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Assis sur le fauteuil de sa chambre, le visage tourné vers la fenêtre dont les rideaux étaient ouverts, Orry portait un regard absent vers l'extérieur. Les lueurs du soleil levant inondaient peu à peu la pièce et s'étendaient jusqu'au lit dans lequel Jane dormait d'un sommeil profond.

Orry, lui, ne pouvait pas dormir. Il était encore trop imprégné par la multitude de sentiments qu'il avait ressentis tout au long de ces dernières heures, ou plutôt qui l'avaient assailli. Parmi ses sentiments, la peur avait été impressionnante, écrasante. Il avait craint pour sa compagne et son bébé, l'accouchement n'ayant pas été des plus facile, même s'il avait été rapide. Voir souffrir Jane de la sorte avait fait naître en lui quelque chose qu'il n'avait jamais connu jusque là. Il avait déjà eu peur de perdre ceux qu'il aimait mais à ce point jamais, et il ne voulait plus ressentir cela.

Même s'il savait que c'était peine perdue.

Sa main caressa le petit crâne qui reposait contre son torse nu et il baissa son regard vers son bébé qui dormait lui aussi profondément sur lui. Il détailla le visage parfait, un mélange de Jane et de lui-même et son souffle se coupa sous le coup de l'émotion. Cette sensation qui l'avait étreint à la seconde où le petit être était apparu sous ses yeux, cet amour pur qu'il ne ressentait même pas pour sa compagne, qu'il aimait pourtant de tout son cœur.

En sentant son père reprendre son souffle, le bébé hoqueta doucement et sa main s'accrocha aux quelques poils qui recouvraient le torse du jeune homme. Il grimaça mais ne pu s'empêcher de sourire puis il glissa son index dans la petite main qui le serra aussitôt. Il tourna ensuite le visage vers la fenêtre pour retourner à la contemplation du jour qui se levait.

— Orry ?

La voix d'Hanet, bien que douce, brisa le silence. Le jeune homme se tourna vers sa mère qui venait de rentrer dans la pièce.

— Comment va-t-elle ? demanda-t-elle en souriant.

— Elle dort, répondit Orry en regardant sa compagne. Elle est épuisée.

— C'est normal, elle ira bien ne t'en fait pas.

— J'ai eu peur, souffla-t-il, se remémorant les dernières heures.

— Elle a pourtant eu un accouchement rapide tu sais, c'est parfois beaucoup plus long.

— Elle a eu tellement mal...

— C'est comme ça Orry. Les riches ont droit aux anesthésies, nous, nous supportons la douleur. Jane a fait preuve de beaucoup de force et je n'ai jamais douté d'elle.

— Moi non plus. Mais je ne veux plus la voir souffrir comme ça.

— Ce sera pourtant inévitable si vous voulez d'autres enfants, rit Hanet.

— Ne te moque pas de moi. Et je ne suis pas sûr qu'elle soit d'accord pour en avoir encore...

— Je ne me moque pas de toi mon fils mais des fois j'ai l'impression que tu es encore un grand enfant.

— Oui je sais, je ne suis pas très malin, ajouta-t-il en baissant le regard.

— Je n'ai jamais dit ça, Orry. Ne te mets pas ce genre d'idées en tête. N'écoute pas ceux qui veulent te faire croire ça. Tu as emmené tous ces gens ici, tu réfléchis beaucoup et tu vois énormément de choses avant tout le monde.

— Je n'ai pas fait ça tout seul.

— Non, en effet, mais sans toi, rien n'aurait été possible.

— Alors pourquoi ne m'ont-ils pas écouté, cette fois-ci ?

Hanet tira une chaise et s'assit en face de son fils. Elle tendit la main et caressa doucement la tête du bébé qui dormait toujours, bien accroché au doigt de son père.

Le chant des oiseauxLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant