Chapitre 30 : Le triomphe (Rome -46)

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Je me tenais sur un balcon, surplombant la Voie sacrée de Rome. Les soldats de César défilaient en tenue militaire, sous les acclamations du peuple réuni pour l'occasion. J'avais repris mon rôle de servante même si les regards sur moi étaient plus insistants.

Tous les invités de la nuit dernière m'avaient vu quittée la fête en compagnie de César et beaucoup se demandaient pourquoi. Seuls les convives les plus proches de César avaient été autorisés à sa rendre sur ce balcon pour observer le triomphe, ce qui comprenait Calpurnia, Octave et Cléopâtre. Dire que l'ambiance était électrique était un euphémisme. Je pouvais sentir le regard froid de Calpurnia sur Cléopâtre ainsi que celui d'Octave sur moi. Alors que je m'approchais de lui pour lui servir un verre, il m'attrapa vivement le bras, faisant tomber la carafe sur le sol.

- C'est donc toi, n'est-ce pas ? Me demanda-t-il avec un regard indéchiffrable.

Calpurnia et Cléopâtre s'étaient retournées vers nous et ne manquaient pas une seule parole de notre conversation.

- Je ne comprends pas ... Marmonnais-je.

- Tu es Eryn des Cadurques. Celle que les Romains appellent Minerve. Me susurra Octave, l'air menaçant.

Au moins, il ignorait ma véritable filiation.

- Qu'est-ce que cela te fait de voir ton peuple enchaîné comme les barbares qu'ils sont ? Me demanda-t-il en me tournant vers la Voie Sacrée.

D'un regard abattu, je regardais les Gaulois, les pieds et poings liés, descendre la Voie Sacrée. Il y en avait une petite vingtaine et je n'avais qu'une envie, descendre les libérer. Je me rassurais en me disant que mon père n'était plus parmi eux.

Soudain, un autre gaulois apparu, appelé comme le chef Vercingétorix. Il était blond, ses traits étaient durs et il boitillait mais ce n'était pas mon père. César l'avait remplacé par un autre homme et les Romains n'y voyaient que du feu. En même temps, aucun d'eux n'avaient jamais vu Vercingétorix. Et cet homme lui ressemblait un peu, assez pour tromper les soldats de la guerre des Gaules.

- Voici ton chef. Continua Octave, prenant un malin plaisir à me tourmenter. Il fait pâle figure, tu ne trouves-pas ?

- Lâchez-moi. Ordonnais-je en me retournant vers lui.

Il sembla surpris et me relâcha le bras.

- Je te demande pardon ? Sais-tu à qui tu t'adresses ? S'écria le neveu de César.

Soudain, des exclamations interrompirent notre joute verbale. César, vêtu de pourpre, arriva en char sur la Voie Sacrée, entouré par sa fameuse dixième légion. Marc-Antoine était à ses côtés, magnifique sur son étalon bai. Je reconnus également le centurion Quintus à l'avant de la dixième légion, précédé d'un soldat portant l'emblème de Rome, la louve ainsi que la devise de Rome : SPQR. Senatus populusque romanus : le Sénat et le peuple romain, les deux grandes entités qui faisaient Rome. César stoppa son char devant le balcon et présenta chacun de ses invités. Quand il mentionna le nom de Cléopâtre, des cris de rage retentirent dans la foule.

- Que disent-ils ? Demanda celle-ci, levant un sourcil brun.

Je comprenais ce qu'ils disaient mais je ne pouvais certainement pas lui répondre. Octave, en revanche, y prit un plaisir immense.

- Et bien, majesté, ils vous traitent de catin.

Cléopâtre le regarda un instant, la bouche ouverte. Puis, se drapant dans sa robe, elle quitta le balcon sous les huées de la foule en colère. Octave échangea un regard de victoire avec Calpurnia. Soudain, alors que je m'attendais à ce que César continue sa route, la dixième légion scanda mon nom, ramenant l'attention d'Octave dans leur direction. Les soldats de César frappèrent sur leurs boucliers avec leur lances avant de porter la main à leurs armures et de frapper dessus une fois. La foule se tut.

Accrochant mes mains au balcon, je ne savais que faire. Ils venaient de me reconnaître comme l'une des leurs. Comme si je faisais partie de la dixième légion. Aucune femme n'avait le droit de se battre sous l'étendard romain. Sous le regard stupéfait et fou de rage d'Octave, Antoine fit de même, m'adressant un clin d'œil complice.

Si César reproduisait le geste alors il me considérait comme une guerrière, une guerrière faisant partie de sa propre armée. Cela serait sans précédent dans l'histoire de Rome. Quand César reproduisit enfin le geste, la foule explosa, scandant mon surnom comme un mantra. Minerve. Surnom que j'avais gagné lors de mes nombreuses batailles pour Rome. Qui aurait cru que je me battrais pour ce peuple qui m'avait tout pris ?

César se remit alors en marche, se dirigeant vers le Capitole, offrir un sacrifice au temple de Jupiter Capitolin, en honneur de ses victoires. Le regard d'Octave n'était plus que fureur et si un regard pouvait tuer, alors je serais morte sur l'instant. Quittant à mon tour le balcon, je rejoignis Cléopâtre à l'écart de la cérémonie. Elle aussi était en colère et marchait de long en large, ne pouvant contenir la fureur qui l'habitait.

- Ils me traitent de catin ! Hurla-t-elle. Moi ! La reine d'Egypte ! Si nous étions en Egypte, je leurs ferai couper la tête !

- Mais nous ne sommes pas en Egypte. Répliquais-je.

- Comment l'ignorer ? Pesta-t-elle. Ils me traitent de catin et toi de déesse. Alors que la vérité est tout autre.

- Qu'insinuez-vous ? Attaquais-je, me sentant menacée par l'aura de colère qui l'entourait.

- Il ne regarde que toi. Hier, il a rejeté notre fils pour toi ! C'est toi la catin dont ils parlent ! Cria-t-elle en désignant la foule. Même s'ils l'ignorent encore !

- Ça suffit ! Grinçais-je entre mes dents.

- Ne vois-tu pas la vérité Eryn ? Tu es un trophée de guerre et il se lassera de toi, comme il s'est lassé de toutes les autres femmes !

Je tournais les talons, ne voulant pas entendre un mot de plus. Elle était aveuglée par la colère et la rancœur. Il m'aimait. J'en étais certaine. Sans un mot, je remontais les rues de Rome, vide de tous ses habitants. Tous assistaient au triomphe de l'homme le plus puissant de la ville éternelle. 

Moi, j'étais seule avec mes tourments.

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