Chapitre 8 : Légendaire (Rubicon 11 janvier -49)

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César ne m'avait pas mentie. Nous étions bien repartis le lendemain à l'aurore. Je n'étais pas à l'aise sur ma jument. Je gardais la tête basse, essayant d'oublier ces pensées sournoises qui empoisonnaient mon esprit. Nous sortîmes du camp et je me tenais encore une fois à l'avant du cortège, entourée de César et de Marc-Antoine. Depuis hier soir, les deux hommes ne me quittaient pas des yeux, mais aucun ne m'adressait la parole. De toute façon, je n'avais aucune envie de parler.

César était rentré un peu plus tard dans sa tente, le regard froid. Il m'avait regardée un instant avant de me tendre sa cape, sans un mot. Je m'étais emmitouflée dedans, ne cherchant pas à comprendre le sens de mon acte. Son odeur sur moi me permettait d'oublier celle de Gaïus. Au moins un instant.

Il m'avait également laissée son lit. Toujours enveloppée dans son odeur, j'avais tenté de trouver le sommeil mais en vain. J'étais exténuée, je n'avais pas réussi à fermer l'œil de la nuit. Dès que je fermais les yeux, le visage de Gaïus m'apparaissait comme une ombre dont je ne pouvais pas me débarrasser. J'avais lavé maintes et maintes fois ma tunique, essayant d'effacer jusqu'à la moindre trace de la nuit dernière.

Soudain, je stoppais net mon cheval. Perdue dans mes pensées, je n'avais pas tout de suite remarqué les deux corps se balançant à un arbre, devant moi. Je reconnus l'homme qui m'avait violée hier soir et son complice. Mon cœur s'accéléra subitement. J'avais peur, j'étais terrifiée mais pas devant la scène.

Je voyais nettement le visage de Gaïus au-dessus de moi alors qu'il me ... César m'observa, jugeant ma réaction face à ce spectacle. Les deux soldats avaient été fouettés avant d'être pendus. Le sang qui glissait le long de leurs dos en étaient la preuve. Ils avaient payé.

Pourtant, une part de moi ne pouvait s'empêcher de penser que cette mort était trop douce. La haine prit peu à peu le pas sur la peur. Mais, je me fis une raison. C'était fini. Ils étaient morts. J'étais vivante. Je devais être forte. Pour mon père. Sans un mot, je talonnais ma jument et pris la direction de l'Italie, ignorant les deux pendus. Derrière moi, l'armée se mit en marche.


Après quelques semaines de chevauchée, je frissonnais dans ma tunique. Le froid s'était abattu sur la Gaule et l'hiver faisait rage. César avait tout de même eu la courtoisie de me donner un manteau. Comment l'avait-il trouvé ? C'était encore un mystère. Il avait nommé cela une palla. C'était une pièce d'étoffe ressemblant à une longue écharpe descendant jusqu'aux genoux, que l'on arrangeait à son gré. Je l'avais entouré autour de moi, recouvrant mes cheveux et le bas de mon visage. J'avais si froid que mes dents ne cessaient de claquer.

Étrangement, César, emmitouflé dans une cape avec de la fourrure, ne semblait pas ressentir la morsure du froid. Il avançait en tête, le visage haut et le regard fier.

Nous arrivâmes bientôt près du fameux Rubicon. Alors que je m'attendais à un énorme fleuve, marquant la frontière entre l'Italie et la Gaule Cisalpine, c'était seulement un petit cours d'eau, aisément traversable. Je compris alors qu'il était plus un symbole qu'une véritable frontière. César ordonna à ses hommes de monter le camp ici. En effet, il ne pouvait pas le passer, pas avec son armée. Du moins, s'il voulait rester dans la légalité.

Je descendis de ma jument, les jambes frigorifiées. J'aurais tout donné pour pouvoir me blottir contre un feu. Je resserrais ma palla autour de mon corps, essayant de me prodiguer de la chaleur. Le temps que les hommes montent les tentes et le camp, je m'approchais du Rubicon en question. La neige recouvrait les terres mais le fleuve n'était pas recouvert de glace. De plus, un petit pont enjambait le cours d'eau. Les chevaux passeraient sans encombre.

La nuit allait bientôt tomber. Je jetais un dernier regard vers l'arrière. Une fois que j'aurai franchi ce fleuve, je quitterai la Gaule. Une part de moi s'y refusait. Je n'avais jamais mis les pieds hors de ma terre. Mais, je n'abandonnerai pas mon père une seconde fois. Ma décision était prise.

Alea Jacta Est [Tome 1]Lisez cette histoire GRATUITEMENT !