Chapitre 2

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L'adolescente se réveilla paisiblement dans l'immense chambre de son ami. La chaleur de la cheminée la tirait avec douceur de son sommeil tandis que l'odeur des pains au chocolat parvenait à ses narines. Elle se sentait si bien là, dans ce lit douillet et bien chaud, loin de la pression familiale et des exigences de son rang. Charlotte avait hésité à rentrer au manoir et, au bout du compte, elle avait refusé d'affronter le regard de son père à la suite de son retour tardif. Elle avait finalement découché pour passer la nuit chez Gabriel. Celui-ci avait, un tout petit peu, insisté et il lui avait cédé sa chambre. D'ordinaire, cela ne les dérangeait pas, mais le jeune homme avait voulu se présenter en parfait gentleman. Son comportement avait amusé Charlotte, car cela ne lui ressemblait guère. Néanmoins, elle l'avait laissé faire.

Gabriel acceptait la grossesse de Charlotte, il endossait sa part de responsabilité et il se rendrait digne de son amie et de l'enfant à venir. Malgré le bouleversement que cela provoquerait dans sa vie, il n'avait pas hésité dans sa prise de décision ; en revanche, Charlotte craignait, sur le long terme, qu'il regrettât son choix. Pour elle, il avait trop vite admis la situation. Elle lui faisait une confiance aveugle, elle mettrait sa vie entre ses mains, mais elle le connaissait suffisamment pour savoir qu'il n'était sans doute pas prêt à assumer son rôle de père. Certes, elle aurait pu se taire sur son état ; or, cela aurait été malhonnête. Gabriel était dans son bon droit d'être informé et d'avoir son libre arbitre. Charlotte doutait tout en restant optimiste ; elle craignait l'avenir tout en espérant le meilleur pour eux trois, mais quel serait cet avenir avec le comte Jonathan De Lacour au pouvoir ?

La situation politique du pays était instable et des jours sombres s'annonçaient. Cet enfant n'arrivait pas au bon moment ni de la meilleure façon pour être accepté dans la famille comtale. La main de Charlotte se posa sur son ventre et le caressa avec tendresse. Elle n'avait que dix-sept ans, ses questionnements et son trouble se légitimaient, mais pour rien au monde elle ne se débarrasserait de ce petit être.

Au bout de plusieurs minutes, elle décida de se lever. Elle enfila un t-shirt de Gabriel et quitta la chambre pour rejoindre la cuisine.

— Eh, pervers ! Relève les yeux ! fit Charlotte lorsqu'elle remarqua le regard de son ami bien trop bas à son goût.

— Quoi ? Tu as un joli petit cul. J'ai quand même le droit d'en profiter un peu avant qu'il devienne aussi énorme qu'une vache.

Pour supporter le jeune homme, il fallait accepter l'humour à tous les niveaux. Charlotte ne s'offusqua pas. Elle en avait l'habitude. De plus, Gabriel l'avait déjà vue nue, alors la pudeur entre eux n'existait plus depuis longtemps et se balader en petite culotte chez lui était presque devenue la norme.

— N'oublie pas que tu parles désormais à la mère de ton enfant. Tu me dois un minimum de respect, plaisanta-t-elle.

— La blague ! Si je n'étais pas franco-anglais, ton père m'aurait déjà arrêté pour atteinte aux bonnes mœurs et pour zèle.

Les deux amis rirent de bon cœur. Leur relation brisait les codes de la classe aisée. Gabriel avait toujours traité Charlotte comme son égal et inversement. Entre eux, les barrières tombaient. Ils s'affranchissaient des limites et des règles imposées par la société et par le rang que chacun avait. D'ordinaire, les simples nobles hésitaient à s'approcher de la fille du comte et s'ils persévéraient, ils s'inclinaient bien bas et tentaient tout pour entrer dans les bonnes grâces du dirigeant. Jonathan n'appréciait pas le jeune homme, cela était réciproque et Gabriel s'en amusait.

Charlotte accepta la tasse de thé que lui tendait son ami et prit un pain au chocolat encore bien chaud.

— Comment tu comptes l'annoncer à tes parents ? engagea Gabriel avec plus de sérieux.

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