Chapitre 19 - Partie 3 - La capture

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La neige tombait à gros flocons sur toute la région depuis le milieu de l'automne et laissait peu de place aux levés de soleil. Un temps rude pour une première mission, mais aisément surmontable pour Xâvier. Il accompagnait Laetitia d'un pas assuré en ouvrant un chemin à travers l'épais manteau blanc.

« J'te jure. Ça sera facile, une bonne expérience, que tu disais... grogna la sorcière.

— Quoi, c'est pas une bonne expérience ? » demanda le borgne d'un ton innocent.

Dès leur arrivée au camp, avant même qu'ils ne découvrent les étendues immaculées du nord de la Fédération, leurs supérieurs avaient requis trois volontaires pour une mission de surveillance. Une partie de la protection de leur bastillon dépendait d'artefacts de triangularisation qui y interdisaient tout transfert. Xâvier, peu désireux de se cantonner aux tâches d'entretiens qu'on allait nécessairement confier à leur groupe de bleus, avait sauté sur l'occasion et embarqué Renan et Laetitia avec lui.

Les trois novices se relayaient toutes les quatre heures pour monter la garde avec deux autres soldats confirmés. Personne ne devait circuler seul en dehors du camp, aussi, ce tour-là, Xâvier accompagnait Laetitia pour son guet et repartirait avec Renan.

« Si, concéda la jeune femme. C'est une bonne expérience. Et puis j'allais nous proposer, en vrai. »

Xâvier se retourna pour adresser à sa comparse un sourire réjoui. Laetitia était une petite sorcière, tant par l'âge que par la taille. Elle ne dépassait pas le mètre quarante et venait d'avoir vingt-deux ans, le minimum pour entrer dans l'armée. Un bout de femme au verbe aussi vif que ses coups de pieds : quand le borgne avait tenté de la draguer, il s'était juré de ne pas recommencer.

« On est quasiment arrivé, précisa-t-il.

— Je sais. »

À travers la neige épaisse, ils distinguaient en effet un peu de lumière générée par un charme discret. Ils lancèrent le sortilège qui leur permettait d'entrer dans la zone sécuriser de l'artefact et Renan les accueillit de bon cœur. L'autre P.M.F. se contenta de leur adresser un signe de tête et leur intima de se dépêcher.

Les quinze minutes de marche pour rentrer se cheminèrent dans le silence. Renan grelottait, sans doute peu habitué à affronter la rigueur de l'extérieur, sous la neige et sans charme de chaleur. À l'entrée du camp, le duo montra patte blanche grâce à un second enchaînement des petits maléfices qui faisait office de mot de passe, puis s'engagea enfin sous le sortilège de protection de la base. L'enchantement, en plus de dresser un bouclier efficace contre une majorité des attaques magiques, isolait les tentes des flocons et du froid. Le sol, en revanche, souffrait des allées et venues incessantes des militaires dont les bottes détrempées imbibaient d'eau la terre battue. Les troupes au repos pataugeaient dans la boue.

Xâvier vacilla, mais rétablit son équilibre. Renan s'étala par terre.

Le borgne encaissait leurs trois premiers jours de service bien mieux que son compagnon. L'expérience, bien à l'abri des lignes, ne pesait pas bien lourd, face à son habitude de mission. Alix l'avait entraîné à pire.

Mais Renan... Le sorcier souffrait de leur manque de confort. Novices, ils n'étaient pas habilités à user des canaux de transferts réservés aux soldats du front et ils devaient effectuer chacun de leur déplacement à pied. À chaque fois, ils détrempaient leurs fringues, à chaque fois, ils se les caillaient et, à chaque fois, leurs demandes d'autorisations pour utiliser des enchantements de commodité étaient refusées : priorité aux combattants. La garnison reversait régulièrement une grande partie de sa magie dans des accélérateurs immédiatement portés sur les lignes.

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