Chapitre 10 : Confession nocturne (Rome -49)

1.2K 96 14

Perdue dans mes pensées, je sursautais à l'approche d'une petite femme blonde. Plus jeune que moi, elle ne devait pas avoir plus de seize ans. Ses yeux gris-bleu me dévisagèrent un instant avec respect, comme si elle connaissait ma véritable identité.

- Domina Eryn, le lieutenant Marc-Antoine m'a ordonnée de vous montrer votre chambre.

Domina ... Ou maîtresse en latin ... On ne m'avait jamais appelé comme cela.

- Eryn. Lui répondis-je. Je me nomme Eryn.

Elle sourit timidement avant de s'engager dans un escalier que je n'avais pas aperçu de l'entrée. Elle m'ouvrit la porte d'une des deux chambres de l'étage. La pièce était simple, se composant pour tout et pour tout d'un lit et d'une petite table. Les murs étaient recouverts de mosaïques représentant les neuf muses, seulement vêtues de drapées qui ne cachaient rien de leur nudité. Un petit miroir en cuivre était déposé sur la table.

La pièce semblait vide, comme si personne ne l'avait occupé auparavant. La servante me fit une courte révérence et sortit de la chambre, sans un mot. Qu'allais-je bien pouvoir faire pour m'occuper ? D'ordinaire, dans mon oppidum, je m'entraînais au tir à l'arc ou alors je faisais du cheval. Malheureusement pour moi, ces deux activités étaient pour l'instant inenvisageables. Il ne me restait plus qu'à faire le tour de la propriété et essayais de trouver une sortie.

Je devais absolument trouver mon père ou, du moins, obtenir des informations sur le lieu où Vercingétorix était retenu. César le garderait en vie jusqu'à son triomphe. La guerre civile avait au moins le mérite de rallonger l'échéance. Le général romain était occupé à une toute autre affaire que la mort de mon père.

Je sortis de ma chambre et commençais à fureter dans chaque partie de la maison. Je débutais par la chambre située juste à l'opposée de la mienne, dans le couloir. Elle ressemblait à s'y méprendre à la mienne mais les mosaïques représentaient des hommes en train de combattre. Rien à voir avec les muses. C'était une chambre d'homme. Certainement celle de César. Il n'y avait rien d'intéressant ici. Le seul endroit à l'être était certainement le bureau du propriétaire des lieux.

Je descendis à nouveau les escaliers et pestais. Il y avait bien trop de serviteurs pour que je puisse fouiller discrètement dans le tablinum. Je dus me faire une raison et m'installais sur un banc dans le péristyle. Sans que je m'en rende compte, je sombrais dans un profond sommeil.

*    *    *

Alésia. Les cris et les râles fusaient autour de moi alors que le bruit des sabots se répercutaient dans mon crâne. Un homme passa près de moi et se fit embrocher par une lance. Je retenais un cri alors qu'il s'effondra devant moi. Il n'y avait que du feu, de la fumée et du sang autour de moi. Et le noir. Comme si les ténèbres pouvaient m'engloutir à chaque instant. Je tâchais de me relever mais rien à faire. Mes jambes refusaient obstinément de collaborer.

Un homme à cheval s'approcha alors de moi. Son visage était dissimulé sous une large capuche noire mais sa simple silhouette me fit froid dans le dos.

- N'oublie pas ton sang Eryn. Murmura-t-il d'une voix caverneuse.

Je reculais de frayeur mais mon dos se heurta à quelqu'un d'autre. Je me retournais subitement et tombais nez-à-nez avec Brennos. Mon cœur s'accéléra alors que je ne pouvais que l'observer d'effroi.

- Il m'a tué Eryn.

Son visage était plein de sang, ses yeux n'étaient plus que deux globes blancs sans signe de vie. Je poussais un hurlement alors que le cheval se cabra devant moi. Un éclair perça le ciel derrière le cavalier, illuminant son corps d'une lueur malsaine. Il retira alors sa capuche. La vue de son visage me coupa le souffle.

Alea Jacta Est [Tome 1]Lisez cette histoire GRATUITEMENT !