Chapitre 22 : Veni, Vidi, Vici (Royaume du Pont, -47)

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Nous étions arrivés au royaume du Pont ce matin, en Asie. Cela avait coûté à César de quitter l'Egypte mais il n'avait pas eu le choix. Pharnace II, fils de l'ancien roi du Pont, Mithridate, avait profité de la guerre civile entre César et Pompée pour reconquérir des territoires et réaffirmer son autorité. Et cela, César ne pouvait pas l'accepter. Abandonnant Cléopâtre et ses plaisirs, il avait foncé vers ce royaume, voulant rétablir l'autorité de Rome, moi dans ses bagages, bien entendu.

Nous étions maintenant près de la ville de Zéla, attendant les ordres de César. Ma jument renâclait et piétinait le sol, impatiente de s'élancer. J'eus soudainement l'impression que mon existence n'était qu'une succession de guerres. Je poussais un soupir mais resserrais tout de même mes cuisses autour de ma jument. Nous n'allions pas tarder à donner la charge.

A l'ordre de César, les Romains fondirent sur leurs ennemis dans un cri de rage. Je talonnais ma jument et fis de même. Il y eut un peu de confusion provoquée par la cavalerie ennemie parmi les légions. Mais pas pour moi. Je bandais mon arc et visais le premier ennemi que je vis passer.

A force de combat auprès de César, j'étais devenue une excellente tireuse et je ne ratais que très rarement ma cible. La flèche s'enfonça dans son cœur, le désarçonnant de sa monture en plein galop. Je tirais sur les rênes de ma jument et lui fis faire demi-tour, m'attaquant à d'autres ennemis.

Soudain, j'aperçus au loin des chars à faux, fonçant dans ma direction. Auparavant invisible sur les champs de bataille, j'étais maintenant connue comme le loup blanc. Les Romains m'avaient d'ailleurs surnommée Minerve, en hommage à la déesse de la guerre. De plus en plus de rumeurs circulaient sur mon compte. Certains affirmaient que j'étais une divinité, d'autres que mon arc était magique. Ils avaient tout faux. J'étais simplement protégée par mes dieux et mon peuple.

Alors que le premier char fonçait dans ma direction, je bandais mon arc. Ma main ne trembla pas une seule seconde. La première flèche se nicha dans la gorge du conducteur et la deuxième s'enfonça dans la tête de l'archer, quelques secondes après la première. Je claquais de la langue et Epona esquiva le char sans propriétaire.

J'observais autour de moi, prête à tirer. Le champ de bataille était jonché des cadavres des hommes de Pharnace II. En à peine quatre heure de combat, César venait d'écraser la résistance du royaume du Pont. Nous avions encore une fois gagné. Je devais me rendre à l'évidence. Rien n'arrêtait Rome et son nouveau dictateur.

Je rejoignis César dans sa tente, après la bataille. Mes pieds me faisaient souffrir le martyr et mes jambes étaient toutes courbaturées. J'avais l'air d'une vieille femme de soixante-dix ans. Je poussais d'une main le rabat de la tente du général et m'engouffrais dans celle-ci, sans m'annoncer. Nous avions dépassé ce stade.

Je me dirigeais vers la petite bassine d'eau posée sur le bureau et me passais un coup d'eau sur le visage, reprenant mes esprits. La bataille avait peut-être été rapide mais fatigante. César se tenait près de sa couchette, tenant une de ses mains contre son corps. Alors que je m'avançais vers lui, je remarquais que sa main droite était pleine de sang. Il appuyait un tissu sur sa plaie. Mes sourcils se froncèrent alors que je me précipitais vers lui.

- Que s'est-il passé ? Lui demandais-je, stupéfaite.

C'était la première fois que je le voyais blessé. Malgré toutes ses nombreuses batailles, il n'avait jamais reçu de blessures graves, mises à parts quelques cicatrices sur son torse ou ses jambes.

- Un simple coup de glaive. Rien de grave. Me rassura César, levant un regard apaisant vers moi.

Sans l'écouter, je pris doucement sa main dans la mienne et observais la blessure. Il avait raison. Beaucoup de sang coulait mais la plaie semblait superficielle. Je passais le tissu qu'il tenait dans l'eau et le reposais sur sa main. Il coula un regard reconnaissant vers moi mais ne dit pas un mot. Après quelques instants de silence, il prit enfin la parole.

- Tu n'as rien ? Me demanda-t-il alors.

Je secouais négativement la tête. J'avais les cheveux sales, le corps fourbu mais j'étais saine et sauve. Rassuré, il me fit un petit sourire en coin et coula sa main valide dans mes cheveux. Je lui jetais un regard perplexe alors qu'il jouait avec une de mes mèches rousses.

- Mes hommes t'ont donnée un surnom, le savais-tu ? M'interrogea-t-il, le regard perdu dans la contemplation de ma chevelure.

- Minerve, c'est cela ? Demandais-je même si je connaissais parfaitement la réponse.

- La déesse de la guerre, Susurra César.

Sa main descendit le long de mon cou, me provoquant un frisson. Qu'était-il en train de faire ? Il continua son chemin, s'arrêtant au creux de mes reins. Sans m'en rendre compte, j'avais fermé les yeux sous ses caresses. J'en voulais plus. Beaucoup plus.

Voyant que je ne l'empêchais pas de continuer, sa main descendit jusqu'à mes fesses qu'il caressa doucement à travers ma tunique. Une douce chaleur se répandit dans mon bas-ventre. J'étais remplie de désir pour lui. Soudain, un garde entra dans la tente, brisant notre étreinte. Nous nous écartâmes l'un de l'autre, comme des enfants pris en faute. Je devais être aussi rouge que le garde qui bafouilla, pitoyablement :

- Av ... Ave César. Nous avons capturé le roi Pharnace.

- Mettez-le dans une geôle mais qu'on lui apporte à manger et à boire. Ordonna le dictateur, reprenant son rôle de général.

Le garde sortit rapidement de la tente sans demander son reste. César jeta un regard ennuyé à son bureau puis revint vers moi. Encore toute chamboulée, je n'avais pas bougé d'un pouce, évitant de le regarder dans les yeux.

Mais qu'est-ce qui m'avais pris ? Pourquoi ne l'avais-je pas repoussé ? Les sentiments que je commençais à ressentir pour cet homme n'avait pas lieu d'être. Mon seul but était de sauver mon père. Pas de tomber amoureuse du romain. César me tendit alors une plume d'oie, inconscient de mes pensées. Je la pris doucement entre mes doigts, me demandant ce qu'il voulait que j'en fasse.

- Sais-tu écrire ? Me demanda-t-il.

Je lui jetais un regard outré. Evidemment que je savais écrire. Mon professeur druidique avait pris soin de m'apprendre à lire et à écrire, argumentant que cela me servirait un jour. J'avais ris jaune mais je m'étais exécutée sous l'insistance de mon père. Avait-il vu mon destin à ce moment-là ?

- Evidemment que tu sais, ricana César devant mon air outré.

Il me prit la main et m'assit à son bureau. Il me tendit un parchemin et s'expliqua :

- Je ne peux pas écrire, maugréa-t-il en me montrant sa main ensanglantée. Tu vas écrire cette lettre à ma place au Sénat.

Je hochais la tête et attendais ses instructions, la plume entre mes doigts.

- Commence par quelque chose comme ...

Il marqua une pause, semblant chercher la formule la plus adéquate pour qualifier ce combat. Puis, son visage devint soudainement plus sérieux. Il sourit alors qu'il énonça, d'une voix inspirée :

- Veni, Vidi, Vici.

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