Chapitre 9

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Gabriel Logan patientait dans la voiture, vérifiant régulièrement sa montre, nerveux et pressé d'en finir avec cette opération. L'objectif était d'attirer les membres de la sécurité en ville tandis que le chef de la Résistance partait au rendez-vous. Cette rencontre s'avérait importante pour l'avenir du groupement ainsi que pour le territoire. Damien Floncelle, duc de l'Ain, s'opposait ouvertement à son comte, Aurèle Goustance, tout en préservant une relation d'affaires, empêchant ainsi son supérieur d'agir contre lui. Futé, fortuné et se positionnant dans les hautes sphères de la société, le duc utilisait tous ses avantages : face à un dirigeant dont le compte en banque fondait à vue d'œil depuis de nombreuses années, Damien Floncelle exploitait cette faille très profitable. Il ralliait maintenant la noblesse au peuple et il s'engageait à faire échouer les comtes dans leur quête du pouvoir, ce pour quoi il tentait de rassembler tous les petits groupes de la région, pour mener une action de masse qui serait bien plus efficace. La chute des dirigeants favoriserait alors le retour du prince. Le duc comprenait la peur de la population : la guerre était rarement désirée, même si elle devenait parfois nécessaire pour le bien commun. C'était pour cette raison qu'il était entré en contact avec Maxence Larcher, car il prévoyait un coup d'État contre les comtes.

Gabriel jeta un coup d'œil sur sa montre encore une fois. Quelques minutes supplémentaires et il pourrait donner l'ordre d'exécution. Lui et trois de ses compagnons d'armes avaient quitté le refuge peu avant leur chef, afin de se positionner. Ensuite, ils devaient attendre trente minutes après le départ de Maxence, le temps pour lui de sortir de la périphérie de la ville. Leur action entraînerait sûrement la fermeture des routes et le rapatriement des forces de l'ordre. Les rebelles se regardèrent du coin de l'œil avant que Gabriel ne donnât le signal du départ.

Chacun tenait une position précise, un lieu où serait discrètement déposé un sac d'explosifs ; au milieu de la foule, personne ne les remarquerait. Cette manœuvre n'était pas dans les habitudes de la Résistance. Jamais, sauf exception, elle n'avait eu l'audace de mettre en péril volontairement des civils. Aujourd'hui, la situation changeait. Frapper aussi brutalement prouverait au comte qu'elle était active, et plus combative que jamais. François avait proposé un plan plus subtil, mais le but était de laisser le champ libre à Maxence et de transmettre un message. Gabriel désapprouvait cette décision, il avait l'impression de se rabaisser au niveau de leurs ennemis ; faire couler le sang des innocents lui semblait indigne. Parfois, briser certains codes devenait nécessaire : la morale n'existait plus lorsque la guerre était déclarée et qu'il fallait lutter pour sa liberté. La famille de Gabriel avait vu le malheur s'installer petit à petit, les libertés se réduire d'année en année, tandis que le comte, lui, jouissait d'une vie paisible. Gabriel franchissait la limite que ses parents ne s'étaient pas risqués à dépasser. Ils auraient certainement avalisé ce choix, car ils auraient soutenu leur fils unique en ce jour si important.

Gabriel lâcha discrètement le sac tout en observant les alentours. Il aurait aimé pouvoir avertir les passants, faire partir ces familles afin que les enfants fussent en sécurité, que ces jeunes rentrassent dans le confort de leur foyer. Or, il ne devait pas éveiller les soupçons. Tant de personnes innocentes allaient perdre la vie. Il s'imaginait, lui, ici, avec Céleste et Charlotte, ne se souciant que de leur quotidien au lieu de devoir prendre les armes ; ils pourraient être là, à manger une glace sans avoir la moindre idée de ce qui allait se passer. Il ne pouvait pas rester inactif. La culpabilité se transforma en une douleur lui nouant l'estomac. Il entendait déjà des cris résonner en lui, les cris d'un père, un être humain désirant seulement protéger les siens.

Soudain, trois adolescents le bousculèrent en skate-board et le sortirent de ses pensées. Il les arrêta immédiatement. Le plus âgé se tourna vers lui, s'attendant à une réprimande. Gabriel, refusant de prendre la vie de ses jeunes, tint un discours surprenant à la petite bande.

Skryta'lian : T1 - ExtinctionLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant