Chapitre 20 - Partie 2 - Paniques

113 19 29

Alix apparut dans sa chambre au manoir et, épuisée, s'assit sur son lit, les yeux fermés, les dents serrées, les coudes posés sur ses genoux. L'état de Serge se détériorait de jour en jour, au point qu'elle avait décidé de ne pas lui annoncer l'implication du bataillon de jeunes recrues dans la défaite au Nord. Le Commandant des Armées était alité depuis une semaine ; apprendre le décès des 15 novices aurait aggravé son cas. En empoisonnant une caserne, en touchant Serge, l'Ordre portait un coup critique à la Fédération. La sorcière sentait le pouvoir se fissurer. Si Henri Salt, le second plus haut gradé de l'armée, n'avait pas choisi de garder la ligne de conduite dictée par son supérieur, à savoir refuser tout chantage, sans doute Zerflighen aurait-il cédé, cette fois.

Honkey signala sa présence d'une toux discrète. Alix rouvrit les yeux.

« Mattéo et Naola vous attendent dans le salon.

— Et Esther ?

— Elle est dans une chambre et n'a pas dormi de la nuit. »

Esther Cromwell, chez ses élèves ; une capture inopinée, mais une chance de retourner la situation. Si Mattéo avait bien suivi ses ordres, il avait dû la faire parler, puis l'enfermer.

Le webster posa un sérum sur sa table de chevet. Alix leva le regard vers le serviteur.

« Merci, Honkey. »

Il hocha simplement la tête et se fondit dans l'ombre de la pièce. Elle avait saisit le message : son état d'épuisement se lisait sur son visage. Elle devait résister, encore un peu, oublier les crampes qui refusaient de la laisser en paix, se battre contre elle même pour tenir, masquer sa fatigue à ses élèves. La gestion des retombées de l'attentat ne constituait que l'une de ses préoccupations actuelles : elle ressentait toujours certains effets des radiations et passait l'intégralité de son temps libre à perfectionner le contre-sort conçu suite à son apprentissage auprès du Vampire de Stuttgart.

Alix se releva, déboucha le sérum et le vida d'un coup. Elle poussa un profond soupir et se transféra dans le salon où elle s'affala dans son fauteuil. Mattéo posa le livre qu'il lisait et se redressa, le visage sombre. Naola, qui somnolait encore, une tasse de café à la main, salua la nouvelle venue d'un signe de tête.

« Bonjour. Comment s'est passé l'interrogatoire ? »

Naola grimaça, Mattéo se gratta la joue et esquissa un sourire tendu.

« Ce n'était pas vraiment un interrogatoire, répondit-il. Elle a parlé d'elle même, sous sérum de vérité. »

Surprise, Amalia tiqua et fronça les sourcils.

« Tu ne l'as pas...

— Pas de lutte, pas de cris. Enfin... Xâvier m'a permis de me calmer.

— Xâvier est resté pendant l'interrogatoire ?

— Naola aussi. »

Mauvaise nouvelle. Alix n'avait pas imaginé le trio au complet face à Esther. Devant sa future femme, Mattéo n'avait pas pu disposer de la liberté d'action nécessaire pour mener son interrogatoire. Il fit apparaître un mnémotique et le lui tendit. Il recula sa main lorsqu'elle voulut s'en saisir.

« Attention. C'est violent. »

Violent, devant Naola et Xâvier. Mattéo ne l'intriguait pas, il l'inquiétait. Elle s'empara du support et consulta le souvenir en effleurant la toile. La discussion s'imposa au Maître avec la même intensité que celle vécue par son élève. Elle quitta brutalement le mnémotique, incapable de mettre une priorité dans ses réactions. La trahison d'Esther, l'horrible attentat à venir et la manipulation que Mattéo n'avait pas vue.

Les traitresLisez cette histoire GRATUITEMENT !