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 Depuis toute petite, je rêvais d'un prince charmant, mais pas d'une manière commune. Disons que mes parents ne me lisaient pas de conte pour m'endormir et donc ça doit être assez difficile pour moi de représenter un prince charmant tout droit sorti de notre imagination. Je rêvais, je m'imagine plutôt, à l'âge de dix-huit ce que ce mot signifie pour moi. Mais cela est plutôt antinomique à ce que j'y croyais : avec sept milliards de personnes sur cette planète, on trouvera forcément notre moitié, n'est-ce pas ? Du coup, ma crainte de finir toute seule entrait par une oreille et sortait par l'autre. Toutefois, plus je grandis, plus je me dis que même s'il existe autant de gens sur Terre, comment savoir si on a réellement rencontré la personne qui nous est destinée ? Comment savoir si elle est l'élue, celle qui ne nous laissera jamais tomber, nous soutiendra, nous aidera à notre accomplissement, à nous soutenir quoi qu'il arrive ? En lui accordant une chance sûrement, mais y en a-t-il vraiment besoin ? Je veux dire, le patriarcat touche à sa fin, de plus en plus de femmes deviennent indépendantes financièrement, peuvent très bien vivre sans les hommes et s'épanouir avec des tas d'activités envisageables et souhaitables. Alors pourquoi vouloir absolument chercher un partenaire avec lequel nous devons mettre notre bien en commun, vivre avec lui malgré ses défauts et le supporter ? Parce que ce que je crois, c'est que l'amour se dissipe, s'affaiblit avec le temps, la personne que l'on croit être parfaite, être l'homme ou la femme idéal(e) se révèle être humain(e), la magie s'envole et ce qui nous tient à elle se révèle être finalement plus de l'attachement qu'autre chose. Dans ce cas, je songe sérieusement à vivre le restant de ma vie avec un ou plusieurs chats ou même des chiens, lapins, ou je ne sais quel animal enfermé, qui n'attend rien d'autre qu'un propriétaire qui puisse s'occuper de lui. Comme ça, je ne risque pas de me faire tromper, humilier, voler ou je ne sais quelle autre sottise.

Par contre, si je continue sur cette lancée, je peux oublier la possibilité d'avoir des enfants, bien que la science offre des tonnes de possibilités sur ce point.









Le ciel s'obscurcit, les lampadaires commencent à s'allumer et on se précipite déjà dans les bars pour voir le match de foot ultime qui oppose la France et un autre pays dont le nom m'échappe. Il va sans dire que les paris se multiplient et les perdants avec. Qu'est-ce que la nature humaine peut nous conduire à faire des fois ! Je me rappelle encore d'une histoire comme quoi un homme avait tout parié - sa maison, sa voiture, sa femme et ses enfants, et est allé jusqu'à miser sur son chien, alors que ce sont des êtres et non des objets, mais bon, l'homme est naturellement possessif - a tout perdu et n'a pas eu d'autre choix que de se suicider, laissant à sa compagne et ses héritiers une masse de dettes, quel culot !

La bière n'arrange guère les choses et ces gens enchaînent verre sur verre, craignant d'être encore libre d'esprit. Certains ajoutent à cela des mégots qu'ils fument un à un, écrasant le précédent et laissant envahir dans la pièce un sentiment d'étouffement, malgré la porte entre-ouverte.






Peut-être qu'on me dirait que je ne vaux pas mieux. Je l'admets, je suis une ordure, un vrai déchet et pourtant je persiste à vouloir vivre et pourrir la vie des gens qui me sont chers.

Pour donner un exemple, j'ai eu un parcours scolaire exemplaire avec des notes admettons excellentes dans quasi toutes les matières et ai décroché sans étonnement la mention très bien à mon BAC. Cela m'ouvre ainsi énormément de portes, j'ai été acceptée dans plusieurs écoles, des prépas, des écoles privées, enfin bref parmi mes choix, tout était nickel. Ma mère était au comble du bonheur, elle ne pouvait rêver mieux pour sa petite fille chérie, si jolie et si intelligente. Mon père en avait déjà parlé à ses collègues et amis de longue date autour d'un apéro. Puis du jour au lendemain, il a fallu que je prenne un billet d'avion pour Toronto et me voilà à une dizaine d'heures d'avion de mes très chers parents.



La Vie, ça me tue Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant