Chapitre 16 : « Marius fait un tour puis s'en va »

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Précédemment dans « Les Mizer Heroïks » :

Gros-Bras, Gros-Signol et Gros-Nez ont également suivi les Thénardier... pardon les Jondrette, dans leur exode rural. Le gang des Potron-Minet sévit désormais dans les quartiers de la capitale.

La nuit est bien avancée dans la ville du médiocre roi Louis-dit-Oui-bis, un jeune homme de bonne noblesse, ressort avec ses amis du claque de la rue Blanche : « Le Fruit Défendu ». La façade de l'établissement est celle d'un restaurant sélectif. En réalité, c'est la maison close à la mode, fréquentée par la jeunesse dorée de France. Située au cœur des quartiers populaires, elle promet la discrétion et le dépaysement.

Marius de Pontmercy étudie vaguement le droit à la faculté. Il passe surtout son temps dans les rades les infâmes de Paris. C'est sa façon à lui de faire de l'anthropologie sociale avant l'heure, cette science humaine n'étant pas encore enseignée en université... Il a bien trop bu, trop mangé, trop mélangé. Son estomac est de la partie, il lui joue des percussions africaines. La suite est bien connue. Notre étudiant vomit, boisson, repas, tripes et boyaux sur le caniveau.

Ses camarades, tous de bonne famille, trouvent le spectacle peu ragoûtant. En outre, les calèches se trouvent un peu plus loin, sur la place. Ils lui disent au revoir et l'abandonnent à son triste sort.

Quand Marius reprend ses esprits, il tangue et jure contre ses compagnons qui n'ont pas eu la patience de l'attendre. Il se redresse bien difficilement et zig-zague vers la place où stationnent les voitures. Hélas, l'étudiant se trompe de sens. Les trottoirs ne sont pas éclairés. Difficile d'y voir clair à cette heure entre chiens et loups. Surtout quand on a l'estomac retourné et la tête qui tourne.

Marius se dirige dans la direction inverse et finit par rencontrer un mur de briques. Une impasse. Manque de chance. Ce n'est pas tout. Quand il pivote sur ses talons et manque se casser la figure, il se retrouve face à trois apaches.

— Tu cherches la sortie, peut-être ? demande Gros-Nez

— C'est par là, indique Gros-Bras en pointant son pouce sur son torse.

— Mais faut d'abord régler le droit de péage, conclut Gros-Signol.

— Heu... bafouille Marius,

Encore sous l'emprise de toxines diverses et variées, Marius a du mal à saisir l'urgence de la situation. Jusqu'à ce que Gros-Bras s'avance et le soulève comme un mannequin de paille :

— T'as entendu ?! Ton fric, ton pognon, ton flouze, ta bourse !

Pour seule réponse, l'étudiant lui crache sa bile. Écœuré, Gros-Bras le lâche subitement ! L'étudiant s'écrase sur le pavé.

— L'est dégueulasse en plus ! gémit Gros-Bras.

— S'en fiche, frérot, un seau d'eau et tes frusques seront comme neuves, lui affirme Gros-Nez.

Gros-Signol, lui, se précipite et s'empresse de lui faire les poches. Il récupère sa bourse et sa montre à gousset

— Y a combien dedans, frérot ?

— 25 francs.

— C'est tout ?!

— Il a tout dépensé au bordel.

— C'est pas une raison, on travaille pas gratos, nous... Tiens, regarde la chevalière, sur l'auriculaire droit.

Gros-Nez se baisse et saisit la précieuse bague qui appartient à la famille Pontmercy depuis 10 générations. Cette dernière est solidement attachée au doigt de Marius. Elle refuse de l'abandonner.

— Noon, parvient à interjecter faiblement le nobliau, ivre et guère adepte du langage primaire de la force et de la brutalité.

— Ta gueule ou je t'élargis les lèvres ! lui rétorque Gros-Nez en dégainant un coupe-gorge de sa ceinture.

— N'exagère pas, Gros-Nez, tu vas le tuer pour si peu, tempère Gros-Bras.

— Comment tu m'as appelé ? s'étonne le plus petit.

— Ben, Gros-Nez.

— C'est ça. Redis-le. C'est sûr. Maintenant, il connaît nos noms.

— Ben. Quand même.

— Ça t'apprendra à pas tenir ta langue.

Le malfrat brandit son poignard et l'abat sur Marius, toujours à terre, malade et incapable de se défendre. L'écorcheur larde sa proie de dizaines de coups. Le sang gicle et se mêle à la bile. Le jeune Marius n'a même plus la force de hurler. Il meurt simplement, dans un râle pitoyable de petit animal résigné. Gros-Nez n'a pas terminé son travail de bourreau. Il découpe avec son couteau ensanglanté le doigt sur lequel s'agrippe l'indocile chevalière.

Nos trois "Daltons" s'assurent ensuite de l'absence d'un témoin gênant avant de quitter la scène de crime, tranquillement, le cœur léger, satisfaits de la prise de la soirée.

C'est ainsi que le brave et mal accompagné Marius de Pontmercy quitte notre histoire, à peine vient-il d'y entrer...

À suivre...

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