Chapitre 3 : Jules César (Uxellodunum -51)

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Je poussais un profond soupir. Peu importe où j'allais. Peu importe où je me trouvais, le général romain ne cessait de me suivre. Un an après la reddition d'Alésia, deux chefs gaulois, Luctérios et Drappès, suivis de quelques milliers d'hommes et poursuivis par un légat romain, se réfugièrent dans cette place forte des Cadurques, place où je me trouvais actuellement. Le légat romain ne réussit pas à les vaincre, enchaînant défaite sur défaite. Et il fallut que César en personne s'en mêlât.

Celui-ci avait à son tour marchait vers le Sud, pour combattre les derniers gaulois qui s'opposaient à lui. J'étais folle de rage. Cet homme ne me laisserait-il donc jamais en paix ? Je poussais un soupir à fendre l'âme.

Ayant fui Alésia à son tour, Luctérios m'avait appris que mon père, Vercingétorix, avait été capturé par César. Mon père était sorti de la cité d'Alésia, monté sur un cheval noir. Il ne lui restait plus que le symbole qu'il pouvait représenter. S'approchant de César, il avait déposé ses armes à ses pieds, lui montrant par ce geste sa soumission.

Maintes fois, j'avais imaginé cette scène dans mon esprit. Mon père, fier, obligé de s'abaisser aux pieds de l'homme qui m'avait laissée la vie sauve. Mais, bien sûr, mon père ignorait cet état de fait. Et César aussi ignorait que j'étais la fille de l'homme qui se tenait à ses pieds. Sinon, il ne m'aurait sans doute pas laissé partir. 

J'étais maintenant ici, à Uxellodunum et l'histoire était la même encore et encore. Des fortifications, les romains construisant un siège autour de l'oppidum, détournant le cours d'eau. 5 000 gaulois contre 25 000 romains. Nous n'avions aucune chance. César le savait parfaitement, attendant avec impatience notre reddition.

Il n'y aurait pas de bataille. Seulement la victoire de la faim sur l'honneur. Luctérios et Drappès avaient été faits capturé quelques jours plus tôt, en tentant de ravitailler le clan. Malgré la capture de leurs deux chefs, les assiégés tinrent tête aux romains, refusant de se soumettre. L'esprit était brave mais nous ne tiendrons pas longtemps sans eau, ni nourriture et cela, tout le monde le savait. Ce n'était plus qu'une question de temps.

Dans l'oppidum, il ne restait plus que des femmes, des enfants et quelques soldats, prêts encore à se battre. Mais pas assez pour l'emporter. Je pestais puis fis demi-tour. Les derniers hommes en âge de se battre se trouvaient tous dans la maison de leur chef, élaborant des quantités de plan pour s'en sortir mais aucun ne tenait la route.

J'entrais à mon tour, sans m'annoncer. Le silence se fit sur mon passage. Personne n'ignorait de qui j'étais la fille, ce qui me donnait une certaine forme d'autorité. Ces hommes respectaient Vercingétorix alors il respecterait sa fille. Je me positionnais à l'autre bout de la table, impériale, posant mes deux mains sur le bois. Ils m'écoutèrent en silence.

- Nous ne pouvons pas nous battre. Commençais-je. Vous comme moi, nous savons que nous ne sommes pas assez nombreux pour affronter César et son armée.

- Quel est votre plan ? Me demanda alors un jeune homme brun.

- Je vais me livrer à César en échange de votre survie.

- Vous ? Hors de question ! S'écria un autre. César détient votre père, s'il apprend qui vous êtes, il se servira de vous pour faire pression sur Vercingétorix.

- Je ne compte pas révéler à César mon identité, leur avouais-je. Et je compte sur vous pour ne pas la révéler non plus. Je serai la fille de Luctérios, Eryn des Cadurques.

Ils hochèrent la tête en silence. Ils n'avaient pas de meilleur plan. Malgré les apparences, je ne me sacrifiais pas simplement pour les sauver. J'étais beaucoup plus maligne que cela. En me livrant, je me rapprocherais à la fois de César et de mon père. Je tuerai l'un pour libérer l'autre. Voilà mon seul plan et si pour cela je devais me jeter dans la gueule du loup, alors ainsi soit-il.

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