Chapitre 12 : « Fauchelevent fauche Cosette »

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Précédemment dans « Les Mizer Heroïks » :

Toujours en fuite, Valjean a encore changé de nom. Il se fait désormais appeler : Fauchelevent. Il a retrouvé une certaine aisance financière grâce à l'argent qu'il avait laissé chez un banquier parisien. Mais il ne s'attarde pas à Paris, il lui faut d'abord s'acquitter de sa dette envers Fantine...

En ce sombre mois d'octobre de l'année 1831, les pluies automnales se font toujours attendre dans les campagnes françaises. Le lit des rivières est au plus bas. Les nappes phréatiques sont bues jusqu'à plus soif. L'eau se fait rare.

Heureusement pour les Thénardier, l'auberge ne manque pas de réserves liquides. L'établissement dispose d'un puits qui se trouve à moins d'un kilomètre à pied de l'étable. Le « Boit sans soif » mérite bien son nom, il ne souffre pas encore de cette singulière sécheresse qui persiste bien après les récoltes qui marquent la fin de l'été.

La nuit du 31 octobre, veille de la fête des morts, la Thénardière estime que la réserve de boisson sans alcool n'est bientôt plus suffisante. Plutôt que de retrousser sa jupe et de se précipiter au puits, la matrone se met à hurler à travers la masure :

— Cosette !!!

Le cri du monstre est d'une telle intensité que les murs en tremblent de peur. Imaginez alors l'angoisse de la petite fille de Fantine, qui, même cachée dans le coin le plus reculé du grenier, entend l'appel de l'ogresse. La môme se blottit encore plus dans les épaules de Gavroche. Le seul enfant Thénardier à lui témoigner chaleur et sympathie.

— Cooooosette !!!! Tout de suite !!!

Gavroche darde ses prunelles sombres sur la petite fille.

— T'occupe, la Môme, j'y vais.

— Noon... La méchante... Elle va te punir, susurre-t-elle d'une voix à peine audible.

— Mais...

— Je... dois... y aller...

Gavroche sait que la môme a raison. Impossible de négocier avec sa mère. C'est Cosette qu'elle veut voir souffrir et personne d'autre. Le garçon relâche la pression exercée par ses bras et laisse la fille descendre dans la cuisine.

Voilà la misérable Cosette, couverte de misérables guenilles, qui ne la protègent guère du vent qui bat l'air nocturne et froid. Voilà la petite Cosette, à peine plus haute que trois pommes, qui traîne derrière elle un énorme sceau en fer, aussi grand qu'elle. Voilà l'apeurée Cosette qui s'aventure, seule dans un royaume de ténèbres. Un décor plongé dans une nuit sans lune, un paysage qui n'a plus rien de familier ni de rassurant.

Durant son périple, la petite ne croise personne, pas un chat, ni un homme ni une femme. Tout juste entend-elle des meutes de chiens, ou de loups, aboyer au loin. Enfin, après une marche qui semble sans fin, comme peut l'être un supplice infernal, Cosette atteint le puits.

Pour une fille pas plus haute que trois pommes, représentez-vous l'exploit physique et psychologique que cela représente. Plonger un gigantesque seau dans un abîme noir comme les bouches de l'enfer. Remplir le-dit récipient d'une eau glacée. Puis, remonter cette tonne récalcitrante jusqu'à elle...

C'est au-dessus de ses forces. Cosette n'arrive pas à décrocher le seau de la poulie. Il est bien trop lourd pour ses petits muscles d'enfant. Elle ne sait plus comment faire. Elle ne peut soulever cette charge. Elle ne peut rentrer demander de l'aide. La Thénardière va lui réclamer le seau. Cosette sent ses yeux se troubler. Si elle ne se reprend pas, elle va pleurer.

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