Chapitre 35 : Telle est la volonté des dieux (Rome -45)

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J'étais ravie de retourner à Rome, surtout en tant que fiancée de César même si personne, à part Marc-Antoine, ne le savait. Nous avions décidé de nous marier en secret pour éviter le jugement des romains et, plus particulièrement du Sénat. Un grand mariage leur auraient déplu. Le dictateur de Rome ne pouvait pas épouser une simple gauloise, même une princesse. C'était inenvisageable pour les sénateurs. Et pourtant ...

À son retour, César fut nommé dictateur à vie par le Sénat. Son pouvoir était à son apogée. Plus rien ne semblait pouvoir l'arrêter. Plus rien ne semblait pouvoir nous arrêter. Nous avions longuement parlé de notre mariage, entre deux réunions du Sénat. Lui préférait un mariage selon la tradition romaine mais j'avais insisté pour un mariage gaulois. Devant me détermination, il avait décrété que nous n'aurions qu'à faire les deux.

- Enfin, à part si tu connais un druide à Rome, je ne vois pas vraiment comment ... commença-t-il, rangeant ses écrits sur son bureau.

Je le coupais dans sa phrase, un sourire en coin sur les lèvres.

- J'en connais un.

Il souffla, plus fatigué que surpris.

- J'aurais dû m'en douter.

Quelques minutes plus tard, cédant à mes attentes, nous étions en route pour rencontrer Diviciacos, dans les faubourgs de la ville. César avait dissimulé son visage, refusant qu'on l'aperçoive en compagnie d'un druide, prétendant qu'il avait une réputation à tenir. J'avais haussé les épaules. Personne ne penserait que le Grand César se rendrait dans les quartiers malfamés de Rome. Il était invisible ici. Mon fiancé haussa un sourcil alors que je mettais pied à terre devant un maison qui semblait tomber en ruines.

- Tu es sûre que c'est ici ? me demanda le romain, jugeant la maison avec un air suspicieux.

- Certaine. affirmais-je en poussant la porte.

Diviciacos semblait nous attendre, un sourire ravi sur le visage. Il portait toujours sa longue robe blanche mais il avait coupé ses cheveux. Ceux-ci lui arrivaient maintenant aux épaules et lui donnaient un air moins négligé. Savait-il que nous venions ? Après tout, c'était fort possible. César leva un sourcil interrogateur en observant la domus en ruine. Il n'était vraiment pas habitué à une vie aussi humble. Puis, son regard s'ancra à celui du druide. Était-il nerveux ? Je souriais tout en me rapprochant de mon professeur. Celui-ci me serra entre ses bras, soulagé de me revoir en vie après la guerre d'Hispanie. César observa attentivement le visage du druide, plissant les yeux.

- Je vous connais ... marmonna-t-il, cherchant dans son esprit où il avait bien pu le croiser.

Diviciacos me relâcha et calqua son attention sur le dictateur.

- Nous nous sommes déjà rencontrés il y a plusieurs années, César. lui répondit mon druide.

- Vous êtes Diviciacos, n'est-ce pas ? Le druide des Éduens ?

Je levais un sourcil. Comment pouvaient-ils se connaître ? Diviciacos n'avait pas pris part à la guerre des Gaules et je ne pensais pas que César connaissait parfaitement la tribu des Éduens. Je savais néanmoins que mon fiancé avait une excellente mémoire, il n'oubliait jamais un visage. Il s'approcha près du druide, estimant qu'il n'y avait aucun danger.

- Vous êtes déjà venu à Rome ... continua-t-il, fouillant dans sa mémoire.

- C'est exact, approuva Diviciacos, joignant ses mains. Je suis venu à Rome demander un appui militaire contre les Germains. Je fus alors l'hôte du grand Cicéron.

Je tombais des nues. Il était donc déjà venu à Rome ... Je l'ignorais ! J'écoutais avec attention la discussion entre les deux hommes. Diviciacos ne m'avait jamais racontée qu'il s'était déjà rendu à Rome. Il n'avait tellement pas l'air ... romain. Et puis, il aurait pu me dire qu'il avait rencontré César dans le passé. C'était un petit détail qui avait tout son importance à mes yeux.

- Comment connaissez-vous Eryn ? demanda alors mon fiancé, curieux.

- Vercingétorix vint me voir pour parfaire l'éducation de sa fille unique. Je fus son professeur.

César hocha doucement la tête.

- On peut lui faire confiance, le rassurais-je.

Je taisais le fait qu'il m'avait sauvée de la tentative d'empoisonnement de Servilia. Nous n'étions pas là pour cela. Et je ne savais pas si je lui dirais un jour. Il ne parlait plus à Servilia de toute façon. Inutile de remettre de l'huile sur le feu. De plus, je n'avais plus entendu parler de son ancienne maîtresse depuis un bon bout de temps. Était-ce une bonne ou une mauvaise chose ? Je n'aurais su le dire.

- Nous sommes venus ... commençais-je.

- Je sais pourquoi tu es là, Eryn des Arvernes. Tu veux que je célèbre ton union avec cet homme.

J'en restais bouche-bée. Avait-il des dons dont j'ignorais l'existence ? Voyait-il dans l'avenir ? Et puis, pourquoi m'étonnais-je toujours face à son don ? J'avais bien aperçu le dieu Bélénos en rêve. Ce n'était pas plus étrange. En tous les cas, les Éduens clamaient les pouvoirs surnaturels de leur druide haut et fort. Cet homme m'avait toujours fascinée par son savoir qui semblait infini. Un sourire lumineux éclaira le visage de mon professeur.

- Je célébrerai ce mariage, Eryn. Telle est la volonté des dieux.

Je le regardais un instant, sceptique. La volonté des dieux ? À croire que j'étais devenue la nouvelle élue d'un plan divin qui me dépassait. Je n'avais jamais revu Bélénos depuis cette fois-là, où mon corps luttait contre la toxine que m'avait administrée Servilia. Pourtant, je sentais son feu dans chacune de mes veines lorsque la situation l'exigeait. Étais-je vraiment marquée ? César jeta un regard curieux au druide, l'observant attentivement. Je me rapprochais de mon amant et pris sa main dans la mienne.

- Il est de notre côté.

- Je te fais confiance, Eryn. me répondit-il simplement, sans pour autant décrocher son regard de celui du druide. 

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