XVII - NOT MY ENEMY

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Chapitre mis à jour_____

France, 1876



Vous ignorez tout ce que cela implique. Terrence prenait sur lui d'étouffer l'élancement abject qui châtiait ses entrailles, il se conjurait intérieurement de faire demi-tour, mais ses jambes continuaient de le mener au-devant de sa perte, droit vers sa vengeance.

Il ne jouissait d'aucun pouvoir, mais sa carte maitresse était toute à sa disposition et il comptait clairement en user dès ce soir. Cette nuit, Charles Delalande allait payer pour son affront, même s'il l'ignorait, pour l'instant.

Lorsque vous serez père, vous saurez, pour l'heure, votre impéritie vous pousse à vous conduire en libertin retors. Si je vous surprends à tourner de nouveau autour de l'une de mes filles, soyez assuré que je ne me soucierais pas de votre statut.

La vision de Sara s'imposa encore une fois, plus lancinante que jamais, et il s'accéléra le pas avec la ferme intention d'endormir sa douleur.

Kalden avait bien tenté de l'en dissuader. Terrence s'était même attendu à ce qu'ils en viennent aux mains; et qu'il l'attache pour l'empêcher de partir. L'Asiatique avait beau faire une tête de moins que son ami, il ne l'en dominait pas moins par son adresse. Il l'avait laissé s'en aller.


Parvenu devant la grande demeure, le comte hésita, un bref instant. Sa détresse adjurait sa délivrance. Ainsi, comme il l'avait fait plusieurs semaines auparavant, il s'introduit par les jardins et couru jusqu'à la bâtisse. Arrivé sous sa fenêtre, il grimpa le long de la paroi pour atteindre la lucarne. Le défaut qu'il avait creusé dans le montant en bois était toujours là, de cette façon, il n'eut aucun mal à pousser les battants afin de se glisser dans la chambre.

Il atterrit sur le sol dans le silence le plus policé, avant de tendre l'oreille pour s'assurer qu'il n'y avait aucun bruit provenant du couloir. Rasséréné sur ce point, il marcha précautionneusement jusqu'au large lit à baldaquin. Charlotte se redressa aussitôt en sursaut, ses longs cheveux blonds lâchés et les prunelles encore emplies de reste de sommeil. Son cœur cogna dans sa poitrine :

― Terrence ? Vous... que faites-vous là ?

Elle s'assit pour étudier sa mise. Il était défait, ses yeux étaient rouges et il tremblait sensiblement. De froid ou d'autre chose ? Elle l'ignorait. Son expression n'invitait pas à la confidence. Non. Il semblait plus amer que jamais. Il portait une redingote par-dessus une chemise mal boutonnée et ses cheveux indisciplinés achevaient de parfaire le portrait de sa décadence.

― Terrence, vous allez bien ?

À quoi bon parler ? Il n'était pas venu pour cela. Il était là pour la vengeance, il était là pour lui ravir ce qu'il lui avait arraché, il était ici pour le faire souffrir comme il avait souffert. Il allait tout lui prendre.

Une paume gracile se posa sur son front, chaude et apaisante :

― Terrence, v...

Il la saisit par la nuque avant d'écraser ses lèvres sur les siennes. La surprise la fit basculer en arrière, entrainant le comte avec elle. Charlotte se retrouva ainsi sous le grand corps de Terrence qui l'étouffait presque. Ses mains s'affairaient déjà à parcourir ses hanches et ses cuisses. Le souvenir de ces mêmes mains sur sa sœur condamna la jeune fille à se raidir, elle s'arc-bouta pour le repousser tout en détournant le visage.

― Non, cessez de...

Il ne l'écouta guère, continuant son entreprise, la faisant taire d'un baiser plus brutal et autoritaire, tout en lui écartant fermement les jambes. Il lui prendrait tout. S'il ne pouvait pas la tuer, il se servirait de ce qu'elle représentait pour atteindre le cœur du diable. Rien ne l'arrêterait. Rien.

La lignée des reines  - (Terminée)Lisez cette histoire GRATUITEMENT !