Chapitre 20 - Partie 1 - Panique

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Les genoux remontés contre sa poitrine et les pieds glissés sur l'assise d'un fauteuil, Adélaïde observait les lumières de l'aube projeter leurs ombres à travers la haute fenêtre de sa chambre. Un grand lit, un petit bureau, une salle d'eau... Les élèves de l'Once lui avait confisqué tous ses concentrateurs, y compris son artefact médical, mais l'avaient néanmoins installée confortablement.

La sorcière n'avait pas fermé l'œil de la nuit. Elle s'était perdue en conjectures, sursautant au moindre bruit, au moindre craquement de la vieille demeure, attendant avec un espoir déraisonnable d'entendre des pas s'arrêter devant sa porte.

Avec la venue du jour, ses chances de s'en tirer s'amenuisaient. Face au trio, elle pouvait maintenir son bluff, elle pouvait feindre la traîtrise envers l'Ordre pour semer le doute et compter sur une ouverture, mais devant l'Once... Adélaïde ferma les yeux une seconde, puis se releva vivement et alla se passer de l'eau sur le visage.

Faire face au mentalisme de l'Once ne serait pas un problème, mais la Veste Grise ne connaissait que trop bien, pour les avoir appliquées, les méthodes physiques qui ébranleraient son esprit. Adélaïde doutait de savoir résister à la torture.

Trois coups discrets, frappés contre sa porte la firent sursauter.

« C'est Xâvier, je peux entrer ?

— Fais comme chez toi », ironisa la femme.

Le jeune homme s'avança dans la pièce, sans se presser. Il adressa à Esther un sourire désolé.

« Moi aussi, je voulais juste passer une bonne soirée.

— Je reconnais que j'ai passé de meilleures nuits chez toi », commenta Adélaïde dans une honorable tentative de plaisanterie.

Elle s'assit sur lit et accrocha son regard à un détail du plancher, avant de se frotter les avant-bras, pour chasser un frisson. Xâvier, gêné, ne trouva rien à répondre.

« C'est comme ça, soupira-t-elle, les épaules basses.

— Ouais. »

Xâvier désigna la place à côté d'elle comme pour demander la permission de s'y installer. Elle hocha la tête et ils restèrent silencieux plusieurs minutes. L'embarras du sorcier lui offrait un levier puissant pour l'influencer.

« Tu m'étonnes que mon uniforme t'ait fait tiquer... lâcha-t-il finalement.

— Ouais, souffla-t-elle, nerveuse. Me taper un P.M.F. pour le plaisir, ça ne m'arrive pas souvent. Enfin, je pouvais faire pire...

— Un des élèves de l'Once, par exemple ? »

Elle se redressa et esquissa un sourire qu'elle accompagna d'une prudente tentative pour pousser son esprit contre le sien. Elle fronça le nez.

« Je sais que je ne suis pas trop en position de te demander quoi que ce soit, mais est-ce que je peux récupérer mon concentrateur médical ?

— Bien sûr. »

Xâvier sortit une petite pochette et la lui tendit. L'objet ne pouvait servir qu'aux soins, mais Adélaïde profita de l'effet d'acceptation généré par son geste pour s'ancrer en délicatesse au sein des pensées du jeune homme. Elle prit le temps d'installer l'artefact autour de son poignet et une fine dentelle s'irisa jusqu'à cercler ses phalanges. Elle poussa un court soupir de soulagement.

« Qu'est-ce que tu me voulais, sinon ?

— Passer te voir, seulement. J'ai toujours du mal à t'imaginer parmi les grands pontes de l'Ordre. On n'a jamais causé politique, certes, mais bon...

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