Chapitre 12 : A la poursuite de Pompée (Grèce -48)

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César avait décidé d'en finir une bonne fois pour toute avec Pompée. Après avoir été nommé consul par le Sénat, il avait rassemblé ses légions, s'apprêtant à marcher vers le port de Brindisi, là où le reste de son armée avait fini de construire une gigantesque flotte. Nous étions sur le départ, à la sortie de la ville de Rome. Une foule gigantesque était venue dire au revoir au général victorieux. Je soufflais, levant les yeux au ciel.

Ayant revêtu mon manteau bleu nuit, j'attendais sur ma jument que César fasse ses adieux. Marc-Antoine embrassa une dernière fois une femme et grimpa sur l'étalon bai à mes côtés. Pourtant, malgré les bruits de foule et les exclamations, mes yeux ne cessaient d'observer le général romain. Deux femmes étaient venues lui souhaiter bonne chance.

La première, je l'avais déjà vu. Elle était venue plusieurs fois dans la villa et passait ses nuits avec César. C'était certainement sa maîtresse. Je l'avais croisé une fois, dans le péristyle. Elle m'avait fusillée de son regard bleu glace avant de faire volte-face, faisant voleter ses cheveux bruns dans son dos. Elle portait une énorme perle noire en guise de collier. Si elle croyait m'impressionner ... Marc-Antoine suivit mon regard.

- Jalouse ? Ricana-t-il.

Je plissais les yeux et jetais un regard cynique dans sa direction.

- Evidemment que non. Maugréais-je.

Une petite part de moi l'était sûrement. Je devais avouer que j'aimais être le centre de l'attention de cet homme. Mais je me réconfortais en me disant que je partais avec lui dans ses campagnes militaires et que cette femme-là restait à Rome. Depuis quand être avec César m'importait ? J'allais devoir sérieusement me reprendre.

- Qui-est-ce ? Demandais-je tout de même, voulant satisfaire ma curiosité.

- Servilia Caepionis. C'est la maîtresse de César. M'informa Marc-Antoine, un sourire en coin dans ma direction.

La dénommée Servilia attira César contre elle et lui murmura à l'oreille. Le général hocha la tête et tourna les talons. Il se dirigea vers une autre femme et l'embrassa sur le front. Je haussais un sourcil. Marc-Antoine répondit à ma question muette.

- Et elle, c'est Calpurnia Pisonis.

- Une autre maîtresse ? Ironisais-je.

- Sa femme. Me répondit-t-il d'une ton neutre.

J'ignorais que César avait une femme. En tout les cas, il semblait aussi être un homme à femme. Lui qui m'avait dit de me méfier de Marc-Antoine.

- Sa femme ne vit pas avec lui ? Demandais-je, innocemment.

Je ne l'avais jamais aperçue dans la villa, me contentant d'apercevoir Servilia.

- Elle vit dans la domus officielle de César, près du Palatin. M'informa le lieutenant.

Je devais donc en déduire que je vivais dans la villa secondaire du général, un peu à l'écart de la ville. Inutile que tout le monde voit sa prisonnière gauloise après tout. Je tâchais d'ignorer la haine qui empoisonnait mon cœur. J'avais espéré rester à Rome. Secourir mon père, une fois César partit, aurait été du gâteau. Mais le général avait ordonné que je l'accompagne, pour son usage personnel. Autrement dit, pour lui servir son vin et lui enlever son plastron. A croire qu'il ne pouvait pas le faire seul ... 

César grimpa enfin en selle et s'engagea vers la sortie de Rome sans m'adresser un seul regard. Était-il toujours en colère contre moi ? Certainement. Je ne lui avais toujours pas avoué où je m'étais rendue la nuit où il m'avait surprise et cela le rendait fou de rage. César détestait ne pas savoir. Ma jument se mit bientôt en mouvement alors que je jetais un coup d'œil derrière moi. Chaque pas m'éloignait encore davantage de mon père.

Après de longues semaines de chevauchée, nous arrivâmes enfin à Brindisi. Les bateaux étaient prêts, n'attendant que les légions. Je frémis. Je n'avais jamais mis les pieds sur un bateau de ma vie et je devais avouer que je redoutais ce moment. Mon regard ne quitta pas la mer déchaînée de ce mois de janvier. César donna l'ordre et tous les hommes embarquèrent. Je descendis d'Epona et la confiais à un légionnaire qui l'emmena sur le navire spécialement affrété pour la cavalerie.

D'un œil nerveux, je scrutais le navire gigantesque qui emmènerait César de l'autre côté de l'Adriatique, affronter ses ennemis. Poursuivant sa stratégie fondée sur l'initiative et la rapidité de mouvement, le général prenait un risque considérable en traversant l'Adriatique pendant l'hiver. Son but était de surprendre Pompée en Épire, là où il s'était réfugié. Enfin, nous le surprendrions si nous arrivons vivants. J'avais, pour ma part, un énorme doute à ce sujet.

Pour couronner le tout, je ne savais pas nager et je me voyais déjà me débattre dans les eaux glaciales. J'entendis la voix de César me hélait. Il était déjà sur le navire et il attendait que je monte à mon tour.

D'un pas tremblotant, je réussis à poser un pied sur la rampe et grimpais sur le bateau. Le roulis du bateau me surprit mais ne me fit aucun effet. Pas comme cet homme qui venait de vomir par-dessus bord. César se trouvait déjà dans sa cabine, étudiant une carte de la Grèce. Je rentrais dans sa cabine, sans me faire annoncer. Il ne releva même pas le regard à mon arrivée. Depuis ma « fuite » de sa villa, le chef militaire ne m'adressait plus la parole et avait passé son temps à Rome avec sa maîtresse, ignorant superbement ma présence. Pourtant, nous allions devoir cohabiter pendant pas mal de temps alors autant commencer à se parler.

- Marc-Antoine ne vient pas ? Demandais-je d'une petite voix.

Au moins, lui il me parlait. Le lieutenant était resté sur la terre, dirigeant les opérations.

- Nous n'avons pas assez de bateaux. Il nous rejoindra plus tard. Me répondit le général d'une voix froide.

Je ne répliquais pas, me contentant de lui servir son vin. Alors que j'allais verser le précieux nectar dans sa coupe, le bateau tangua d'un coup. Je me crispais sur mes jambes, apprivoisant le roulis du navire sur l'eau. César me prit la carafe des mains.

- C'est la première fois que tu montes sur un bateau ? Me demanda-t-il enfin, après un long instant de silence.

- Je préfère la terre ferme. Lui avouais-je, mal à l'aise.

J'étais bien plus à l'aise sur un cheval que sur l'eau. Alors que les navires fendaient les vagues, je jetais un dernier regard sur la terre ferme, apercevant les silhouettes de Marc-Antoine et des légionnaires restés à Brindisi. Qu'étais-je en train de faire ?

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