Chapitre 18 : « Coup de foudre au Luxembourg »

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Précédemment dans « Les Mizer Heroïks » :

Valjean, alias Fabre, a disparu de la circulation depuis 5 ans. L'agent spécial Javert désespère de l'arrêter. Tout va pour le mieux à l'abri du couvent du Petit-Picpus. Hélas...

Cosette a désormais 20 ans. Une splendide fleur qui grandit et s'épanouit au-delà de ces murs étriqués. M. Fabre ne peut aller contre la nature et les hormones. Il est bien obligé de laisser cette plante magnifique respirer l'air en dehors de cette prison dorée.

Désormais, après le déjeuner, le gorille au cœur d'or accompagne l'éblouissante jeune fille au jardin du Luxembourg...

M. Fabre a ses habitudes. Il aime s'assoir sur le banc situé en face du bassin. Il passe les heures suivantes à observer le ballet incessant des poissons dans l'eau, pendant que sa pupille lit un roman.

Les jours, les semaines, les mois s'écoulent, quand, l'incroyable se produit. Gars Vif est en repérage dans ce verdoyant parc bourgeois. Contrairement à Valjean, ce n'est pas sa coutume. Il jure un peu trop dans ce paysage chic et bien apprêté, ce qui n'est pas commode quand on cherche à passer inaperçu. La tentation est toutefois grande : le pigeon y est bien gras et bien riche. Cela vaut-il le risque de se faire prendre ? Le site est placé sous la surveillance régulière de gardiens de la paix. Si Gars Vif est présent ce jour, c'est parce que sa curiosité a été piquée au vif. L'un des jumeaux lui a avoué avoir rencontré à de nombreuses reprises un ange descendu du ciel. Gars Vif fait désormais appel aux gémeaux pour repérer les lieux avant lui. On se méfie moins de deux garçons adorables de 8 ans que d'un jeune homme débraillé. Gavroche veut voir de ses "yeux vrais" à quel point l'ange est belle.

— Circulez ! Y a rien à voir !

L'injonction du policier qui lui crie dans l'oreille le sort de sa rêverie.

— Hein ?! bredouille-t-il, l'esprit encore partagé entre songe et réalité.

— Tu m'as bien compris, vaurien. T'es pas du quartier. Tu dégages ou je te loge au trou pour la nuit !

— C'est ça, m'sieur l'agent, je m'en va.

— C'est ça. Du balai ! Si je te retrouve demain à la même place, ça va barder pour ton matricule !

Gars Vif n'insiste pas. On ne gagne jamais contre la maréchaussée. Il file vers la sortie. En chemin, il croise un gros ours, un vieux papi à l'air fatigué derrière sa barbe blanche. Ce dernier a la bonne idée de consulter sa montre à gousset, qu'il remet ensuite dans sa poche. Quand le pickpocket passe à la hauteur du bourgeois, il n'a plus qu'à glisser sa main dans le pli de la veste pour cueillir la brillante. Gars Vif accélère ensuite le pas et franchit les grilles du jardin.

Satisfait de son larcin, au nez et à la barbe de l'agent de la sûreté, il se retourne fièrement et cherche sa victime dans la foule, persuadé qu'elle ne s'est rendue compte de rien... Incroyable ! Le barbu s'est également retourné et le dévisage, d'un air sévère. Fébrile, Gavroche n'a plus qu'une envie : détaler avant que le bourgeois ne donne l'alerte !

Mais quelque chose, ou plutôt quelqu'un l'empêche de s'envoler... La jeune fille au bras du monsieur. Un ange descendu sur Terre. C'est sûrement elle dont parlait le gémeau. Tout de blanc et de dentelle vêtue, elle irradie la pureté et la grâce : Cosette. Elle est la perfection incarnée. Gavroche en tombe aussitôt éperdument amoureux. L'eau a trop coulé sous les ponts. Le jeune homme ne peut reconnaître dans ce noble visage la petite fille qu'il a autrefois protégé des violences de la Thénardière, sa mégère de daronne.

Gars Vif ne sait plus quoi faire : fuir ou revenir sur ses pas et s'excuser de sa mauvaise action ?... Il reste donc là, paralysé, penaud, imbécile. Il faut la venue du policier qui lui fait signe de déguerpir pour que l'amoureux s'éloigne des grilles du jardin, l'esprit troublé.

Taper dans la poche du gorille qui accompagne Cosette n'est pas le meilleur moyen de s'approcher de cet ange descendu du ciel. Gavroche décide de revenir le lendemain au Luxembourg, corriger sa maladresse. Cette fois, il se place devant la grille par laquelle il est sorti le jour d'avant, il attend. A peu près à la même heure, surgissent le vieux barbu et la splendide Cosette. Aussitôt, Gars Vif se met en travers de leur chemin :

— Bonjour, M'sieur.

— Nous voulons passer, jeune homme, fait Valjean, agacé par la tentative d'approche du jeune homme.

— C'est pas à vous cette belle montre ?

— En effet. Que fait-elle en votre possession ?

— J'lai trouvée par terre. J'ai pas pu vous la remettre hier. Je vous la rends aujourd'hui.

— Merci beaucoup, dit le Miraculé en écartant gentiment du bras l'importun, qui refuse de se laisser repousser.

— Si vous avez besoin de mes services, M'sieur ou vous mademoiselle, ajoute Gavroche en coulant un tendre regard en direction de Cosette.

— Merci. Ce ne sera pas la peine.

— Z'êtes sûr ?

— Certain. En cas de problème, il y a toujours la police. D'ailleurs, j'aperçois un agent qui vient vers nous.

— Ha bon ? Où ça ?

— Là, vous voulez que je lui fasse signe ?

Le gorille désigne en effet l'agent qui vient d'éconduire un voyou, un voleur à la petite semaine. Sa mission accomplie, le policier réexamine la foule qui peuple le jardin. Ses yeux s'attardent sur Gavroche, dont il juge la présence suspecte et indésirable. Il vient alors vers lui.

— Non non. Ce n'est pas la peine. Enchanté M'sieur. Mademoiselle, conclut le jeune homme, l'œil fixé sur Cosette.

Gars Vif n'insiste pas davantage. Il ressort du jardin avant que le flic ne les rejoigne.

Le jour suivant, Gavroche fait de nouveau le pied de grue au Luxembourg. Après déjeuner, il est en embuscade, dissimulé à la vue des condés. Malheureusement, il n'aperçoit ni le vieux barbu, ni sa magnifique pupille.

Idem, le jour d'après. Et celui qui le suit. Où est donc la passé la ravissante apparition ?....

À suivre...

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