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Des réunions de ce genre, Orry en avait vécu beaucoup ces dernières années. Il se souvenait de toutes celles qui avaient eu lieu dans leur maison, dans le Queens. Les rassemblements secrets du début en petit comité. Puis les discussions plus vives, plus de monde étant présents. Les préparatifs, les questionnements, les débats avaient été nombreux et fatigants.

Il y avait eu ensuite les réunions dans cette salle, à l'hôpital. Les décisions prises, dans leur nouveau chez eux. Le soulagement d'y être arrivé, la répartition des tâches, l'installation difficile mais heureuse.

Puis l'horreur. La découverte de ces charniers, de ces morts par centaine. Ces réunions là avaient été plus houleuses, plus difficiles à mener, à entendre. Les visages s'étaient montrés, les caractères affirmés. Cette période avait été la plus dure, les incompréhensions s'enchaînant, les différents comportements et choix n'étant pas partagés par tous.

Bien d'autres périodes s'étaient succédées ensuite. Des projets, des déceptions, des fêtes, des réussites, des peurs, des tentatives avortées, des accidents, puis l'accalmie. Tous ces moments avaient été discutés, vécus, ici même, dans la salle commune de l'ancien hôpital, le centre de leur nouvelle vie.

Et c'était à cet endroit précis que tout le monde était assemblé, ce matin, dans un silence religieux et lourd suite au récit de la journée passée. Orry venait de terminer de parler. Il avait conté l'agression dont ils avaient été victimes, lui et son frère, mais aussi quelques unes de ses impressions, qu'il avait partagées avec Jane quelques instants plus tôt. Il n'avait pas tout dit, gardant pour lui la plus importante des impressions qu'il avait depuis un moment et qui s'était confirmée depuis hier.

Ils n'étaient pas en sécurité.

Il voulait d'abord en parler sa mère, puis ses amis proches avant d'inquiéter la communauté entière. Il avait besoin de l'avis des autres, et de leur soutien. Il avait celui de son frère, en ayant débattu sur le chemin du retour la veille, et de sa compagne mais il aurait besoin de plus s'il voulait vraiment partir d'ici.

Au bout de quelques secondes de silence des voix se firent entendre, toutes en même temps. Tout le monde parlait avec son voisin, échangeait, se posait des questions. Jane, assise aux côtés d'Hanet regardait son compagnon qui avait été abordé par John et Damon et qui devait certainement répondre à leurs questions. Elle le vit grimacer et passer sa main sous la manche de son t-shirt. Elle se tourna alors vers la mère du jeune homme qui fronçait les sourcils en le fixant elle aussi.

— Il fait une crise ? Demanda-t-elle doucement.

— Je crois que oui, répondit Hanet. Il faut qu'on le ramène chez vous.

Les deux femmes se levèrent et, alors qu'Hanet sortait de la salle, Jane se dirigea vers le trio qui discutait vivement.

— Ne plus aller de l'autre côté, même quelques temps, nous priverait de beaucoup de choses, dit Damon de manière assez brutale. Nous avons besoin d'y aller, pour troquer ou vendre ce que nous produisons.

— Orry et Rob se sont fait agresser, et l'accueil n'est visiblement plus ce qu'il était, répondit John. Nous devrions peut-être faire profil bas pendant quelques temps, il a raison.

Orry serrait les dents et en voyant Jane il poussa un soupir de soulagement. Celle-ci ne fit pas attention aux deux hommes qui se disputaient presque et leur passa devant, se postant devant son compagnon.

— Ca va aller ? lui chuchota-t-elle.

— Excuse nous Jane mais nous étions en train de parler, l'interrompit Damon.

La jeune femme se retourna lentement vers lui et le dévisagea avant de lui répondre.

— Excuse moi Damon, mais Orry est blessé et il a besoin de calme, pas de quelqu'un qui lui crie dessus.

Le chant des oiseauxLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant