Chapitre 13 : « Gavroche, gamin des rues »

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Précédemment dans « Les Mizer Heroïks » :

Après l'évasion de Cosette, les affaires des Thénardier ont rapidement périclité. Le couple criminel a dû se résoudre à revendre le fond du commerce du « Boit Sans soif ». Les voilà revenus à leurs premières amours : les bas-fonds de Paris.

Les Thénardier se sont rebaptisés les Jondrette. Ils ont emménagé dans la minuscule masure Gorbeau. Où ils vivent tous les 7, entassés dans 3 pièces sordides. Sept, car la Jondrette y a accouché de deux autres enfants : deux garçons, les jumeaux Water & Loo. Lointain souvenir d'une prouesse guerrière. Sans l'intervention du Rat, qui dit que Naponélon aurait perdu face au Duc de Wellington ?...

Trois ans s'écoulent, nous voici en 1835.


Les Jondrette ont dû mal à s'accommoder à cette vie qui leur rappelle les premières années de vie maritale. Une période marquée par un faisceau d'angoisses et de carences : la faim, le froid, le manque d'espace, la peur de la police... Des souvenirs que la Thénardière... pardon, la Jondrette n'a guère envie de revivre. Son humeur se dégrade de plus en plus. Elle devient mauvaise, agressive, violente. Elle s'en prend en particulier à ses garçons à qui elle reproche inconsciemment sa récente déchéance.

Inquiet, son homme ne sait plus quoi faire pour l'empêcher de commettre l'irréparable. Les enfants représentent des bouches à nourrir, mais il faut voir plus loin. Ce sont des investissements. Plus tard, ils rapportent de l'argent à leurs parents reconnaissants. C'est déjà le cas des aînés : Éponine et Gavroche. Éponine qui, à 18 ans, a maintenant atteint l'âge de la floraison, déambule la journée dans les ruelles de Paris. Elle parvient à émouvoir les passants, surtout les hommes d'un certain âge. Le père se garde bien de demander à sa fille ce qu'elle offre en échange des grosses pièces qu'elle ramène à la maison. On dit bien : « l'argent n'a pas d'odeur », chez les Jondrette, on n'interroge jamais la provenance de la pécune. Ça porte malheur. Quant à Gavroche, il a bien suivi les leçons de papa. Il est désormais un habile voleur à la tire. Bien plus doué que son géniteur. Le Rat n'est pas peu fier du don de cambriole dont témoigne son fils.

Or, avec les mauvaises humeurs de la Jondrette, tout ce petit équilibre financier se retrouve en péril. Il faut trouver un moyen de refroidir l'hystérie destructrice de madame. C'est à contre-cœur qu'un soir, le Rat, retrouvant son fils au détour d'une venelle a cette désagréable conversation.

— Fiston. Ta mère...

— Je sais, p'pa.

— Quoi.

— Ça peut plus durer. Un jour, ce sera elle ou moi.

— Quoi ?! Tu menaces ta mère ?

— Naan. C'est elle qui me menace. Moi, j'veux qu'on me foute la paix.

— D'accord avec toi fiston.

— Je crois pas qu'elle partage ton opinion.

— Je te jure, mon gars, j'ai tout essayé. Mais elle est si...

— Monstrueuse...

— Je t'interdis de parler mal comme ça de ma Souris. C'est ta mère !

— Ben, on dirait pas. Elle n'arrête pas de dire que si c'était à refaire, elle n'aurait que mes 2 sœurs.

— Ouais. Y a un truc pas catholique. Avec toi et avec les jumeaux.

— Toute manière, y a pas assez de place pour nous tous. Les filles dans la chambre, moi dans le salon avec les frérots.

— Je sais pas quoi te dire, fiston.

— J'ai pigé p'pa. Je suis de trop.

— J'ai pas dit ça.

— C'est ce qu'elle n'arrête pas de gueuler, l'autre !

— Respecte ta mère, mon gars.

— Tout cas, je t'ai bien capté.

— Prends pas mal, fiston.

— C'est ça ou ça va finir mal

Sur ces paroles lourdes de sens, Gavroche tourne les talons et le dos à son père et s'éloigne dans l'air vespéral. À partir de ce jour, il n'a plus de domicile fixe ni de famille. Le voilà errant dans la capitale avec les autres jeunes, tous orphelins. Heureusement, Gavroche est un redoutable pickpocket. Chaque jour que la nature fait, il trouve de quoi se nourrir. Maintenant qu'il est un garçon des rues, il lui faut une nouvelle identité, qui colle avec sa nouvelle vie. Il choisit désormais de s'appeler : « Gars Vif ». C'est vrai qu'il est rapide furtif, l'animal...

Il lui manque encore quelque chose : un antre, une planque, une grotte, une cave, une base secrète. C'est alors qu'en déambulant le long de la rue Saint-Antoine, il aboutit à la place de la Bastille. Il a alors une révélation, une illumination, une épiphanie. Au centre de la place trône ce monument guerrier. Cette insolite statue commémorant la défaite de Napoléon à Waterloo. Un géant zoomorphe, un char plaqué d'acier. L'un des Éléphanks qui ont écrasé la Grande Armée de la France Sans Frontière. Le pachyderme ne contient plus ni poudre ni canon. Il est maintenant désarmé, ce n'est qu'une carcasse en fer. Pour autant, par sa taille, son allure, sa robustesse, sa gloire passée, il domine la place et impressionne toujours autant la foule.

Qui oserait défier un tel colosse ? Qui, à part Gavroche, dit Gars Vif...

À suivre...

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