Chapitre 17 : Cléopâtre (Égypte octobre -48)

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Alors Pompée était mort. C'était si soudain que je n'arrivais pas encore à me faire à l'idée. Une part de moi ne pouvait s'empêcher de se réjouir mais pas César. Celui-ci avait le visage froid. Le regrettait-il ? Il regrettait seulement de ne pas avoir pu l'affronter à la loyale et de lui avoir enlever la vie lui-même.

Les gardes nous conduisirent dans des appartements, dans le palais d'Alexandrie. J'ignorais que César avait aussi des quartiers ici. Marc-Antoine s'affala sur une banquette alors que César ordonnait à ses hommes de nous laisser.

J'observais la salle, curieuse. Les murs étaient décorés de peintures égyptiennes toutes plus somptueuses les unes que les autres. Sur le sol, une grande mosaïque représentait une femme brune de profil. Nous avions également à notre disposition un petit balcon avec une vue imprenable sur Alexandrie. Il y avait des soieries partout ainsi qu'un bureau en bois verni qui trônait au centre de la pièce. La pièce était luxueuse. Apparemment, les Égyptiens essayaient par tous les moyens d'amadouer César mais tuer Pompée avait été une erreur.

- Quelle est la situation, Antoine ? Demanda César à son plus fidèle lieutenant, tout en faisant les cent pas.

Je m'approchais du balcon et jetais un regard autour de moi. La cour du palais s'étendait sous mes pieds alors que j'admirais la ville vivante d'Alexandrie. Les rues étaient noires de monde et des marchands vantaient la qualité de leurs produits. J'aperçus un homme à dos de dromadaire, déambulait dans les rues. La voix forte de Marc-Antoine me ramena au présent.

- Comme tu le sais, l'Egypte doit de l'argent à Rome. En revanche, Ptolémée a réussi à retourner le peuple contre nous. La foule nous est hostile. Si nous sortons, cela provoquera une émeute.

Il leva les bras au ciel.

- Pour faire simple, nous sommes prisonniers de ce palais. Conclut-il.

Ce n'est pas comme si je n'avais pas l'habitude de me retrouver prisonnière partout où j'allais. Je jetais un œil par le balcon observant la cour du palais qui m'avait l'air pourtant tranquille. Les apparences étaient souvent trompeuses.

- Ce n'est pas Ptolémée qui a réussi à retourner le peuple mais ce fourbe de Pothin. Où sont nos renforts ? Continua César, ne démordant pas.

- Bien trop loin, je le crains ... Marmonna Marc-Antoine.

Il y avait toujours un moyen pour sortir. Rester à trouver lequel.

- Pourquoi un enfant est-il sur le trône ? Intervins-je, coupant les deux hommes dans leur discussion.

César se stoppa dans ses pas incessants au simple son de ma voix. Marc-Antoine observa son général d'un air taquin.

- Les pharaons sont des dieux en Egypte. A la mort de son père, Ptolémée est monté à son tour sur le trône. M'informa César, d'une voix douce. Comme quand les chefs de tribu gauloise cèdent la place à leurs héritiers.

Étonnant comme sa voix changeait de ton quand il m'adressait la parole.

- Un enfant ne prendrait pas le contrôle d'une tribu, lui fis-je remarquer.

- Ptolémée a un régent. Il se nomme Pothin.

- L'homme en toge, me précisa Marc-Antoine. C'est un eunuque.

- Qu'est-ce qu'un eunuque ? Demandais-je, plissant les yeux.

- Un homme qui passe à côté de la meilleure partie de la vie ... Murmura Marc-Antoine, le regard songeur.

- Un homme qui n'a plus de parties génitales. M'informa César, d'un ton neutre.

Il s'approcha de moi et jeta aussi un œil vers la cour du palais avant de pousser un profond soupir. Il étouffait. César n'aimait pas se sentir prisonnier et ne pas contrôler une situation. Et là, il ne contrôlait plus rien.

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