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— On a assez d'essence ?

— Oui, et on en a pour un autre aller retour, mais on peut toujours en reprendre, ça sera plus prudent.

— OK alors on prend les jerricanes.

Orry joignit le geste à la parole et se dirigea vers le hangar dans lequel était entreposé ce genre de chose. Il prit deux jerricanes vides et les chargea dans la voiture. Celle-ci contenait déjà beaucoup d'objets, de boutures ou de fromages, que le jeune homme et son frère allaient échanger aujourd'hui de l'autre côté. Lorsque la communauté était venue à bout de leurs derniers dollars, ses membres étaient passés au troc. Ils avaient, après concertation, réunis les objets de valeur abandonné par leurs prédécesseurs et avaient peu à peu complété avec leurs propres préparations. Les chèvres, achetées dès leurs premières traversées, avaient fini par leur donner du lait et permis la confection de fromage. Gabe avait, quant à lui, excellé dans l'art de bouturer et de faire des plans de tout un tas de légumes. Et les habitants de l'autre rive étaient en quête de cela.

Il était toujours délicat de traverser le pont, mais tout avait été pensé et réfléchi. Tout d'abord, le monstre de métal avait été désencombré des obstacles les plus légers afin que la circulation soit facilitée. Ensuite, le jour était choisi avec soin en fonction de la météo. Enfin une seule voiture se rendait de l'autre côté, néanmoins, elle était accompagnée d'une autre, qui attendait que la traversée soit accomplie et revenait au moment du retour. Les communications radio, effectuées grâce aux cibis d'Anton, étaient écoutées attentivement tout au long de la journée afin de guetter l'heure du retour mais également tout événement susceptible d'occasionner un déplacement en urgence.

C'est Orry et Rob qui se rendaient sur l'autre rive aujourd'hui. Randall et Allister les accompagnaient afin de s'assurer que tout se passe bien. Et, si tout était mis en œuvre pour que tout se aille pour le mieux, chaque traversée était une source d'angoisse pour tout le monde.

Orry essuya ses mains sur son pantalon avant de contourner la voiture et de retrouver Jane qui l'attendait, assise sur le muret devant le bâtiment. Elle n'était visiblement pas ravie que son compagnon se soit porté volontaire pour ce trajet et son anxiété se voyait sur son visage, comme le nez au milieu de la figure.

— Chérie, ça va bien se passer, tenta de la rassurer Orry.

— D'habitude c'est Jo qui y va et...

— Et Jo vient d'avoir un bébé. Alors laisse le tranquille, il a besoin d'être avec Mag et leur fils OK ?

La jeune femme se blottit dans les bras de son compagnon et passa ses bras autour de sa taille, comme elle pu, gênée par son ventre rebondi.

— Et toi tu vas avoir un bébé, gémit-elle. Ça ne compte pas ça ?

— Si ça compte, répondit-il en soupirant. Après cette traversée je n'y vais plus, promis.

— Vraiment ?

— Oui. Après ça, je ne te lâche plus, jusqu'à la naissance.

Jane grimaça, ce qui fit rire Orry.

— Je ne t'en demande pas autant, dit-elle en se redressant et lui envoyant un regard de biais.

— Tu vois, tu es ravie que je te laisse tranquille aujourd'hui, rit-il.

— Oui, bon allez ! Oust ! Plus vite vous serez partis, plus vite vous reviendrez.

Orry éclata de rire et retint sa compagne par la main, la ramenant vers lui afin de l'embrasser longuement. Il la garda dans ses bras le temps de lui murmurer ses sentiments au creux de l'oreille.

Le chant des oiseauxLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant