Chapitre 38 : Espionne gauloise (Rome -45)

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Après trois heures de jeux sans répit, je poussais un soupir de soulagement au son des trompettes. Voir des romains s'entretuer pendant des heures me rendait folle. Seules les courses de chars trouvaient grâce à mes yeux. Elles me rappelaient les courses de chevaux que mon peuple organisait. Mon regard se voila un instant. Mon père était-il arrivé sain et sauf en Gaule ? Je suppose que je ne le saurais que le jour où j'y reviendrai. Sans que je m'en rende compte, Chiomara apparut à côté de moi, comme par enchantement.

- Je dois te parler de toute urgence.

Je lui jetais un regard curieux. Avait-elle appris des informations sur Brutus ? Pourtant, le son de sa voix m'angoissait. Elle semblait avoir peur de quelque chose. Alors que j'allais lui répondre, César arriva à ma rencontre, accompagné d'Antoine.

- Ce spectacle de la guerre des Gaules n'aurait pas dû avoir lieu. S'énerva le dictateur de Rome.

J'ignorais à qui il parlait mais il semblait en colère.

- C'est le Sénat. Tu ne peux pas t'opposer au Sénat, le raisonna Antoine.

César lui lança un regard conquérant. Ce regard qui avait permis de mettre à genoux tout Rome.

- Non seulement je peux, mais je vais le faire. Ordonna-t-il.

Et sur ces paroles, il fit volte-face et grimpa sur la selle de l'étalon qu'un servant lui tenait. Avant de partir, il s'arrêta à ma hauteur.

- Retrouve-moi à la villa.

Je hochais la tête pour lui faire signe que j'avais compris. Sans attendre, il talonna son étalon et disparut dans les rues de Rome, Antoine à sa suite. Je me retournais rapidement vers Chiomara, toute mon attention focalisée sur elle.

- Que se passe-t-il ? Demandais-je, impatiente de connaître l'origine de sa mine défaite.

- Pas ici.

Elle prit ma main et nous nous dirigeâmes vers les faubourgs de Rome. Je compris alors où elle voulait aller. Nous allions chez Diviciacos. Pourquoi ? Que s'était-il passé ? Un horrible pressentiment m'étreignit le cœur. En seulement quelques minutes, nous entrâmes dans la petite maison alors que Chiomara regardait autour d'elle, vérifiant que nous n'ayons pas été suivies. Mais, à son grand soulagement, la rue était presque vide. Les habitants étaient tous réunis autour du cirque. 

Le druide était bien là, assis sagement dans un luxueux fauteuil qui faisait tâche au milieu de la maison. Depuis quand avait-il un fauteuil ? De plus, aussi luxueux ! Visiblement, il nous attendait. Chiomara se plaça en face de moi et m'expliqua enfin, refermant la porte derrière elle.

- J'ai surpris Brutus en train de parler avec un certain Cassius.

- Cassius ? Répétais-je. Qui est-ce ?

Ce nom ne m'évoquait rien. Mon professeur répondit à ma question.

- C'était un ancien général de Pompée. César l'a gracié quand il est revenu à Rome.

Un ancien général de Pompée ? Ce nom revenait sur toutes les lèvres à chaque fois que nous étions en danger. À croire qu'il préparait sa vengeance depuis le monde des morts. Cela ne me disait rien qui vaille. César avait peut-être fait preuve de trop de clémence à l'égard de ce Cassius.

- Que se sont-ils dit ? Demandais-je, perplexe.

- Ils ont dit que César commençait à devenir trop puissant et que, bientôt, Rome ne serait plus une République. M'avoua la jeune gauloise.

Un frisson me parcourut l'échine. Était-ce une menace ?

- César est puissant, me rassurais-je en évoquant mes convictions à voix haute. Mais il ne veut pas devenir roi.

- Le Sénat a peur de son ambition débordante. M'informa Diviciacos.

- Il a toujours été très ambitieux, c'est ce qui l'a conduit si haut. Leur rappelais-je, prenant la défense de mon amant.

- Mais quand on atteint le soleil, on se brûle. Professa Diviciacos.

- Je dois le prévenir ! M'écriais-je.

- Non. Me retint le druide alors que j'avais déjà fait demi-tour.

Son ton était sans appel. Je lui jetais un regard perdu, m'arrêtant devant la porte.

- Nous n'en savons pas assez. Continua-t-il, toujours calme.

Comment pouvait-il rester calme alors que j'avais l'impression qu'une épée de Damoclès venait apparaître au-dessus de la tête de l'homme que j'aimais ? Je n'étais pas sereine, mais alors pas du tout. Mes mains se tordirent nerveusement.

- Brutus est un homme dangereux, leur rappelais-je. Tout comme sa mère ! Avez-vous déjà oublié qu'elle a essayé de m'empoisonner ?

- Pourquoi tu ne lui as pas dit ? Rétorqua Diviciacos.

J'allais répondre mais aucune réponse ne me venait. J'ignorais pourquoi j'avais caché cette information à César. Peut-être ne voulais-je pas le voir souffrir ? Il avait profondément aimé Servilia et je ne voulais pas lui montrer la perfidie de cette femme.

- Il a aimé Servilia et Brutus dans un autre temps. Comment réagirait-il en voyant leurs vrais visages ?

Aucun des deux gaulois ne répondit mais je savais qu'ils avaient compris mes motivations. Ils ne firent d'ailleurs aucun autre commentaire. Après un court silence, Chiomara dit alors :

- Je continuerai à espionner Brutus. Nous devons en savoir plus.

J'acquiesçais. Cette menace ne me disait rien qui vaille. Brutus ... L'homme qui s'était tenu auprès de Pompée alors que César l'avait élevé comme un fils. Pourquoi lui en voulait-il à ce point ? Qu'est-ce que César avait bien pu lui faire pour le rendre fou de rage ?

- Fais attention, la prévins-je mais la jeune femme sourit.

Je haussais un sourcil devant son sourire mutin. À quoi pouvait-elle bien penser ? Elle comprit ma question sans que je la formule.

- Qui aurait cru que trois gaulois essayeraient de sauver la vie de César ?

Certainement pas moi. Il y a quelques années, lors de la guerre des Gaules, j'aurai plutôt essayé de le tuer. Mais, il était maintenant mon époux et je l'aimais. Il était hors de question que quelqu'un lui fasse le moindre mal.

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