Chapitre 5

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La femme observait les montagnes enneigées. Le ciel était dégagé et offrait une douce chaleur grâce aux rayons du soleil. La fin de journée était belle et ensoleillée, tandis que Rose patientait au bord de la rivière de l'Arve. Celle-ci était gelée depuis plusieurs jours et nombreux étaient ceux qui enfilaient les patins à glace afin d'en profiter. Les hivers étaient rudes et les températures chutaient depuis plus d'une décennie, explosant les records de froid. Pour autant, cet événement climatique n'inquiétait personne, car cette situation était régulière. Après une période stable avec une météo clémente, la saison hivernale basculait dans l'extrême avant de revenir à un rythme plus constant au bout de plusieurs années. Les scientifiques avaient réalisé ce constat deux cents ans plus tôt. Ils avaient confirmé un phénomène naturel, et qu'ils ne pouvaient rien y faire.

La Triade s'était adaptée en mettant en place des infrastructures résistantes aux intempéries. Par exemple, la fonte des neiges au printemps engendrait davantage d'inondations ; certaines zones avaient donc été abandonnées, ainsi, la terre et les plantes agissaient comme un barrage naturel. L'Homme s'était modulé afin de faire face à l'évolution climatique et aux conséquences. Autrefois, il aurait persisté dans la folie de construire, de braver la nature malgré les risques ; seulement, la chute du monde n'avait pas permis aux pays survivants de dépenser et de ne penser qu'à court terme. Les dirigeants de l'époque avaient compris qu'il leur fallait songer aux générations futures dans l'intention de sauvegarder l'espèce humaine. La Triade se devait de protéger la population au sein de ses murs.

Un soupir s'échappa de ses lèvres alors qu'un individu s'approcha. Ses yeux gris se posèrent sur Rose et ils se sourirent afin de se saluer.

— Je suis navrée du désastre de l'autre soir. J'aurais dû me douter qu'il n'en ferait qu'à sa tête.

— Personne n'aurait pu prévoir qu'il réagirait de la sorte... bien que, il a toujours été assez imprévisible et impulsif. Je m'interroge encore sur la raison de ton mariage avec lui, avoua Maxence.

La comtesse lança un regard de reproches face aux paroles de son ami. En aucun cas, il n'avait le droit de s'adresser à elle de cette façon, et encore moins de remettre en cause son union avec Jonathan.

— Il n'était pas ainsi à l'époque et je l'aime. De plus, il m'écoute encore un peu et je peux éviter le pire en intervenant.

— Ouvre les yeux ! Il a toujours recherché le pouvoir. Il ne supporte pas que quelqu'un puisse lui tenir tête. Regarde ce qui se passe avec votre fille. Elle est loin de se laisser manipuler et cela lui fait peur. Le comte a peur de ceux qui lui résistent et cela le rend dangereux. Tu ne seras pas toujours là pour le retenir, Rose. Ton époux n'est pas l'homme que tu crois. Il veut renver...

— Arrête ! coupa-t-elle avec froideur.

Rose ne désirait pas en entendre davantage. Certes, elle avait vaguement perçu la conversation au sujet de la dissolution du Conseil princier ; elle se doutait que le comte soutenait cette idée, sauf qu'il n'avait rien osé contre lui jusqu'à présent. Des paroles, rien de plus et cela ne faisait pas de lui une personne menaçante. Les politiciens parlaient beaucoup, mais peu agissaient concrètement.

— Madame, interpella-t-on.

Les deux individus se retournèrent pour faire face à une petite femme. Celle-ci tenait entre ses mains un bouquet de fleurs très coloré. Rose le saisit avant de la remercier avec politesse ; le règlement avait été effectué lors de la commande.

— Loin de moi l'idée de te manquer de respect, Rose, mais je te demande de faire très attention à toi. Les actes de ton mari n'engagent pas que lui. Toi et Charlotte serez également des cibles de choix s'il venait à se faire de puissants ennemis.

Neige Ecarlate - En réécritureWhere stories live. Discover now