Chapitre 25 - Élias

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L'aube réconfortante se leva enfin sur une Terre ravagée, parsemée de ruines calcinées et de débris de l'urbanisation intensive. La neige continuait de tomber à gros flocons sur la forêt légendaire et les landes dévastées, elle recouvrait les cendres d'un épais tapis immaculé. Un silence pesant s'étendait sur le monde des humains comme s'il n'existait plus aucune trace de vie. Nulle part.

Pourtant, sous les décombres camouflés, un jeune garçon s'éveillait, mordu violemment par le froid boréal. Il agita les mains pour les dégourdir et tenta de bouger l'une de ses jambes atrocement saisie par une crampe. 

Immobile. 

Il remua encore.

Immobile.

L'enfant se redressa subitement en râlant ; la douleur de la contracture ne s'apaisait pas. Sa tête percuta quelque chose de ferme.

Le bureau de papy...

Élias avait oublié où il s'était endormi. Il se massa la tête, l'esprit encore embrumé, puis se força à émerger pour découvrir qu'effectivement il se trouvait toujours sous le bureau de son grand-père et qu'il enlaçait encore son précieux sac. Il aperçut alors que l'un de ses pieds était coincé par sa petite bibliothèque et que l'autre, celle qui le faisait souffrir, était...

De la glace ?

Comment pouvait-il y avoir de la glace dans sa maison ? Élias déposa son sac sur le côté, puis se déplia, cette fois en prenant garde à ne pas se cogner le crâne. En glissant sur les fesses, il se rapprocha et put passer les mains sous l'étagère. Il banda les muscles de ses bras de toutes ses forces et réussit à soulever le meuble juste assez haut pour extirper sa jambe douloureuse.

Restait à trouver une solution pour dégager l'autre jambe dont le talon, la cheville et le mollet avaient été saisis par le givre, cloîtrant pantalon, robe de chambre et chair dans une mare intérieure gelée et encore humide. Le garçon soupira. Il allait devoir élaborer un plan pour se libérer avant d'être complément engloutit par les flots en train de se transformer en glace.

Il farfouilla un instant dans son sac d'écolier et sortit de sa trousse un compas pointu ; grâce à l'outil il pourrait creuser autour de sa jambe pour la dégager. Il en engagea la pointe dans la glace et l'utilisa comme un poinçon. L'enfant regrettait de ne pas savoir faire de feu, il aurait dû fournir moins d'efforts pour se dégager, la chaleur aurait simplement œuvré pour lui. Tandis qu'il se mettait au travail, l'enfant pensa à ses parents. Il espérait les retrouver vivants, endormis dans leur lit, et évitait de songer, par tous les moyens, à leur mort potentielle ; il rejetait catégoriquement cette possibilité. Peu à peu le compas s'enfonça dans la glace en laissant un fin sillon.

L'Enfant-Double [En pause pour le temps du NaNoWriMo]Lisez cette histoire GRATUITEMENT !