Chapitre 8

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Tous ignoraient les récents événements : la trahison de Lawrence Delport et la disparition de Charlotte De Lacour ne s'étaient pas ébruitées. Le dirigeant départemental exigeait de la discrétion, le silence absolu sur la traque qui était lancée. L'Ordre des Frères se tenait sur la liste des ennemis du comte. Le chef de l'organisation se moquait des conséquences de son assaut contre la prison. Il avait d'autres priorités et il ne se cacherait plus. Les Skryta'lian allaient prochainement passer à l'action, et il fallait réagir avant eux. Malgré tout, sa décision de continuer à chasser la dernière Delta contrariait ses hommes. Qu'elle vécût ou qu'elle mourût leur importait peu, car cela ne changerait pas le cours des choses. Il savait les Loups déjà déstabilisés en perdant la nouvelle génération : le Conseil des Deltas ne pourrait pas se renouveler convenablement, et cela nuirait à l'équilibre des Six. En effet, ces Skryta'lian servaient de médiatrices et de garde-fous ; ce rôle devenait exténuant au fil des siècles. C'était pour cette raison que le Conseil remplaçait ses membres, le plus souvent avec de nouvelles Deltas.

Lawrence n'en démordait pas. Il refusait de laisser une Delta humaine en vie. Il devait l'éliminer. S'il avait su que les clans étaient parvenus à en sauver davantage, il aurait enragé. À cet instant précis, les partisans de l'Ordre des Frères remarquèrent la dangerosité de leur chef, qui risquait de desservir leur mission. Bloquer l'avancée des Skryta'lian devenait leur unique objectif, ainsi que frapper les lieux où ils se regroupaient. Le temps leur était compté, mais leur supérieur restait focalisé sur Charlotte.

Le ton monta dans la salle de réunion, et Lawrence tenta de ramener le calme.

— Je ne céderai pas, ragea Lawrence face au désaccord de ses confrères. Je veux le sang de cette dernière Delta et je sais comment la faire sortir de son trou.

Un silence s'abattit, pesant, prêt à se rompre à tout moment. Lawrence observa les membres installés à sa table, guettant celui qui oserait de nouveau se dresser contre lui. L'homme, une fois une idée en tête, était difficile à convaincre. S'acharnant à terminer sa mission, il irait jusqu'au bout, quitte à délaisser les autres opérations. Dans ces cas-là, s'opposer à lui n'était pas une bonne solution. Cependant, un individu prit la parole.

— Nous sommes moins nombreux, et donc plus vulnérables. Nos actions doivent être maîtrisées. Nos informateurs ne sont pas sûrs des coordonnées des lieux de rassemblement des Skryta'lian. Laisse-moi finir, Lawrence, proféra-t-il au moment où son vieil ami tenta de l'interrompre. Nous sommes si près du but, ne relâchons pas nos efforts maintenant. Envoyons une équipe sur place afin de confirmer nos données et, en parallèle, terminons notre chasse.

Mener deux opérations pour éviter à Lawrence un échec ; si l'Ordre des Frères persistait à s'opposer à lui, aucun doute qu'il exigerait bientôt sa destitution. Il devait rester prudent, et ce compromis se trouvait être la meilleure solution pour garder son autorité. Il accepta, désirant seulement agir au plus vite. L'ensemble des membres présents approuva. Il avait conscience des enjeux et des risques, même si son empressement et ses ambitions pouvaient aisément le léser. Il devait se retenir, créer des débats et non imposer ses décisions. Son ami de longue date, Vincent, savait le lui rappeler dès qu'il allait trop loin.

— Les résistants quittent le nid dans trois jours pour une rencontre avec le duc Damien Floncelle. Nous savons qu'un groupe fera diversion en ville, pendant que Maxence Larcher se rendra au rendez-vous. Ce sera l'occasion pour nous d'agir.

— D'agir dans quel but ? Il n'y a plus aucun lien entre la Résistance et Charlotte De Lacour.

Lawrence ricana.

— Sa fille. En prenant sa fille, aucun doute qu'elle sortira de sa cachette pour venir à son secours. Nous n'aurons aucun mal à lui tendre un piège.

Skryta'lian : T1 - ExtinctionLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant