Chapitre 19 - Partie 4 - La capture

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Esther était installée au fond d'un confortable fauteuil en cuir, un verre d'un excellent vin blanc, très doux, calé au fond de sa paume. Les jambes croisées sous une longue jupe sombre fendue avec juste assez de décence pour rester élégante, elle observait son interlocuteur avec un sourire détendu. Elle passait une bonne soirée. Loin des enjeux et des mensonges dont elle avait fait son quotidien. Cet homme-là, elle ne l'avait séduit que pour le loisir. À moins que ce soit l'inverse.

Très charmant, Xâvier l'avait draguée ouvertement dès les premiers mots qu'il avait pu de lui adresser. Amoché, amaigri, le teint cireux d'un coma de plusieurs jours, il n'avait, à ce moment-là, rien d'attirant et elle s'était moqué de lui, sans méchanceté.

Ils s'étaient revus à de nombreuses reprises et avaient couché ensemble bien avant qu'il ne quitte sa chambre à la Centrale. Bel homme, il travaillait son physique et il y avait une joyeuse nonchalance dans sa façon d'être qui le rendait plus que charmant. Et, bien sûr, il y avait son œil. Ou plus exactement, l'absence de son œil, dissimulée par un bandeau très ouvragé, qui lui conférait une allure inimitable. Un pirate dandi et je-m'en-foutiste.

Conscient d'être la cible des réflexions de la jeune femme, le sorcier sourit et leva son verre. Esther réalisa qu'elle avait, comme souvent, laissé trainer son regard sur le cache-œil. Elle n'avait jamais rencontré quelqu'un qui fut estropié avec tant d'élégance. Elle se pencha vers lui pour trinquer, mais il perdit son attention dans son décolleté. Esther, amusée, le dégagea un peu plus, d'un mouvement calculé, mais très naturel. Depuis qu'ils s'étaient retrouvés, il n'avait cessé de la déshabiller du regard.

Il fallait admettre qu'elle avait mis les formes, ce soir-là. Outre la jupe longue, d'une facture impeccable, elle s'était glissée dans un chemisier composé de plus de dentelles que de tissus, très ouvert dans le dos et terminé par un laçage complexe. L'ensemble était maintenu par de petits charmes-tresses et n'aurait certainement pas tenu sur elle sans magie.

L'homme finit par remonter l'œil vers elle et ils firent teinter leurs coupes.

« J'ai prévu un restaurant. D'ici une ou deux heures.

— Parfait, ça nous laisse le temps... », répondit-elle après avoir avalé une gorgée du liquoreux.

Le verre à la main, elle se releva et vint se pencher sur lui pour l'embrasser, chose dont elle avait envie depuis quelques minutes maintenant.

Esther sourit. Il avait fallu qu'il s'engage chez les P.M.F.. Voilà qu'elle couchait avec un gars de l'armée. Elle appréciait l'ironie de la situation, tout autant qu'elle appréciait le fait qu'il n'ait pas cherché à en reparler. Leur relation se devait d'être simple, et pour qu'elle le reste, ils ne devaient s'embarrasser d'aucun détail trop personnel.

Ils mangeaient, ils buvaient de bons vins, parfois ils sortaient quelque part, ils discutaient art, culture... pas forcément dans cet ordre-là, entrecoupé de sexe, sans la moindre prise de tête. Ils profitaient d'une éducation similaire, issue des Grandes Familles, c'était évident, mais cela aussi, ils ne parlaient jamais, tout juste le sous-entendaient-ils en plaisantant. Ils ne savaient rien l'un de l'autre. Ils s'amusaient.

Xâvier avait glissé la main sur la sienne, au-dessus du vin qu'elle n'avait pas lâché et répondit au baiser, l'œil fermé, doucement, avec retenue. Il baissa le bras pour déposer son verre sur le plateau qui volait à côté de lui, puis se releva et saisit ses poignets. Ses pouces effleuraient la fine peau sur ses veines, ses lèvres capturaient les siennes avec plus d'insistance. Il caressera sa gorge du bout des doigts et sourit contre sa bouche et sa langue. Elle lâcha un petit soupir amusé en venant se coller contre lui, rit, puis l'enlaça.

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