaires en train de se battre en duel. Je me frayais un chemin parmi les soldats et réussis enfin à voir ce qu'ils regardaient, Jules César affrontant Marc-Antoine.

- C'est tout ce que tu sais faire ? Le nargua mon mari, évitant un coup d'épée d'entraînement.

Pour toute réponse, Antoine fonça sur lui comme un bœuf et le plaqua sur le sol. Les soldats s'esclaffèrent bruyamment alors qu'un petit sourire naquit sur mon visage. Cela faisait bien longtemps que je ne les avais pas vu aussi complices. Ils ressemblaient à deux enfants s'amusant ensemble. Cela me fit chaud au cœur malgré le froid glacial qui s'était établi sur les terres romaines.

César se redressa vivement et fit chuter Antoine, d'un coup dans les chevilles. Mais Antoine n'en avait pas fini. Le lieutenant se releva d'un bond, faisant tourner son glaive entre ses mains. Il attaqua sur le côté droit mais César esquiva la charge et fit tomber l'épée d'entraînement des mains d'Antoine, d'un mouvement de poignet. Marc-Antoine avait perdu. Mon époux jubilait, un énorme sourire sur les lèvres. Levant les mains au ciel, il fit face à son auditoire :

- Alors ? Lequel d'entre vous veut tenter sa chance face à moi ?

Alea Jacta Est [Tome 1]Lisez cette histoire GRATUITEMENT !