Les premiers jours de cendres - partie 1

Depuis le début
                                                  

C'était ce que Dossou voulait. Qu'Élias et lui restent en vie ce jour. Aujourd'hui, précisément. Mais pourquoi ? « Vaincre le Ciel ? » Vraiment ?

La poussière retombe peu à peu au sol, leur permettant d'apercevoir ce qui les entoure. La résidence tient debout, toujours aussi déserte, toujours aussi tranquille. La lumière brille différemment cependant, presque étouffée ; le soleil s'est voilé. Quelques personnes s'extirpent des maisons, l'air hagard. Oxyde ne sait pas s'ils ont eu le temps de se cacher ou s'ils ont eu de la chance. Ils arpentent la route centrale du quartier en titubant.

Le groupe d'adolescents s'agite : leurs parents sont peut-être encore vivants. Il les encourage à aller voir d'un sourire, car il sent qu'ils s'en veulent de le laisser seul alors qu'ils s'en sont sortis grâce à lui.

Quand ils s'éloignent, Oxyde se permet de relâcher la pression et de souffler un peu, de laisser se fissurer l'assurance qu'il s'échinait à montrer jusqu'ici. Le choc fait trembler ses mains. Le cataclysme, la crainte d'avoir perdu Élias... L'apparition de Francesca, aussi.

Elle est revenue, la Magicienne. Elle est revenue pour l'avertir, et elle est repartie. À croire qu'elle n'a vécu que pour ça, afin de le prévenir de l'imminence de la catastrophe. Voilà qui commence à l'énerver... Il comprend tout trop tard, il subit les événements qu'on a décidés pour eux sans les consulter. Il se fait l'effet d'être une marionnette.

Une fois retrouvés ses esprits, Oxyde se dirige vers sa voiture, garée un peu plus loin. Elle n'a que peu souffert de l'explosion et redémarre sans problème. Il profite alors du calme de l'habitacle pour chercher.

Chercher ceux qui ont croisé sa route, ceux qui ont péri.

Verne est mort, et le Bourgeois aussi, balayés tous les deux par le souffle de cette lumière qui ressemble en tout point à celle d'une bombe nucléaire, ou ensevelis dans les gravats de leur ville écroulée. Il ne sait pas ce qui s'est passé, et ne le saura jamais s'ils ne réapparaissent pas pour le lui dire. Olayemi est morte, elle aussi. Ainsi que les parents adoptifs d'Élias. Est-il au courant, lui ?

Élias vit, en revanche. Et à cet instant, rien d'autre n'a d'importance.

Pourtant, quelque chose a changé en lui. Oxyde ressent comme une nouvelle vibration qu'il ne lui connaît pas, peut-être même qu'il ne s'en rend pas compte lui-même. Il faudra le rejoindre afin de s'en assurer.

Sans plus attendre, il démarre et décide de quitter la résidence. S'il veut retrouver Élias, il ne doit pas traîner en chemin.

Mais alors qu'il s'apprête à sortir du quartier, il découvre que la rue adjacente n'existe plus.

Que plus rien n'existe au-delà.

La ville et tout ce qui se trouvait autour ont disparu, soufflés par le cataclysme. N'en reste plus qu'une vaste étendue sèche et déserte, parcourue de ruines.



Les cent kilomètres à la ronde présentent le même paysage désolé : communes écroulées au loin, rares squelettes d'arbres noircis, véhicules échoués. Et de la cendre, partout.

Oxyde abandonne très vite la voiture, incapable de conduire sur la route jonchée de débris. De temps en temps, il croise un survivant solitaire, ou des familles entières, les yeux vides et hantés, les vêtements tachés de poussière et de sang. Ils tremblent de tout leur corps en tentant de se frayer un chemin dans les ruines qui les entourent.

Il marche pendant des heures sous le ciel bas à la lumière métallique, à la recherche d'un endroit où se réfugier. Une ville encore debout, ou un abri.

600 jours d'apocalypseLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant