XVI - ESCAPE

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Chapitre mis à jour____

France 1876


Le gardien rugit de douleur en retirant prestement sa main. Il retourna un regard furieux à la patiente, juste avant de la gifler sauvagement. L'épaule d'Anne cogna violemment contre le mur alors qu'elle pressait sa paume contre sa joue. Elle fit aussitôt volte-face, prête à en découdre si nécessaire. Le sang de son geôlier maculait encore ses dents et elle escomptait qu'il tente à nouveau de la toucher de manière inconsidérée pour lui démontrer ce dont elle était capable.

― Salope ! Tu vas voir !...

L'homme s'apprête à lui bondir dessus quand une voix l'apostrophe :

― Maximilien ! Il est arrivé ?

L'interpellé suspendit son geste en tournant la tête vers l'encadrement de la porte où se tenait son confrère, avant de redescendre son bras en pestant :

― Déjà ? On ne l'espérait pas avant la semaine prochaine.

― Il faut croire.

― Pff, surveille-moi celle-là. Elle ne perd rien pour attendre.

De stature moyenne, sensiblement efflanquée, le second secoua le menton, l'air un peu mal à l'aise. Anne le suivit du regard :

― Et bien ? questionna Maximilien. Qu'as-tu ?

― C'est que... fit-il en baissant la tête, c'est une dame. Elle n'a rien à voir avec les ribaudes qu'on installe ici habituellement.

Son homologue n'offrit guère l'impression de partager son opinion, car il se mit à étudier la silhouette en guenille, prudemment écrasée contre le mur de la cellule. Le sourire dédaigneux qu'il affichait valait tous les discours :

― Crois-moi, elle ne serait pas là, si elle ne l'avait pas cherché.

― J'entends bien, mais elle...

― C'est une putain. Si son mari nous l'a confié, c'est bien pour qu'on lui apprenne à se tenir. Il a donné son accord pour le traitement. D'ailleurs, tu ferais bien d'appeler le barbier pour sa tignasse, il va avoir du travail.

Le jeune homme sembla horrifié par cette perspective. Anne se tassa un peu plus vers le coin de sa cellule, l'intérieur de son corps n'était que chaos et l'idée suggérée par son geôlier l'amenait supplier Dieu de la foudroyer sur place. Cela faisait presque trois semaines qu'elle était enfermée ici, sur l'ordre de Charles, et chaque jour s'avérait plus pénible que le précédent.

Si sa condition d'aristocrate lui octroyait certains privilèges comparés à ses homologues féminines, Anne n'était pas dupe pour autant, bien consciente que le temps passant, elle finirait comme les autres. Maximilien se permettait de la toucher de façon à lui donner la nausée, l'insultant et la frappant chaque fois qu'il en avait l'occasion. Elle savait qu'il n'attendait qu'une chose, que Charles se désintéresse d'elle, l'oublie, afin qu'il puisse... abuser d'elle.

L'acolyte de son bourreau, Julien, ne parvenait pas à suivre ce mouvement retors. À maintes reprises, il avait été poussé par ses pairs à reproduire les mêmes comportements perfides, à regret. Il n'était pas de cette nature, il n'était pas de cette espèce d'hommes frustrés bien trop conscient de leur absence de valeur, uniquement désireux de prouver leur supériorité sur autrui par le biais de l'humiliation.

― Je pourrais peut-être les lui couper moi-même, ainsi nous n'aurions pas à payer le déplacement de monsieur LeRoux.

Maximilien leva les yeux aux cieux. Ce gringalet en pinçait pour la duchesse. Il allait pourtant devoir passer outre ses illusions. Le premier à retrousser les jupes de cette aristocrate, ce serait lui et lui seul. Michel et les autres avaient déjà eu leur lot de sang bleu, cette fois ce serait son tour. Voirement !

La lignée des reines  - (Terminée)Lisez cette histoire GRATUITEMENT !