Chapitre 4 : Dernier bastion gaulois (Uxellodunum -51)

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- Vous avez quelques minutes, m'informa le geôlier avant de me laisser en compagnie de Luctérios.

Étonnamment, je me serai attendue à des conditions de détention bien plus horribles. Mais Luctérios et Drappès semblaient en bonne forme. Ils étaient tous les deux dans une prison, pieds et poings liés mais je devais admettre qu'ils étaient plutôt bien traités. A mon entrée, Luctérios se redressa de surprise, faisant cliqueter ses chaîne sur le sol.

- Eryn ... Marmonna-t-il, n'en croyant pas ses yeux.

- Père ! Le coupais-je en allant le prendre dans mes bras.

Je me doutais que le geôlier épiait toute notre conversation et s'empresserait d'aller tout raconter à César. Je devais surveiller la moindre de mes paroles. Une fois dans les bras de Luctérios, je murmurais contre son oreille :

- Je me fais passer pour votre fille.

Il hocha doucement la tête et me serra contre lui, allant même à verser quelques larmes. J'ignorais qu'il était si bon acteur. Avant qu'il me relâche, je lui donnais une de mes dagues que j'avais réussi à cacher sous les plis de ma tunique.

J'espérais qu'il saurait s'en servir. Les hommes sous-estimaient souvent les femmes. Aucun garde ne m'avait fouillée à mon entrée dans le camp. Grave erreur. Luctérios la prit dans sa main et la lança à Drappès. Celui-ci la dissimula rapidement sous la paille qui leur servait de lit, pendant que le garde regardait ailleurs.

- Ma petite fille ... La chair de ma chair ... Tu n'aurais jamais dû venir ici ... Pleurnicha Luctérios, induisant les oreilles du geôlier en erreur.

Il en faisait trop.

- J'ai sauvé les Cadurques, père. César m'a promis de les laisser vivre. Le rassurais-je sur le destin de son peuple.

- Ne crois pas les paroles de César. Cet homme est fourbe et n'hésitera pas à te faire du mal, Eryn. Me mit-il en garde.

Je frémis. Savais-je vraiment dans quoi je m'étais embarquée ? Ou alors étais-je le mouton qui était rentré dans la tanière du loup ? Seul l'avenir me le dirait. Drappès suivait nos échanges d'un œil vif. Il devait avoir compris le stratagème. Du moins, je l'espérais. Il ne fit aucun commentaire, se contentant de m'observer attentivement. Drappès était aussi un ami de mon père mais je ne l'avais jamais rencontré auparavant, pas comme Luctérios.

- Notre chef, le grand Vercingétorix, est ici également. M'informa Luctérios, sachant pertinemment que c'étaient les informations que j'étais venue chercher. Il est dans une autre geôle mais il me semble qu'ils le traitent bien.

- C'est un soulagement, Père. Affirmais-je.

J'entendis le geôlier revenir. J'allais faire demi-tour quand Luctérios m'attrapa brusquement le bras.

- N'oublie pas ton sang, Eryn.

Il me relâcha rapidement avant que le gardien des prisons me fit signe de sortir. Étais-ce un avertissement ? Une menace ? Il pouvait se rassurer. J'étais et je resterai le fille de Vercingétorix, même si je devais mourir en essayant de le sauver. Mais d'abord, je devais trouver cette prison dont m'avait parlée Luctérios.

Une fois sortie des prisons, j'entendis de nombreux sabots de chevaux arrivant dans la direction du camp. Qu'était-ce ? Une nouvelle cohorte ? Je tentais de me frayer un passage parmi les légionnaires qui observaient la scène. Certains criaient, d'autres se moquaient. Je fronçais les sourcils d'incompréhension.

Mon sang se glaça quand je compris ce que j'avais devant les yeux. Les Cadurques d'Uxellodunum descendaient de l'oppidum pour déposer leurs armes aux pieds de César. Celui-ci se tenait un peu à l'extérieur du camp, monté sur un étalon noir. Il portait ses habits de général romain et observait d'un air dédaigneux les hommes qui avançaient dans sa direction. Marc-Antoine et l'homme que j'avais aperçu dans la tente du général étaient à ses côtés, le regard aussi froid que celui de leur général.

