Chapitre 9 : L'enfant

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Florence

30 septembre 2040

Ghanzi

16h


— My god(1), tu as l'air tendue, me lança Steven avec son accent anglais.

J'avais bien une raison d'être anxieuse à notre retour à Ghanzi. Depuis un mois, j'étais hantée par des rêves osés mettant en scène la jolie travailleuse humanitaire aux yeux bleus de Médecin international. Depuis notre première escale, il y avait quatre semaines, je n'avais pas arrêté d'espérer être envoyé de nouveau en approvisionnement dans cette ville. Lorsque nous avons eu notre mandat pour aujourd'hui, je n'arrivais plus à tenir en place. Même si je tentais de cacher ma fébrilité, Steven avait cerné mon énervement et n'avait pas cessé de me taquiner depuis deux jours.

— Je me demande bien ce qui te rend aussi agitée, me lança-t-il avec sarcasme.

Il savait bien. Dès que nous avions quitté Ghanzi lors de notre premier voyage, il n'avait pas arrêté de me répéter à quel point les femmes afghanes avaient un charme fou. Je tentais toutes les fois où il évoquait cela d'éviter une réponse à ces commentaires, mais il m'avait si bien cerné que ça en faisait peur.

— La journée où tu accepteras d'aimer qui tu es, tout te semblera plus simple, me soufflait-il régulièrement.

Qui étais-je vraiment ? Actuellement, j'étais militaire, mais outre ce statut où tout était réglé à la seconde près, qu'attendais-je de la vie ? Steven me connaissait depuis peu et percevait mes envies plus que moi-même. En fait, je savais depuis longtemps mes intérêts pour la gent féminine, mais je n'avais jamais osé foncer. Je préférais me terrer loin du risque d'être déçue. C'était tellement plus simple de fréquenter des hommes. J'étais plus détachée, moins impliquée émotionnellement. Exactement ce qui me faisait peur avec les femmes.

— Atterrissage en approche, lança le pilote de l'hélicoptère.

Nous descendîmes doucement sur le terrain vague près de la clinique temporaire en soulevant un gros amas de poussières par le mouvement des hélices. Coiffés de notre casque protecteur, de notre gilet pare-balles ainsi que de notre mitraillette, nous sortîmes de l'appareil sous les regards de la population avoisinant l'hôpital de fortune. Les gens semblaient nous observer d'une façon différente de la dernière fois. Nous leur sourîmes amicalement, mais la réception n'était pas pareille. Depuis que l'armée afghane avait accentué sa pression dans le nord de l'Afghanistan, la présence des alliés n'était pas toujours bien vue. Les habitants avaient l'air d'avoir peur d'être accueillants avec nous.

— Je crois que nous aurions intérêt à rester sous nos gardes, me chuchota Steven. Je n'aime pas du tout l'ambiance autour de nous.

Le Capitaine Gagnon s'approcha.

— Sortons le matériel demandé rapidement, il est préférable que nous demeurons le moins longtemps ici.

Nous acquiesçâmes et on se mit au travail. En arrivant à la clinique, nous fûmes surpris par l'effervescence dans la place. Déjà déçue de voir mon temps compté à Ghanzi, j'étais encore plus amère de constater qu'il serait très difficile de tenter une approche envers la jeune femme légèrement voilée aux yeux bleus à cause du va-et-vient intense dans l'établissement. Nous déposâmes nos boites et j'aperçus enfin celle que je n'avais cessé d'imaginer depuis un mois. Elle portait toujours un genre de grand foulard sur les cheveux, rosé cette fois-ci. La légèreté du tissu s'agençait très bien avec la délicatesse de ses traits. Elle rangeait ce qui semblait être des bandages. J'admirais ses gestes calmes malgré l'agitation des lieux. J'ignorais son rôle à l'intérieur des murs. Elle portait bien sûr une blouse blanche, mais était-elle médecin, infirmière ou seulement une aide ponctuelle capable de servir d'interprète auprès de la population ? Ce que je savais c'est qu'au fond de moi-même j'étais convaincue qu'elle faisait le bien parce que je ressentais une certaine euphorie à me retrouver dans la même pièce qu'elle. Steven me tapota alors l'épaule.

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