Chapitre 11 : « Romance au bagne »

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Cheval Jean pourrit dans sa geôle depuis plus d'une année. Vaincu, abattu, il lui est impossible de s'évader de sa prison. Les poignets et les chevilles menottés à un énorme boulet en plomb, il peine à se mouvoir. Comment un simple obus, aussi pesant soit-il, peut-il contrer la force surhumaine de Cheval Jean ? Une relique maudite le rend doux et faible comme un agneau. À chaque pied on a également enroulé un rosaire. Cette chaîne chrétienne ennemie est comme un tison pour le Miraculé. Elle lui brûle la peau, absorbe toute sa puissance. Redevenu le misérable Valjean, le bagnard n'a plus la force d'enlever ses entraves.

Un jour, l'infâme Javert, esclave dévoué de la dictature royaliste franchit de nouveau les portes du bagne de Toulon. Ce n'est pas la curiosité morbide de voir Valjean dépérir jour après jour. Ce qui le ramène en cette bastide du bout du monde, est le devoir, toujours le devoir. Il ne vient pas seul à bord du fourgon de police. Une voiture aux fenêtres grillagée et conduite par trois policiers en armes. Javert amène une nouvelle victime. Une pauvre femme, maigre et sans vie. On dirait que l'agent spécial a capturé une morte-vivante. Fantine n'est plus que l'ombre d'elle-même, un zombie qui exécute les ordres que lui donne l'inspecteur de police.

Javert confie sa prisonnière aux matons. Il s'assure quand même de la situation de ses précédentes captures. Sont-elles bien toujours enfermées dans leur cellule et dociles comme de braves moutons ? Rassuré de constater la présence de Valjean, entre les murs de la prison, il remonte dans le fourgon avec ses hommes. Son devoir accompli, il veut retourner à son bureau de Montreuil-sur-Mer. Javert ne s'attarde pas davantage dans ce lieu de perdition. La route depuis Toulon représente un sacré périple.

Le bagne manque de place. Trop de Mécréants, trop d'efficacité répressive de la police, trop de juge à la main lourde... De toute manière, les prisonniers qui échouent ici ne sont plus en état de se rebeller. Avant de les transférer ici, on s'assure qu'on a identifié leur point faible. Chaque mécréant a sa faille. Celle de Fantine, c'est son manque d'optimisme, pour ne pas dire sa capacité de soumission. Au bagne, on ignore la pudeur. On ne sépare pas systématiquement hommes, femmes et enfants.

Fantine est transférée, non loin de celle Valjean, dans la cellule de Tarentula dit la « Veuve Noire ». Son don consiste à sucer le sang des mâles qu'elle parvient à serrer dans ses bras. Elle ne peut rien tirer de Fantine, qui d'ailleurs, n'a guère d'énergie. Quant à Fantine, elle ne peut que donner de l'amour et de l'espoir aux hommes qu'elle aime. Aucun risque qu'elle fasse la moindre cochonnerie avec Tarentula. Les voilà condamnées à supporter leur présence réciproque.

Tandis que Tarentula ne cesse de dégoiser, la nouvelle venue garde le silence. En réalité, la nuit venue, Fantine répète jusqu'à épuisement l'ava Marianne. Elle prie la Vierge Républicaine de lui venir en aide. Ce n'est pas son salut égoïste qui motive son geste. Elle supplie la déité laïque de venir en aide à sa fille Cosette.

Les jours passent, la santé de Fantine décline un peu plus. Valjean, lui, semble imiter le coquillage qui s'accroche à son rocher : il ne quitte plus sa cellule ni même la place qu'il occupe. C'est alors que le miracle se produit. La Vierge Marianne a entendu les prières de Fantine. Elle a été sensible à la détresse et l'abnégation dont fait preuve la misérable.

La nuit, alors que tout le bagne dort, une intense lumière apparaît subitement devant les yeux de Fantine, qui vient tout juste de terminer sa prière. La misérable n'a pas le temps de crier que l'étrange feu-follet lui annonce :

— J'ai entendu tes doléances. Je vais t'aider.

— Mais... ce n'est...

— Doucement. On ne doit pas nous entendre. Je m'adresse directement à ton esprit. Tu n'as qu'à exprimer tes paroles par la pensée. Je les capterais.

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