12 - L'ami

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Angeline le sylphe prit appui sur le mur et fusa en une trajectoire qui rebondissait sur le sol en passant par la nouvelle venue. Il y eut un raclement de métal sur la pierre. Angeline retourna au plafond et réévalua la situation.

La dénommée Mandy roulait au sol, presque sur sa propre lame ; la petite humaine en bleu derrière elle s'agrippait au cadre de la porte. Nathanaël ne profitait pas de l'occasion pour s'enfuir. Il fallait vraiment tout lui faire à sa place.

La femme tâcha d'attraper la poignée de son sabre. Le sylphe lui remit un coup de bélier aérien histoire de dire.

— Angeline, arrête !

— Si tu ne bouges pas, je dois bien te défendre.

— Mais arrête ! C'est une amie !

Ladite amie marqua un temps d'arrêt pour chercher Nathanaël du regard. Angeline se souvint que les humains ne pouvaient distinguer leur propre chaleur ; sans cela, elle l'aurait repéré sans peine, se détachant sur l'entrepôt frais.

— Une amie, répéta-t-elle.

— Aux dernières nouvelles !

— Tu oses te prétendre mon ami après ce que tu as fait ?

— Je sors de geôle, Amandine ; je crois avoir assez payé.

— Tu as ruiné mon mariage !

Une nouvelle hésitation.

— Pardon ? Comment pourrais-je... Casiel aurait-il bloqué l'affaire ?

— Si le Seigneur de Sarh, Commandant des Gardes, a refusé de consentir à ce que j'épouse l'homme d'une maison criminelle ? C'est une question sérieuse ? S'il n'y avait que ça.

Amandine se redressa et s'assit en tailleur. Une inspiration le visage entre ses mains, une claque de ses paumes sur ses cuisses.

— J'espérais pouvoir un jour te crier dessus. Cela ne me satisfait pas autant que je l'imaginais.

— Mademoiselle ? Avez-vous une lumière ?

La petite silhouette derrière la femme venait de se remettre de la bourrasque. Amandine lâcha un soupir qui ressemblait à un feulement.

— Je n'ai pas le temps de m'occuper de toi. Ni une paire de menottes dans mes poches. Que faisons-nous, Nat ? Tu ne peux pas rester ici pour toujours.

— Je ne me rendrai pas à Casiel de Sarh et conteste son impartialité dans l'affaire.

Contre les attentes d'Angeline, Amandine opina.

— Il est vrai. Soit. Tu veux sans doute que je te ramène à la Maison Luz.

— S'il-te-plaît.

— Même si on y est à deux doigts de te bannir ?

Ce coup-là, ce fut au tour de Nathanaël de s'asseoir.

La petite fille se manifesta plus fort.

— J'ai dit : quelqu'un a-t-il une lumière, s'il-vous plaît ? Sinon moi je m'en vais, je m'en fiche de vos histoires.

*

Nathanaël de Luz alluma son briquet.

— Créature ahurie !

La petite fille chercha du regard, affolée, l'origine de l'insulte. Sourcils froncés, elle leva un doigt mouillé en l'air. Nathanaël l'aurait bien renseignée mais s'inquiétait davantage de sa vieille camarade ; Amandine fixait la flamme, le visage vide.

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