Chapitre 26 : Vercingétorix (Rome -46)

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César rentra au milieu de la nuit. Le hennissement de sa monture me le confirma alors que je me trouvais dans ma chambre. Je me doutais bien qu'il était allé rendre visite à sa femme. Je poussais un soupir. Combien avait-il de conquêtes ? Sa femme Calpurnia, ses maîtresses Servilia et Cléopâtre ... Qui étais-je dans cette liste ? Je savais que j'étais devenue bien plus que sa prisonnière de guerre. Son affection à mon égard n'était plus un secret pour personne.

Prise dans mes pensées, je n'entendis pas le maître de la maison déboulait dans mes appartements. Je regardais par la fenêtre, vêtue simplement d'une chemise blanche, ma chevelure rousse coulant sur mes épaules nues. Rome était si belle de nuit mais je me rappelais des collines vallonées de la Gaule, des grands volcans nous écrasant de leurs puissances et les rires des enfants jouant dans la rivière. Un sourire nostalgique germa sur mes lèvres. Ma terre me manquait.

- Je me suis entretenu avec le Sénat. M'informa César, me faisant sursauter.

Je posais une main sur ma poitrine, reprenant une respiration régulière. Il s'approcha de moi et posa sa main sur mon épaule. Le contact de sa peau sur la mienne m'électrisa un instant.

- Excuse-moi, je ne voulais pas te faire peur. S'excusa-t-il.

- Ce n'est rien. Qu'as-tu fait au Sénat ? Lui demandais-je, ayant vaguement entendu quelque chose en rapport avec le Sénat.

Il s'assit à mes côtés et me compta sa journée. Dans un mois, il célébrerait enfin son triomphe. Son quadruple triomphe sur les Gaules, le Pont, l'Égypte ainsi que l'Afrique. Le plus grand général de son temps. Il voulait que la durée et le faste des cérémonies, l'énormité du butin éclipsent tous les triomphes précédents. Il voulait la reconnaissance à laquelle il inspirait. Il voulait une gloire éternelle.

J'écoutais avec attention son récit. Mon père serait exécuté lors de cette cérémonie. Devais-je lui en parler ? Comment lui dire sans pour autant lui révéler mon identité et donc lui avouer que je lui avais menti ? Je ne pouvais pas. Mais, apparemment, Servilia ne l'avait pas encore mis au courant. Plongée dans mes pensées, je n'entendis pas la suite de sa phrase.

- Cela te conviendrait-il ?

Il m'observa de ses yeux noirs si envoûteurs. Je lui jetais un regard perplexe. Voyant que je ne l'avais pas écouté, il répéta :

- Je vais faire venir les souverains d'Egypte à Rome pour mon triomphe. Ils seront logés dans la villa à côté.

- Oui, oui, fais comme bon te semble. Éludais-je.

Cléopâtre était bien le dernier de mes soucis. Même si sa visite me ferait plaisir. Enfin, tant qu'elle n'essayait pas de charmer César. Ma relation avec elle était étrange. Parfois, elle était une bonne amie, gentille et attentive, et parfois, elle devenait une rivale. Mais mon problème actuel ne concernait pas Cléopâtre. Le principal était de sauver mon père de son exécution prochaine. Malgré ce qu'avait dit Diviciacos sur sa libération, j'avais encore des doutes. Mon père serait-il libérer dans la vie ou dans la mort ? Là était le fond du problème.

- Qu'est-ce qui ne vas pas, Eryn ? Me demanda alors César.

Je reportai mon attention sur lui. Il me connaissait si bien. Je ne pouvais rien lui cacher, il lisait en moi comme dans un livre ouvert.

- Non, rien. Tout va bien. C'est juste que c'est étrange de revenir ici. Mentis-je.

- Oui c'est vrai, murmura-t-il en tournant sa tête vers la fenêtre, révélant la ville endormie.

Devais-je lui parler de Servilia et de sa tentative d'empoisonnement ? Comment le prendrait-il ? Je ne trouvais pas la réponse à ma question. Finalement, il me laissa seul, insistant que j'avais besoin de me reposer. Pourtant, je ne fermais pas l'œil de la nuit. Je ne cessais de réfléchir. Mon père, Diviciacos, Chiomara, Servilia ... Par les dieux ! J'en venais presque à regretter les batailles.

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