Chapitre 23 : Cernunnos, dieu des éléphants de guerre (Afrique 6 avril -46)

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Une nouvelle terre, une nouvelle guerre. Voilà comment je voyais à présent ma vie. J'avais découvert que César avait des ennemis aux quatre coins du monde et aucun ne semblait vouloir le laisser en paix.

Après l'Asie, nous avions fait voile vers l'Afrique, le dernier bastion des pompéiens. J'ignorais encore que Pompée avait des alliés. Malgré sa mort, les adversaires de César refusaient de se rendre et avaient organisé une résistance. Leurs chefs étaient Caton et Metellus Scipion. En outre, ils avaient comme allié le roi de Numidie Juba Ier. César était bientôt proche du pouvoir absolu à Rome et il ne pouvait pas laisser passer un tel affront.

Début avril, César arriva à Thapsus, au nord de l'Afrique, et assiégea la cité, en bloquant l'accès méridional avec trois lignes de fortifications. Ce siège me rappelait étrangement celui d'Alésia. Mon cœur se serra à cette simple pensée. J'observais la cité piégée, m'imaginant à la place des assiégés. Ce qui avait été mon cas six ans auparavant. Déjà six années que j'étais loin de mes terres et que mon père croupissait en prison. Et qu'avais-je fais ? J'avais simplement suivi César au bout du monde, sans me plaindre. Quelle idiote !

Au bout de quelques jours, Caton et Metellus Scipion, ne pouvant se permettre de perdre la position, furent contraints d'accepter l'affrontement. Les deux armées se préparaient à un nouveau choc. César était ravi que les pompéiens attaquent. Il voulait l'emporter et revenir à Rome.

Moi, j'étais lasse. J'espérais que cela serait ma dernière guerre. Je n'en pouvais plus de voir du sang, des larmes et des morts. Je voulais simplement me reposer enfin et songeais à un avenir plus pacifique, près de mon père. César se tenait à mes côtés, observant nos adversaires sortir de la cité de Thapsus. Ils s'organisèrent en rang de bataille serré, laissant la cavalerie sur le côté.

Soudain, des bruits étranges résonnèrent à mes oreilles alors que d'énormes animaux s'avancèrent sur le champ de bataille. Ils étaient gris, gigantesques et leurs nez ressemblaient à une grosse trompe. Mes yeux n'en revenaient pas alors que je fixais ces créatures.

- Par Bélénos, jurais-je. Qu'est-ce donc ?

Je ne ratais pas le sourire de Quintus, se tenant à ma gauche mais ce fut César qui répondit à ma question.

- Ce sont des éléphants, Eryn.

- Des éléphants. Répétais-je comme une enfant qui apprend un nouveau mot. Et comment on s'en débarrasse ? Demandais-je, les observant d'un œil critique.

- Ce sont peut-être des animaux gigantesques, m'avoua César, un petit sourire en coin sur les lèvres, mais ils peuvent aussi être une faiblesse.

Avait-il une idée derrière la tête ? Certainement. J'acquiesçais et jetais un œil perplexe à mon arc. Une flèche ne serait sûrement pas suffisante. Ni deux. Ni trois. Je poussais un profond soupir, observant les dix gros pachydermes s'avancer au côté de la cavalerie. La position de César, quant à elle, était typique de sa manière de combattre, lui au commandement du côté droit et la cavalerie et les archers aux flancs. Il décida de renforcer la cavalerie avec cinq cohortes, voyant les éléphants en face.

Soudain, le son du cor de guerre sonna, signant le début de la bataille. Les archers visèrent immédiatement les éléphants mais les animaux semblaient avoir la peau très épaisse. Les flèches ne servaient à rien. Ils ne semblait pas sentir leurs piqûres.

Je vis les animaux enfoncer les défenses de l'armée romaine et piétiner bon nombre de légionnaires, permettant d'ouvrir la route aux cavaliers de Scipion. Ma jument piaffa, émettant un petit hennissement impatient. Epona n'avait peur de rien, pas même des éléphants apparemment. Je pris une flèche dans mon carquois et resserrais mes cuisses autour de ma monture. Nous allions bientôt nous élancer. César nous fit signe d'attendre et abaissa la main. Un bruit sortit tout droit de l'enfer agressa mes oreilles. César fit sonner d'énormes trompes avec une telle violence que les éléphants, affolés, fuyaient, piétinant la cavalerie sur leurs passages. Le général donna alors le signal.

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