Partie 1 Le gêne de l'ombre

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Dana Vassilievsky, Rome

— Je suis minutée... minutée...

Je répète inlassablement la même litanie. L'adrénaline est mon assurance vie. Je dois rester rapide et méthodique avant que l'effet de la drogue ne se dissipe et que l'homme reprenne conscience. J'observe le corps nu du haut fonctionnaire allongé sur le lit : il a sombré avant de poser la main sur moi, heureusement. Du reste, pour lui comme pour les autres, je me débrouille pour que ce soit toujours le cas.

Je lui coupe une petite mèche de cheveux, puis prélève un peu de son ADN en imbibant de salive l'extrémité d'un coton-tige. Je saisis mon téléphone et prends une, deux, puis trois bonnes photos. J'ai gardé le secret de mon savoir-faire, et mon petit ami me tuerait s'il savait tout de ce que je fais. Je prends une longue inspiration, puis murmure :

— Allez ! On y va...

Je passe dans la salle de bains et retire mes vêtements pour enfiler une combinaison de Lycra. Ma perruque tombe au sol et j'en ajuste une autre à sa place. Je fourre mes affaires dans mon sac en prenant garde de ne pas enlever la fine pellicule de cyanoacrylate qui recouvre mes doigts et dissimule mes empreintes. Avant de repartir, je noue les poignets et les chevilles du diplomate, presque jusqu'au sang, en déclarant à voix basse :

— Vous avez été un vilain, vilain garçon, monsieur l'ambassadeur ! Tant mieux pour moi, tant pis pour vous.

Puis je me dirige vers la fenêtre pour passer un appel :

— Ralf ? Tu es prêt ?

— Et comment !

J'observe la rue en contrebas, déserte. Parfait ! Je sais qu'un peu plus loin mon complice m'attend en planque.

— Alors, j'arrive !

Je me hisse sur le rebord, le vent remonte le long de la façade et fait s'agiter le polyester de ma tresse. Debout face au vide, j'écarte les bras et saute dans la pénombre.

*

Grégory Darcos, Le Mans

Je ne suis pas un homme d'affaires, je suis un opportuniste.

Avant d'être businessman, j'étais dans le showbiz et encore avant cela, dans la représentation, l'image. J'étais modèle, puis je me suis infiltré dans le mannequinat, qui m'a ouvert les portes du cinéma. Là, j'ai mené grand train et fréquenté des soirées mondaines où on m'a mis en relation avec des magnats de la finance. Comme mon meilleur ami était déjà entrepreneur, j'ai investi avec lui ce que j'avais amassé comme fortune. Les placements furent judicieux et la boîte a pris de l'ampleur. Ce qui tombait bien, les propositions déclinant dans la photo : j'ai donc raccroché.

Ce qui compte en stratégie, sur le terrain, à la guerre comme dans la vie, c'est d'avoir l'esprit vif et les yeux ouverts...

Pour saisir les opportunités. Sans distinction.

Au cours des nombreux voyages liés à mes activités, j'ai rencontré beaucoup de monde et j'ai aussi ouvert grand mes oreilles pour bien entendre ce qui m'était suggéré. Des menus services aux gros coups payés en nature, je n'ai craché sur aucune combine qui m'aurait permis d'arrondir mes fins de mois. Très tôt, j'ai navigué en eaux troubles et très vite, j'ai coulé au fond des cales des paradis artificiels. Il faut dire que partout où je mettais les pieds, c'était suffisamment répandu pour en être banal. Alors, franchement, consommer, procurer ou revendre, ce n'était pas si choquant.

Dans le cadre de ce petit commerce, j'ai découvert d'autres filières, d'autres domaines où investir. Dans la société, comme en numismatique, toute pièce a deux côtés. On peut se contenter d'exploiter l'un d'eux, ou doubler ses chances et la mise en s'intéressant à la face cachée. Mes relations m'ont alors appris à travailler sur tous les aspects d'une affaire pour en tirer le maximum : légal ou pas.

Noirs secrets (Sous contrat d'édition chez City - Éden collection)Lisez cette histoire GRATUITEMENT !