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Jane avait fini par se lever et remontait doucement le chemin menant à la grande rue. Elle avançait lentement, comme un condamné se rendant à l'échafaud. Ce mauvais pressentiment ne la lâchait pas et lorsqu'elle entendit une voix l'appeler, une sueur froide descendit le long de sa colonne vertébrale. Elle s'immobilisa, tendue à l'extrême, tout un tas d'idées horribles lui traversant l'esprit. La voix retentit de nouveau et ce fut comme un électrochoc, elle se remit en mouvement, marchant de plus en plus vite, pour finir par courir.

Lorsqu'elle déboucha sur la rue de l'hôpital elle aperçu la silhouette de Gabe au loin qui descendait dans sa direction. Il lui fit un signe de la main et la jeune femme accéléra encore le pas vers lui.

— Arrête ! cria-t-il en la voyant se presser ainsi. Tout va bien, ils arrivent, tout va bien.

La jeune femme se stoppa net et reprit son souffle, n'en croyant pas ses oreilles. Gabe arriva à sa hauteur et posa sa main sur son épaule.

— Hey, ça va ? demanda-t-il inquiet de l'état de la jeune femme.

— Ils ne sont pas rentrés... tu m'appelles... tu cris et j'ai cru que...

— Ca va Jane, je suis désolé de t'avoir fait peur. Je te cherchais parce qu'ils viennent d'appeler, ils arrivent. Mais qu'est ce que tu faisais toute seule ?

— J'ai prévenu Randy que j'allais à la crique.

— Oui, il nous a dit, mais c'était il y a des heures, on pensait que tu étais rentrée. Les autres te cherchent au village.

— Ils ont appelé ? interrogea Jane, changeant de sujet.

— Oui, répondit Gabe en reprenant la direction de l'hôpital. Randy et Allister viennent de partir pour le pont. Ils seront là d'ici une heure ou deux.

Les deux amis arrivèrent rapidement au bâtiment de briques rouges et Jane s'installa dans la salle commune pendant que Gabe prévenait tout le monde que la jeune femme était rentrée. La radio grésillait toujours, Anton assis à côté, surveillant le moindre appel et vérifiant le système électrique sommaire mais efficace, qu'il avait lui-même bricolé à partir de ventilateurs d'ordinateurs et d'aimants.

Jamais personne n'était rentré d'une expédition sur l'autre rive aussi tard et l'ambiance était plus électrique que jamais. Isabel entra dans la salle et vint s'asseoir en face de Jane. Elle soupira et prit la parole d'une voix ferme.

— Jane tu ne peux pas disparaître comme ça.

— Je n'ai pas disparu, j'ai prévenu...

— Oui je sais mais ça fait un long moment. On était tous persuadés que tu étais revenue chez toi, sans le dire. On respecte ton besoin de solitude, ça ne pose pas de souci mais tu ne peux pas te conduire comme ça aussi... égoïstement... surtout pas aujourd'hui.

— Je n'ai pas vu le temps passer, je... je n'arrivais pas à revenir.

— Je m'en fiche complètement. Tu n'es pas seule à avoir eu peur, mon mari est là bas aussi. J'ai peur moi aussi depuis ce matin, et tout le monde ici est angoissé. Arrête de ne penser qu'à toi.

— Je ne pense pas qu'à moi Isabel... je ne suis pas égoïste.

— Eh bien, prouve le nous !

Isabel se leva et partie un peu plus loin. Elle se mit à faire les cents pas sans un regard de plus vers Jane qui sentie les larmes lui monter aux yeux. Elle respira un grand coup pour contenir son émotion et attendit, se tordant les mains en les fixant.

Un bol de soupe glissa sur la table et elle leva les yeux vers Hanet qui lui souriait tendrement.

— Isabel est stressée, ne t'inquiète pas, lui dit-elle d'une voix douce.

Le chant des oiseauxLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant