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Jane remontait la rue, seule, sa fille dans les bras. Elle avait prévu de se rendre à l’hôpital pour retrouver Anton et Allister qui surveillaient toujours la radio. Une partie des membres de la communauté était partie en camion vers le sud en quête de tout ce qu’il serait possible de trouver pour se défendre et une autre partie était réunie chez John afin d’inspecter les armes, enfin sorties de leur cachette. La jeune femme n’avait pas souhaité rester, mal à l’aise avec tout cet attirail qui lui faisait peur.

Tous avaient été informés de la situation un peu plus tôt dans la journée, et les réactions ne s’étaient pas faites attendre. Il y avait eu de la colère, des cris, des injures même. Puis la peur avait pris l’avantage, certains avaient donc proposé de partir, mais cela était impossible, l’essence manquant cruellement. Il fallait rester, attendre et affronter. C’était la seule chose à faire, la conséquence des choix faits par une majorité inconsciente il y a deux mois.

En donnant leur confiance à Damon, les habitants du village avaient inconsciemment provoqué une succession d’événements qui avaient amené tout le monde ici même, dans l’angoisse, ignorants du sort qui leur était réservé.

Jane s’arrêta net en entendant les oiseaux s’égosiller dans le ciel, au dessus d’elle. Elle releva le visage et les regarda tourner quelques instants. Ils étaient de plus en plus nombreux, se rassemblant comme avant une migration, ce qui n’était pas vraiment une aberration à cette période de l’année même s’il faisait si chaud qu’on pouvait aisément oublier qu’on était déjà au mois de septembre.

Ce qui était plus étrange c’était l’agitation des volatiles et la confusion dont ils faisaient preuve. Jane fronça les sourcils en se rendant compte que plusieurs espèces étaient mêlées les unes aux autres et que leurs cris avaient changé.

Ils ne chantaient plus, ils avertissaient.

La jeune femme regarda à nouveau devant elle et réajusta le petit chapeau sur la tête d’Espérance, réfléchissant à ce qui pouvait bien se passer pour que les volatiles se mettent dans de tels états. Elle se remit en route, une sorte de mauvais pressentiment lui serrant le ventre, plongée dans ses pensées et ses questionnements.

Lorsqu’elle déboucha sur l’avenue principale, son regard se porta au loin, sur le bâtiment commun où devaient encore se trouver les enfants sous la surveillance de Ava, la femme d’Allister, qui avait pris le relais à l’école. Depuis le décès de Jo, Maggie ne sortait plus beaucoup de chez elle et avait donc arrêté de s’occuper de l’école. Après quelques jours de flottement Ava s’était portée volontaire pour la remplacer, au plus grand plaisir des enfants.

Jane avança mais son angoisse la fit s’arrêter une nouvelle fois. Elle prit une grande inspiration, releva les yeux vers les oiseaux qui tournaient toujours aussi bruyamment puis abaissa de nouveau les yeux vers le bout de la rue.

Il y avait un bruit. Un grondement, comme un moteur… mais pas celui d’une voiture, non, c’était plus sourd, plus grave… plus lourd. Elle attendit, la peur aux tripes, que ça apparaisse, que ça lui explose au visage, immobile, tétanisée. 

Et ça arriva.

Ses yeux s’agrandirent lorsqu’elle vit le camion tourner au coin de la rue, au loin. Elle recula d’un pas en le regardant rouler doucement sur l’avenue, se rapprochant de l’hôpital. Elle avança de quelques mètres en se souvenant des enfants mais revint sur ses pas en sentant son bébé remuer doucement contre sa poitrine. Et enfin, ses larmes se mirent à  couler  lorsqu’elle vit, sans pouvoir rien faire, un deuxième camion, puis un troisième, à la suite du premier.

Toujours immobile, toujours tétanisée, elle regarda Allister sortir du bâtiment et un homme vêtu de noir descendre du premier camion. Les deux hommes se firent face quelques secondes avant que l’inconnu sorte un objet de sa ceinture et le pointe vers Allister.

Le chant des oiseauxLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant