Chapitre 20 - Partie 3 - Panique

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Naola laissa courir son regard sur la surface ondulante du petit lac du manoir que la vue, depuis la chambre d'Alix, sublimait sous la lumière du couchant. Appuyée dans l'encadrement de la fenêtre, les bras croisés, le front contre la vitre froide, la jeune femme n'osait plus penser.

L'Once avait tiré si loin dans ses réserves qu'elle ne s'était pas réveillée lorsque les sortilèges chargés de la maîtriser s'étaient dissipés. Elle était restée plongée dans un sommeil agité, ponctué de cris désarticulés. Les habitants du manoir s'étaient résolus à lui faire boire un nouveau sérum, pour l'apaiser, et s'étaient relayés pour la veiller durant toute la journée.

La jeune femme jeta un coup d'œil par-dessus son épaule et capta le regard de Mattéo, installé dans l'un des fauteuils de la chambre. Un livre, posé sur la table basse, témoignait de sa vaine tentative pour occuper cette attente poisseuse qui semblait ne pas vouloir s'achever. Naola lui adressa un sourire timide, puis revint prendre place en face de lui, avec un bref soupir.

« Elle se serait fait tuer si on n'avait rien fait, souffla-t-elle à mi-voix.

— Elle ne serait pas partie. Je ne pense pas. »

Le sorcier, depuis qu'ils l'avaient alitée, refusait en bloc d'imaginer que son Maître aurait pu réellement se lancer à la l'assaut de Fillip. Naola, qui ne partageait pas cet avis, se garda de répondre. Le silence les sépara quelques minutes, perdus dans leurs pensées respectives.

« Elle ne dira peut-être rien, lâcha la jeune femme à mi-voix.

— Esther ? Je ne sais pas. »

Il se massa le menton, geste qu'il répétait régulièrement depuis son combat contre Alix : il avait reçu un bon coup.

« Je ne sais plus, rectifia-t-il. C'est possible. J'ai peur qu'elle fasse chanter Alix.

— Comment est ce qu'Alix a pu affirmer ça comme ça ?

— Affirmer quoi ?

— Qu'Esther sait qui elle est. »

Mattéo haussa les épaules. Au regard des conditions dans lesquelles leur hôte avait rencontré Xâvier, il estimait probable qu'elle en arrivât à cette supposition, mais la déclaration de son Maître restait trop catégorique.

« Je ne sais pas, Nao. À cause du briquet, peut-être.

— Si c'est à cause du briquet, alors Ester sait depuis bien avant qu'on la capture. L'Ordre n'a pas d'intérêt à tenir cette info secrète. Pourquoi est-ce qu'elle n'aurait rien dit ?

— Peut-être qu'elle attendait le bon moment. Avant, on ne savait pas qu'elle pouvait savoir. Elle avait un joker dans sa manche. Maintenant, elle sait qu'on sait. Ça peut précipiter l'usage de l'information.

— Ou alors elle était de bonne foi et elle a juste eu peur.

— Dans ce cas, pourquoi nous déclarer qu'elle sait en donnant le briquet ?

— Je ne sais pas », souffla Naola.

Elle grimaça avant de se replonger dans un silence morose qu'une quinte de toux, en provenance du lit, brisa brusquement. Mattéo, tendu, se releva et observa son Maître sans oser l'approcher, au cas où elle attaquerait. La sorcière grogna, se tourna sur elle même, mais ne se réveilla pas. Le jeune homme se rassit dans un soupir. L'attente se prolongeait.

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