Chapitre 13 : Bataille de Dyrrachium, 10 juillet - 48

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Nous débarquâmes dans la région de l'Épire le 4 janvier. César, et ses 15 000 hommes, occupèrent les villes d'Oricum et d'Apollonia, situées sur la côte Adriatique. A l'approche de Pompée, César préféra éviter la bataille rangée. Il était en infériorité numérique contre les 45 000 hommes de Pompée. Marc-Antoine nous rejoignit, quelques semaines plus tard, emmenant avec lui les renforts tant attendus.

César décida de se diriger vers la cité de Dyrrachium où Pompée l'attendait. Il n'engagea pas le combat et installa son camp sur une colline à proximité de la cité. Bientôt, notre camp souffrit de la faim. Pompée contrôlait l'Adriatique et n'avait donc aucun problème de ravitaillement, ce qui n'était pas notre cas. Si nous voulions avoir une chance de l'emporter, César devait agir le plus vite possible. Les escarmouches se multiplièrent autour du camp de Pompée jusqu'à cette nuit du 10 juillet. 

Pompée décida alors d'attaquer à son tour, envoyant ses hommes fondre sur ceux de César. Celui-ci répliqua à son tour. Evidemment, je n'avais pas eu le droit de prendre part au combat et je me contentais d'observer, impuissante, la guerre qui se déroulait dans la plaine. La contre-offensive de César fut brutale et il réussit à faire reculer les hommes de Pompée. Je crus alors que la victoire était proche.

Mais, en réponse, Pompée engagea le gros de son infanterie et il profita du chaos de la bataille pour contourner l'armée de César avec sa cavalerie. Le vent venait de tourner. La victoire échappait à César. Je ne pouvais pas laisser faire ça. Si César perdait, je ne reviendrai jamais à Rome. Du moins, ce fut ce que ma raison me dicta pour tromper mon cœur. 

J'attrapais l'arc que César m'avait tout de même confiée. Au cas où, l'armée de Pompée réussirait à atteindre le camp. Bousculant le soldat qui était censé assurer ma sécurité, je lui volais son cheval et fonçais vers la bataille. J'avais pris soin de mettre un casque pour dissimuler ma chevelure de feu si reconnaissable. Si les hommes apercevaient une femme dans les combats, je deviendrais une cible attrayante. Je fus bientôt au cœur de la bataille. Je ne tremblais plus. J'étais dans mon élément. Je me revoyais à Alésia, au milieu de mon peuple, affrontant les hordes de romains. L'ennemi avait certes changé mais cela restait un combat.

Je talonnais mon cheval vers la cavalerie de Pompée et tuais un homme d'une flèche dans la tête. J'étais rapide, insaisissable. J'aperçus au loin César et Marc-Antoine se démenant contre une vingtaine d'hommes. César, toujours sur son étalon, tailladait les hommes qui le retenait mais ils étaient trop nombreux. L'un d'eux réussit à lui attraper la jambe et le fit tomber de sa monture. Je fonçais vers eux, ignorant le cri de Marc-Antoine.

Mon cheval se déroba soudainement sous moi, m'envoyant mordre la poussière quelques mètres plus loin. Reprenant mes esprits, je me relevais et bloquais le glaive d'un légionnaire avec mon arc. J'attrapais une flèche et lui plantais violemment dans l'œil gauche. Le soldat tomba sur le sol, hurlant. Je me précipitais vers l'endroit où j'avais vu tomber César. Pourquoi m'inquiétais-je pour lui ? Parce qu'il était le garant de la survie de mon père. Du moins, c'est ce que j'essayais de me persuader.

Je jetais un regard rapide autour de moi et je l'aperçus enfin. Il était étendu sur le sol. Marc-Antoine se dirigeait déjà vers lui, courant de toutes ses forces. Soudain, j'aperçus un homme foncer vers le général à terre, une grosse épée dans la main. Marc-Antoine cria le nom de César pour le prévenir mais trop tard. L'homme leva son arme alors que César se retournait.

Sans attendre, je bandais mon arc et envoyais la flèche dans le cou de l'homme. Celui-ci tomba à genoux devant César. J'encochais une seconde flèche et visais sa tête. Cette fois, il tomba sur le sol, mort. Mon regard se croisa avec celui de César. J'y vis la surprise, vite remplacée par de l'inquiétude. Soudain, il cria mon nom avant qu'un cheval ne me percute de plein fouet. Mon dos heurta rudement le sol, me coupant momentanément d'air. Je tendis une main faible vers mon arc qui avait été projeté plus loin. Un pied se posa sur mon bras tendu, me faisant hurler. Mon agresseur me frappa au visage, me faisant perdre connaissance.

