Chapitre 1

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Chamonix – 2232

Son regard vairon contemplait le paysage blanc ; la neige ne cessait de recouvrir les montagnes et les rues depuis plusieurs jours. Une beauté parfaite s'offrait aux yeux des admirateurs ; avec des traces d'animaux que les enfants suivaient, de folles courses aux boules de neige ou encore des défis comme la descente en luge la plus rapide. Les habitants s'émerveillaient, et une gaîté contagieuse se rependait malgré les difficultés politiques du pays. Le Conseil princier semblait se lasser ; il déléguait sans doute trop de pouvoirs, et les comtes se servaient. Peu importait au bout du compte, tant que la population ne se plaignait pas ; pas pour l'instant en tout cas. Seuls les nobles comprenaient au fur et à mesure ce qui se produisait ; les dirigeants départementaux, à la vue de la faiblesse des princes, patientaient, guettaient le moment où ils jugeraient bon de renverser cette assemblée et de revoir le système. Toutefois, certains s'interrogeaient sur le bien-fondé d'un tel mouvement.

Son rang de fille de comte la mettait en première position, devant la scène, et elle sentait le malheur arriver sur la France. Ce qu'ils proclamaient n'était pas la réalité ; ils désiraient briser le gouvernement afin d'installer au pouvoir un seul individu, entouré de conseillers. Un problème persistait : qui serait désigné ? Une nouvelle guerre risquait alors d'éclater. Actuellement, rien ne permettait ce retour en arrière ; rien n'autorisait une telle chute des princes. C'était pour cette raison que le mot d'ordre était « patience », en attendant le moment propice.

Soupirant, la jeune femme quitta le balcon de sa chambre ; dans moins d'une heure aurait lieu un dîner en présence du noble Henry de Saint-Quentin, un partenaire commercial et grand ami politique du comte Jonathan De Lacour. Elle ne pouvait malheureusement pas s'y soustraire, bien qu'elle le souhaitât au plus profond de son âme. Du haut de ses dix-sept ans, Charlotte-Marguerite De Lacour était mature et assumait pleinement son devoir. Grâce à son niveau social, elle pouvait changer le monde ; elle s'employait donc à devenir une comtesse digne de ce nom quand son heure viendrait. Elle se tourna vers son armoire, et y dénicha une robe de soirée blanche et chocolat, avec des manches trois-quarts et un pan descendant en dessous des genoux. Son cou se décora du médaillon familial, et elle accrocha un bracelet fantaisiste à chaque poignet ; l'un aux couleurs argent et rose, l'autre vert. Puis, après s'être chaussée d'escarpins marron, elle sortit de la chambre dans le but de rejoindre le salon.

L'invité se tenait déjà là, et ils se saluèrent avec courtoisie. La comtesse, Rose De Lacour, s'approcha de sa fille et remarqua tout bas :

— Je pensais que tu souhaitais mettre ta robe bustier, celle que tu aimes tant. Je l'ai récupérée du pressing exprès pour l'occasion.

Charlotte sourit à cette mère qu'elle chérissait.

— J'ai changé d'avis, et je pense que c'est bien de varier les plaisirs.

La comtesse l'embrassa sur le front, avant de l'inviter à s'installer sur l'un des canapés ; la domestique commençait à servir l'apéritif sous l'ordre du dirigeant. En réalité, Charlotte n'entrait plus dans sa robe ; ce fut en essayant une tenue la semaine passée que le doute était survenu. Après plusieurs tests positifs, elle se rendait à l'évidence : elle était enceinte. La crainte l'avait envahie et elle avait pensé jusqu'au dernier moment une erreur. Pourtant, cette peur s'était rapidement envolée et son choix était fait : avorter était inconcevable. Cet enfant, elle le désirait, surtout en sachant l'identité du père. Celui-ci serait prévenu, il méritait d'être informé. Le plus dur resterait d'affronter le comte, car il n'accepterait jamais. Jonathan De Lacour était de la vieille école ; la femme devait être mariée, et Charlotte redoutait une union arrangée afin de cacher le déshonneur. Ces prochains mois s'avéreraient compliqués, toutefois, Charlotte se battrait.

Neige Ecarlate - En réécritureWhere stories live. Discover now