Les femmes et les enfants suivaient ce triste cortège. Je réussis à me faufiler jusqu'au premier rang et j'observais avec une angoisse sourde les combattants gaulois s'approcher du général victorieux. Le premier à jeter ses armes fut le jeune homme brun que j'avais aperçu lorsque que j'avais révélé mon plan aux Cadurques. Il jeta son glaive ainsi que sa lance aux pieds de César. Les autres l'imitèrent.

Alors que je pensais que César les laisseraient repartir, il fit signe à ses légionnaires d'attraper les Gaulois. Sous mes yeux effarés, les légionnaires obligèrent les Gaulois à se mettre à genoux devant les Romains. Les femmes hurlèrent de peur alors que les enfants se mirent à pleurer. Je ne pouvais pas laisser faire ça. Il ne pouvait pas les tuer. Ce n'était pas notre accord. César descendit tranquillement de cheval et sortit son propre glaive de son fourreau. Sans réfléchir, je bondis hors de la foule et m'interposais entre lui et les gaulois. Le cheval de Marc-Antoine hennit de surprise alors que César me jaugeait d'un regard mauvais.

- Ce n'était pas notre accord, lui rappelais-je.

- Je respecte l'accord que nous avons passé, Eryn des Cadurques, cracha-t-il d'une voix mauvaise. Ils vivront.

Je jetais un regard sur son glaive d'un air dubitatif. Pourquoi sortir son arme s'il leur laissait la vie sauve ? Les impressionner ? Non. Ça, il l'avait déjà fait. Je ne baissais pas les yeux devant son regard noir. César détestait une chose, qu'on lui tienne tête devant ses hommes. D'autant plus quand c'était une femme. Il ne passerait pas cet affront mais je ne pouvais pas laisser ses hommes à sa merci. Il me poussa d'un mouvement de bras et leva son épée. Non ! Rapidement, je sortis la seconde dague que j'avais caché dans une de mes bottes et bloquais le coup de César. Celui-ci me fusilla du regard.

- Vous ne l'avez pas fouillée ! S'écria-t-il contre les gardes qui m'avaient laissée rentrer dans le camp.

Les hommes commettaient souvent ce genre d'erreur mortelle. Ils sous-estimaient les femmes. César appela son lieutenant avant de me désarmer d'un mouvement de poignet. Je hoquetais avant de me retrouver piégée entre les bras puissants de Marc-Antoine. Je hurlais, ruais dans tous les sens, essayais de lui donner des coups de tête mais rien n'y faisait. Le géant ne me lâcherait pas.

César s'approcha alors du premier gaulois et ordonna à un de ses hommes de lui maintenir les mains. César trancha alors la main droite du premier combattant. Son hurlement se compléta au mien. Le général réitéra l'opération avec tous les guerriers présents dans la plaine. Une fois cela fait, il les laissa partir, montrant par ce geste sa clémence.

Avant de repartir vers son campement, il se retourna vers moi. Les cheveux en batailles, mes yeux verts brillaient d'une haine violente. Par mon regard, j'essayais de lui faire passer toutes les émotions que je ressentais : la haine, la colère, le dégoût. Il fit signe à Marc-Antoine de me relâcher et je tombais dans l'herbe sur les genoux, exténuée par ce combat que j'avais perdu.

Il disparut de mon champ de vision alors que deux légionnaires s'emparèrent de moi. Ils me traînèrent jusqu'à une prison et me jetèrent sans ménagement dedans.

Une fois qu'ils se furent éloignés, je laissais alors les larmes couler librement le long de mes joues. Les soldats m'avaient fouillée, me retirant ma seule dague restante et me laissant, presque nue, dans la morsure du froid de la geôle. Je resserrais les pans de ma chemise autour de moi, essayant de me tenir chaud. Ma tunique pourpre gisait en lambeaux sur le sol à côté de moi. Ils voulaient m'humilier.

Mais je ne céderai pas. Séchant mes larmes, je ramassais le torque que mon père m'avait offert pour mon vingtième anniversaire, le dernier que nous avions fêté ensemble, avant Alésia. Les Romains m'avaient presque tout pris, sauf ce feu qui coulait dans mes veines. Et je comptais bien m'en servir.

Alea Jacta Est [Tome 1]Lisez cette histoire GRATUITEMENT !