*         *       *

Quelqu'un me secoua rudement, m'incitant à me réveiller. Pourtant, je ne voulais pas, préférant rester dans le monde des songes. Ma tête tournait et me faisait atrocement souffrir. Je tentais de bouger mais mes mains étaient liées dans mon dos. Une chose était sûre, je n'étais plus avec César.

Je clignais des yeux plusieurs fois, essayant de m'habituer à la lueur environnant. C'était le jour et je me trouvais dans une tente romaine. Face à moi, assis sur un siège, un homme me jaugeait. Il était plus gros que César, ses cheveux blancs coupés court ne mettait pas en valeur son visage et son regard froid m'observait avec gourmandise. Son plastron d'or montrait son statut : c'était aussi un général romain. Ça ne pouvait être que Pompée.

Un jeune homme se tenait à sa gauche. Il avait les cheveux noirs. Son visage n'était pas plaisant et ses yeux bleu me rappelaient étrangement quelqu'un. Ses oreilles décollés ne faisait qu'accentuer les traits fin de sa tête. Il me fusillait du regard comme s'il voulait me tuer. Une lueur de rage illuminait ses yeux alors que je ne l'avais jamais vu. Je dévisageais l'homme qui se tenait face à moi, attendant qu'il parle en premier.

- Eryn des Cadurques, c'est un plaisir de te rencontrer enfin.

Comment me connaissait-il ? Aucun romain, exceptés les hommes de César, ne m'avait aperçue. Je ne répondit pas, attendant la suite. Ma tunique était sale ainsi que mes cheveux, pleins de poussière.

- Je suis Pompée le Grand, se présenta-t-il, mais César a déjà dû te parler de moi.

Je gardais obstinément le silence. Manifestement, cet homme aimait entendre le son de sa propre voix.

- Et voici Marcus Junius Brutus Caepionis.

Ce nom me disait vaguement quelque chose. Caepionis ... Avait-il un rapport avec Servilia, la maîtresse de César ?

- J'ignorais que César envoyait des femmes se battre à la place de ses légions, s'esclaffa Pompée.

Brutus rigola à son tour. Hilarant ... Pompée continua :

- Tu te demandes certainement ce que tu fais ici. La réponse est simple. Tu vas me dire tout ce que tu sais sur César. Le nombre de ses hommes, ses lieutenants, sa tactique.

Il fallait que je me sorte de ce mauvais pas. Je décidais de jouer la carte de la fille idiote et écervelée.

- Je suis qu'une prisonnière gauloise, grand Pompée. J'ignore tout des forces de César ou de sa stratégie militaire.

Un sourire mauvais déforma les traits du général. Il se leva de son siège et s'approcha de moi, tel un fauve. Je me redressais de toute ma stature, tentant au moins de paraître digne, même à genoux.

- Non. César n'est pas du genre à emmener une prisonnière inutile. Je t'ai vue te battre. Qui es-tu, jeune Eryn ? Son espionne ? Sa maîtresse ?

A ces mots, le visage de Brutus se ferma. Mes doutes se confirmèrent. Il était le fils de Servilia et personne n'ignorait que sa mère était la maîtresse de César. Pensait-il que j'étais la remplaçante de sa mère, la nouvelle maîtresse de César ? Je ne répondis pas, échappant au regard pervers de Pompée.

- Tuons-la Pompée ! S'énerva Brutus. Et envoyons son corps à César ! Elle ne sait rien.

- Elle sait quelque chose. Murmura le général romain si bas que je crus être la seule à l'avoir entendu.

Il s'agenouilla devant moi et me murmura à l'oreille :

- Je te ferai parler Eryn. Et tu me supplieras alors de te tuer.

Je lui crachais au visage. Pompée se releva doucement avant de me gifler. Je tombais sur le sol, la joue endolorie. A force de me faire frapper, mon visage ne ressemblerait bientôt plus à grand-chose. Je fis un effort et me redressais sur mes genoux, plantant mes yeux verts dans ceux de Pompée.

- Emmenez-la. Ordonna Pompée à deux de ses légionnaires. Une nuit dans la geôle lui fera le plus grand bien.

Les hommes me prirent chacun par un bras et m'entraînèrent à leur suite. L'un deux me fit entrer dans une cage, posée sur un chariot. L'autre referma la porte derrière moi. Les voyant partir, je jetais un œil sur le paysage autour de moi. Les collines étaient les mêmes. Nous étions toujours à Dyrrachium. Au loin, je pouvais apercevoir le camp de César sur la colline. Allait-il essayer de me libérer ? Ou s'en moquait-il ? Je posais ma tête contre les barreaux et attendis. Ma survie ne dépendait que de lui.

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