Chapitre 1 : Eryn des Arvernes (Alesia -52)

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Mon histoire commence il y a plus de 2000 ans. Les Romains, peuple de guerriers mené par Jules César, ont attaqué mes terres. Ce fut, pour la mémoire du monde, la terrible guerre des Gaules. Ils ont attaqué ma tribu que je chérissais, tout comme la terre sur laquelle j'avais vu le jour. Je suis une Arverne, née sur les terres actuelles de l'Auvergne.

Notre peuple compte parmi les plus riches et les plus nombreux de la Gaule. Nous sommes réputés pour notre adresse au combat et nous sommes les meilleurs cavaliers de toutes les tribus gauloises réunies. César nous redoutait. Et il avait bien raison.

Je suis la fille du gaulois le plus célèbre de tous les temps : Vercingétorix. Mon père a réussi l'exploit de coaliser les peuples gaulois. Que plusieurs ne fassent qu'un. Nous étions nombreux. Nous étions forts, fiers et courageux. Mon nom est Eryn et mon histoire commence derrière les remparts de la mythique cité d'Alésia.

* * *

40 jours. 40 jours que je n'étais pas sortie de la cité. Les romains s'étaient rassemblés dans la plaine, construisant des remparts autour de la ville. Il y avait des fossés, remplis de pics et des forts presque partout. Notre cavalerie serait inefficace contre ce genre de piège. Enfin, si l'on pouvait nommer cavalerie le petit nombre de chevaux qui nous restaient ... Nous avions mangé les autres pour survivre. Nous ne pouvions pas sortir. Ni nous ravitailler. Leur but était de nous affaiblir et de nous forcer à la reddition.

Si nous ne faisions rien alors nous mourrons et Alésia serait notre tombeau. Et cela, mon père, Vercingétorix, l'avait très bien compris. Toute la nuit, il avait travaillé sur la stratégie à adopter. Cette dernière bataille restait notre seul espoir. Mon père comptait énormément sur son cousin, Vercassivellaunos. Celui-ci devait nous rejoindre, accompagné d'une troupe d'élite de 60 000 hommes. Assez pour vaincre César et ses dix légions. Du moins, nous l'espérions. César avait déjà vaincu tous les peuples et nous étions les rescapés, cloîtrés à Alésia. Si nous échouons, il n'y aurait pas d'autres batailles. C'était notre dernière chance.

La cité se trouvait en hauteur, entre deux cours d'eau. Cours d'eau que les romains avaient dévié évidemment. Je détestais le général romain mais je devais avouer qu'il n'était pas mauvais. Mon père le maintenait en haute estime.

Perchée sur une tour, je regardais les romains en contre-bas qui m'observaient aussi. Mes cheveux roux brillant au soleil, je ressemblais à une déesse vengeresse. Je n'avais pas peur, le feu brûlait dans mes veines aussi bien que dans mes cheveux. Certains druides disaient que j'avais reçu le baiser de Bélénos, dieu du feu, du soleil et de la lumière.

Peut-être avaient-ils raison. Je n'étais pas une femme comme les autres. Les tâches ménagères, le mariage et les enfants ne m'intéressaient pas. J'étais comme mon père, sa digne héritière. Je savais manier une épée, une lance mais j'excellais encore plus au tir à l'arc. Mon père y avait veillé. J'avais également appris l'art des druides. Je connaissais de nombreuses langues : du celte au latin, en passant par le grec. Je savais lire et écrire. J'étais redoutable. Mon nom était Eryn, de la tribu des Arvernes, et si un romain se mettait en travers de ma route alors je le tuerai.

La nuit tomba sur la cité gauloise. La dernière nuit avant la bataille. Je le savais. Je le sentais. L'air était lourd en cette nuit du 25 septembre. Mais je ne tremblais pas. J'étais en train de tailler du bois pour en faire des flèches quand mon père me rejoignit, en haut de la tour. Ses cheveux blonds se dessinèrent un instant sous la clarté de la lune. Il m'observa un instant comme si c'était la dernière fois qu'il me voyait. Je pouvais sentir son inquiétude rien que dans ses yeux. Il n'avait pas peur pour lui mais pour moi. Peur de me perdre. 

Sentant son regard scrutateur sur moi, je me retournais vers lui. Il avait, comme toujours, une tunique en lin ainsi que ses fameuses braies, qu'il portait au niveau de sa taille, serrées au niveau des chevilles par des sangles en cuir. Il arborait son torque autour du cou, signe de sa noblesse et de son appartenance à la famille royale arverne. J'en avais également un, qu'il m'avait offert à mes vingt ans, quatre auparavant. Jamais à cette époque je n'aurais cru que nous en arriverions là, à Alésia ... 

Alea Jacta Est [Tome 1]Lisez cette histoire GRATUITEMENT !